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4 mai 2013 6 04 /05 /mai /2013 16:27

Les neuf lois de la presse people selon Moïse, Freud et Verlaine

Mon tas de magazines people (Antoine Katerji)

Le kiosquier m’ademandé si je tenais un salon de coiffure. Il faut dire qu’avec mes 13 euros de journaux people, je ne passe pas inaperçu.

Voici, Closer, Public, Gossip, Ici Paris, France Dimanche, Oops, People Poche, Oulala : il me fallait au moins ça pour découvrir les neuf lois de cet étrange monde (et me détruire le cerveau).

Tout est loi

(comme dirait Moïse)

Un journal people commence toujours de la même façon : par un rappel à la loi. Ici Paris et France Dimanche ont tous les deux droits à leur publication judiciaire en couverture, « pour atteinte aux droits de la personnalité de madame Stéphanie Grimaldi » (Ici Paris) et pour « un article attentatoire à la vie privée et aux droits à l’image de Jean Dujardin » (France dimanche).

Et qui dit Jean, dit Alexandra (Lamy) : le « journal du tribunal » de Voici nous informe qu’elle attaque l’hebdomadaire pour la « même info », « publiée en même temps » sur deux supports indifférents (version papier et site internet). En langage juridique, on appelle ça une double peine.

Tout est argent

(comme dirait Marx)

Pour Voici, Alexandra Lamy mérite « la palme de la mise à profit ». Mais au palmarès de ceux qui ont demandé le plus d’argent au magazine (autre rubrique récurrente : « le top cinq des dommages et intérêt »), on trouve en haut du podium :

  • Aurélie Filippetti (« recordwoman » de la semaine avec ses 50 000 euros) ;
  • Mareva Galanter (pour la modique somme de 40 000 euros) ;
  • Hilary Swank (30 000 euros).

On en déduit que la somme demandée est inversement proportionnelle à la renommée internationale. En langage économique, on appelle ça une surévaluation.

Tout est sexe

(comme dirait Freud)

On dit de ces journalistes qu’ils écrivent comme des cochons. Ce serait pourtant leur faire un sort injuste. La profession compte aussi son lot de poètes, réunis sous la bannière de la revue Oops. Et qui célèbrent, à leur manière, l’amour et la volupté.

Exemple de ce lyrisme, la prestation de Nabilla au « Grand Journal » qui « n’a pas pu s’empêcher de lâcher “sucer n’est pas tromper. Je vous l’assure”. Tant mieux… Parce qu’en version édulcorée, elle commençait à nous pomper ».

Ou bien la guerre entre Morandini et Hanouna, dont « la question est de savoir lequel des deux a la plus grosse (audience, bien sûr). Et au petit jeu de “ tu vas voir qui est le mieux monté ” (chez Médiamétrie), tous les coups bas sont permis ».

Ou encore, les premiers flirts de Lourdes, la fille de Madonna :

« Façon polie de dire qu’ils aiment jouer à touche-pipi et se lécher la glotte. »

Et pour finir, la reconversion viticole de Rocco Siffredi, qui « nous prouve une fois de plus qu’il n’est jamais à court de jus ».

Tout est nature

(comme dirait Spinoza)

La presse people nourrit avec la nature un rapport ambivalent. Prenons l’exemple de la plage.

Pour France Dimanche, la plage est une fabrique à histoires, la baie de Rio « un paradis sur terre où le comédien [Vincent Cassel], qui parle portugais couramment, peut enfin poser ses valises et se dire que, peut-être, il a trouvé le décor idéal du film de sa vie ».

« We love summer » nous dit de son côté Public, qui ne manque pas une occasion de rappeler que la célébrité est plus belle au soleil, et que les « VIP vacanciers nous donnent envie de faire nos bagages pour n’importe quelle destination pourvu qu’il y ait du soleil et du sable fin ».

Aristote ne disait pas autre chose lorsqu’il disait que « le spectacle de la nature est toujours aussi beau ».

Celui des people au naturel l’est parfois un peu moins. People Poche s’est lancé dans un grand travail de déconstruction : « Horror Show : les stars sans maquillage. » Non sans une certaine tendresse pour ces victimes de l’ingrate nature :

« Mila Kunis est moche (mais on l’aime quand même). »

Tout est relatif

(comme dirait Einstein)

Une même photo – de Victoria Beckham, ses enfants sous le bras, en week- end à Paris – donne lieu à une multitude d’interprétations.

Voici y voit le signe d’une incommunicabilité :

« Lâchée par son homme [“ Mais où est donc passé David ?”, titre l’hebdomadaire, ndlr], Posh s’est retrouvée seule avec les bambins à faire du shopping… Et rebelote le lendemain ! Papa n’est toujours pas là… C’est depuis les tribunes du Parc des Princes que Brooklyn a pu apercevoir son papa sur le banc de touche. Pas super pratique pour se parler. »

Pour Public, c’est bien le signe de son indépendance :

« Victoria Beckham n’a pas besoin d’homme pour exister. La preuve, elle réussit à conquérir Paris toute seule. »

Tout est littérature

(comme dirait Verlaine)

Interjections : du « glop/pas glop » de Voici au « miam, les calories » de Public.

Abréviations : « BFF » (« best friend forever », meilleur(e) ami(e) pour la vie) dans Gosspip, « #vdm » (vie de merde) et « #lifeisunfair » (la vie est injuste) dans Public.

Utilisation de diminutifs – une spécialité de People poche : « Robert Pattinson et Kristen Stewart », c’est « Rob et Kriki », Rihanna et Chris Brown, on les appelle « Ri » et « Chrissou ». Quant à Justin Bieber, c’est « Juju ».

Création d’un nom commun au moyen d’un nom propre : « A la fin de l’année, [Justin Bieber] sera complètement “lindsaylohanisé” », nous prévient Oulala.

Invention lexicale : pour Gossip, l’amant déchu est « un ex-faux-frère-presque-boyfriend-mais-plutôt-sexfriend », la recrudescence des divorces une « “divorce people mania” qui agite la sphère people », la mère célibataire « une maman solo », l’enfant envahissant « une gamine infernale qui ne lâche pas les Louboutins de sa mère ».

Pour People poche, une célébrité qui fait parler d’elle est un « serial buzzeur », une fille qui a eu recours à la chirurgie esthétique « une plastoc », le mariage « un passage par la case mairie ».

Mélange linguistique :

  • du classique français/anglais : « nouvelle life » (Voici), « vraie romance ou pur fake », « Aurélie et Benjamin ne sont pas in love l’un de l’autre » (People Poche), « Nabilla, la meuf trop swag » (Oops) ou « la it girl » (Public) ;
  • à un audacieux français/espagnol/anglais : « le couple le plus caliente de la sphère people » (Oulala) ;
  • ou encore cet italo-franco-anglais : « Ciao le loser, bonjour le basketteur » dans Gossip.

A croire que nos journalistes ont pris la langue de Molière en langue vivante 2.

Tout est langage

(comme dirait Dolto)

C’est peut-être un détail pour vous mais pour eux ça veut dire beaucoup. Par exemple, Voici remarque que Zahia porte « une tenue plus sobre que d’habitude quoique bien courte et moulante » :

« Ça peut paraître très anecdotique, ça ne l’est pas. Laissant le poste de bimbo écervelée à Nabilla, Zahia avance l’air de rien vers l’évolution “Victoria Beckham”. Prochaine étape : ambassadrice de l’Unicef ? »

Ici Paris note, dans le regard de Kate Middleton, de la peur :

« De toute évidence, le cœur n’y était pas. Par instants, un voile de tristesse pouvait se lire dans le regard de Kate, qui semblait rongée par une réelle anxiété. »

Oulala trouve suspect les allers-venues d’Angelina Jolie chez son « ex-mari » : « Angelina, chez son ex ? Bizarre, bizarre. »

Mais les apparences sont parfois trompeuses. Comme nous le rappelle Amélie des « Anges de la téléréalité », cinquième du nom, dans Closer :

« Nabilla n’est pas une p… C’est juste une femme à forte poitrine. »

Tout est vrai et rien n’est vrai

(comme dirait Camus)

La vérité étant toujours ailleurs, deux solutions s’offrent alors aux magazines :

  • jouer avec les mots : d’où le recours à cette phrase récurrente de la presse people qui se présente sous la forme d’une dénégation : « Enfin, nous, on dit ça, on dit rien » (Oulala, pour prévenir « Billy » que « Miley [Cyrus] a déjà le cœur brisé, et ce n’est peut- être pas le moment de lui tourner le dos ») ;

  • ou jouer avec les titres : une spécialité de France Dimanche, avec ce titre qui nous fait croire que Karine Ferri a échappé à la mort : « Elle a failli rejoindre Gregory » (Lemarchal, son fiancé décédé) et dont la lecture nous apprendra qu’elle s’est relevée, en fait, indemne d’une mauvaise chute de ski.

Comble de l’ironie, trois hebdomadaires ont leur propre bureau de vérification de l’info :

  • pour Closer, c’est la « Brigade de vérification du people » ;
  • chez Oops, la rubrique, « Salut les mythos » ;
  • et pour Public, c’est la page « Net ou pas net ».

Closer, Public et Oops qui font la chasse aux intox, « c’est l’hôpital qui se fout de la charité. Ou le camembert qui dit au Roquefort qu’il pue » (comme le dit si bien People Poche dans sa retranscription d’un échange d’amabilités entre deux « anges de la téléréalité »).

Tout est possible

(comme dirait Morandini)

La presse people est un conte de fée où le crapaud devient prince et la crapaude princesse. Cette semaine, c’est Camélia Jordana qui s’y colle en tenant ce rôle. Voici et Closer se sont ligués pour saluer cette métamorphose mais c’est Public qui se montre le plus dithyrambique avec la « nouvelle star au nouveau look » :

« A 20 ans, terminé les grosses lunettes de vue et bonjour la frange… La chanteuse en a fini avec l’adolescence et adopte un look très rock qui lui va à ravir. »

Mais l’inverse aussi est possible. Public propose ainsi un « inventaire des célébrités qui ne se sont pas arrangées » avec le temps. Cette presse adore remettre les célébrités à leur place. A leur place d’origine. Une place d’humain parmi les humains.

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