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17 mars 2011 4 17 /03 /mars /2011 08:44

Kadhafi : «Je vais gagner car le peuple est avec moi»

Mouammar Kadhafi le 8 mars à Tripoli, alors qu'il s'apprêtait à donner plusieurs interviews télévisées.
Mouammar Kadhafi le 8 mars à Tripoli, alors qu'il s'apprêtait à donner plusieurs interviews télévisées.

INTERVIEW EXCLUSIVE - Dans un entretien au Figaro, le leader libyen exclut de quitter le pouvoir. 

LE FIGARO - Dans votre dernier discours public, mardi soir, vous avez promis d'«écraser» la rébellion . Cela veut-il dire que vous êtes prêt à reprendre le contrôle de tout le pays à n'importe quel prix humain ?

Colonel Mouammar KADHAFI - Je ne me suis pas exprimé en ces termes. Ce que j'ai voulu dire, c'est qu'il y a un complot contre le peuple libyen. Et, quel que soit ce complot - qu'il soit impérialiste, qu'il vienne d'Al-Qaida ou bien de l'intérieur -, le peuple libyen doit l'écraser.

L'armée libyenne a annoncé une opération imminente sur Benghazi. Pensez-vous pouvoir récupérer cette ville, siège de l'opposition, en évitant un bain de sang ?

Mon souci est de libérer la population des bandes armées qui occupent Benghazi. Ces rebelles risquent de se servir de ses habitants comme bouclier humain… Il est fort possible que ces rebelles tuent les civils et qu'ils mettent la faute sur le dos de l'armée libyenne.

Une amnistie a été offerte aux ex-soldats qui ont rejoint la rébellion. Combien de personnes se sont repenties à ce jour ?

Il faut d'abord rappeler que c'est contre leur gré que d'anciens soldats ont rejoint la rébellion. Les terroristes ne leur ont pas laissé le choix. Quand ils ont attaqué les casernes, ils ont capturé les militaires en leur disant: vous devez venir avec nous, sinon on vous égorge. Mais leur nombre est limité, car il y a beaucoup de soldats qui sont parvenus à s'échapper.

Vous vous donnez combien de temps pour reprendre le contrôle du pays ?

Si on utilisait la force, il nous suffirait d'une seule journée. Mais notre objectif est de démanteler progressivement ces groupes armés, en recourant à différents moyens, comme l'encerclement des villes ou l'envoi de médiateurs. Certains notables jouent le rôle d'intermédiaires. Nous comptons également sur des ex-soldats repentis pour qu'ils aillent parler avec leurs camarades.

Un dialogue a-t-il été amorcé avec les rebelles ?

Ce ne sont pas des gens avec qui l'on peut envisager de dialoguer, car al-Qaida ne dialogue avec personne. Si le monde veut parler avec al-Qaida, alors qu'il dialogue avec Ben Laden!

Quel rôle peuvent jouer les chefs de tribu ?

Ils peuvent jouer le rôle de médiateurs en demandant à ces éléments de rendre leurs armes. Quant aux terroristes qui sont arrivés de l'étranger, qu'ils quittent le pays, qu'ils regagnent l'Afghanistan, qu'ils retournent à Guantanamo.

Qui sont exactement vos opposants ?

Ici, il n'y a pas d'opposition. Toutes les manifestations que vous voyez actuellement sont organisées par les masses qui me soutiennent. Nous n'avons pas d'opposants en Libye. Ce ne sont que des groupes armés qui occupent certaines rues et certains bâtiments dans certaines villes.

En février, la révolte est pourtant née de manifestations pacifiques…

Non, absolument pas. Car ici, les demandes sont formulées dans le cadre des comités populaires qui représentent le peuple. Si le peuple n'est pas content, il peut exprimer ses demandes au sein de ces comités. Puisque c'est le peuple qui se gouverne lui-même, il n'y a pas de problème.

Si vous parvenez à reconquérir l'est du pays, envisagez-vous de lancer des réformes pour répondre aux demandes formulées par les insurgés ?

Il n'y a pas de raison que l'événement accidentel auquel nous faisons face pousse à un changement puisque, selon le fonctionnement de la Libye, le pouvoir est aux mains du peuple. Le peuple est libre de faire ce qu'il veut. J'attends juste de la population qu'elle revoit sa relation avec l'étranger.

Qu'en est-il en matière de politique interne ? Les jeunes que nous avons rencontrés rêvent de plus de liberté d'expression, de meilleures conditions économiques. Allez-vous écouter leurs demandes ?

Ici, les jeunes sont libres d'exprimer leurs revendications. Je vous l'ai déjà dit, ils peuvent le faire au sein des comités populaires. Nous n'arrêtons personne, sauf les éléments qui font partie d'un complot.

Une fois Benghazi reconquise, que va-t-il advenir des membres du Conseil national de transition ?

Il est fort possible qu'ils prennent la fuite. De toute façon, c'est une structure qui n'en est pas une. Elle n'a aucune valeur. Son dirigeant est un paumé, un pauvre type. Donc ces gens-là vont sans doute s'enfuir vers l'Égypte. Hier, il y a déjà un millier de personnes qui ont quitté la Libye par la frontière égyptienne: des étrangers, des Égyptiens, des Afghans, des Pakistanais, mais aussi des Libyens…

Les membres du Conseil, et ceux qui le soutiennent, sont pourtant d'anciens ministres, diplomates et officiers militaires. S'ils décident de rester en Libye, allez-vous les arrêter ou bien leur offrir une amnistie ?

Ces gens-là ont été pris en otage. S'ils restent, je les pardonnerai, car ce n'est pas de leur faute.

Comment réagissez-vous aux révoltes qui ont secoué vos deux pays voisins, la Tunisie et l'Égypte ?

Au début, j'ai pensé qu'il s'agissait d'une révolution populaire. J'ai vite déchanté. J'ai d'abord cru qu'il y avait un vrai désir de transformer le système politique de ces pays en «Jamahiriyya», en s'inspirant du modèle libyen. Au final, on a juste assisté à un transfert de pouvoir, d'un président à un autre président, et d'ex-ministres à d'autres ministres. Donc, ce ne sont pas de vraies révolutions.

Dans les deux cas, Ben Ali et Moubarak se sont retirés du pouvoir. Si c'est dans l'intérêt de votre pays, pourriez-vous envisager de vous retirer, vous aussi ?

Me retirer de quoi ? (rires) Je ne suis que le guide de la révolution libyenne de 1969. Je ne peux donc pas travailler contre la volonté du peuple. En Tunisie et en Égypte, les peuples étaient contre leur gouvernement. En Libye, c'est le contraire, le peuple est avec moi. Vous n'avez pas vu tous ces gens dans les rues, toutes ces manifestations qui me soutiennent ? C'est un plébiscite.

Après plus de 41 ans à votre poste, n'avez-vous pas, tout simplement, envie de céder la place à un autre, et de vous reposer ?

Je n'ai aucun rapport avec la politique et le pouvoir. Je n'ai donc pas de pouvoir à laisser. Je n'ai pas de poste à abandonner.

Alors qui dirige votre pays ?

C'est le peuple, le Congrès général, les comités populaires…

En période de crise, comme celle que traverse votre pays, est-il vraiment possible de tout résoudre à travers ces comités populaires ?

C'est le peuple qui fait tout fonctionner. Même les attaques contre les rebelles sont entreprises par le peuple. C'est le peuple qui est actuellement armé. Et inchallah, grâce au peuple, tout rentrera bientôt dans l'ordre.

Libye : l'ONU tergiverse, Kadhafi avance

Par Thomas Vampouille figaro
 «Dans les prochaines heures, nous allons voir un vrai génocide si la communauté internationale n'agit pas rapidement», a plaidé mercredi l'ambassadeur libyen adjoint à l'ONU, Ibrahim Dabbachi.
«Dans les prochaines heures, nous allons voir un vrai génocide si la communauté internationale n'agit pas rapidement», a plaidé mercredi l'ambassadeur libyen adjoint à l'ONU, Ibrahim Dabbachi. Crédits photo : MARIO TAMA/AFP

Alors que l'armée libyenne poursuit jeudi sa route vers Benghazi en pilonnant les positions des insurgés, le Conseil de sécurité s'apprête à prendre une décision sur une éventuelle zone d'exclusion aérienne, qui divise les pays membres.

La journée de jeudi pourrait être décisive pour la Libye. Tandis que, sur le terrain, les troupes du colonel Kadhafi avancent inexorablement vers Benghazi, bastion des insurgés, le Conseil de sécurité doit voter sur un projet de résolution prévoyant une zone d'exclusion aérienne au-dessus du pays. La décision avait été remise à l'ONU en début de semaine par les pays du G8 que la France, en pointe sur le sujet, n'avait pas réussi à convaincre de recourir à la force pour protéger les civils.

Avant la fin des discussions au siège de l'ONU mercredi, l'ambassadeur libyen adjoint Ibrahim Dabbachi, qui a fait défection au régime Kadhafi, a indiqué que la Libye avait besoin d'une résolution du Conseil de sécurité «dans les dix heures». «Nous allons voir un vrai génocide si la communauté internationale n'agit pas rapidement», a-t-il insisté.

Mais la zone d'exclusion aérienne ne fait toujours pas l'unanimité à New York. «Il y a un projet de résolution qui a été mis au point et qui a tenu compte d'un certain nombre d'observations. Mais cela ne veut pas dire qu'il est gravé dans le marbre», a souligné un diplomate onusien sous le couvert de l'anonymat, soulignant que les 15 pays membres pouvaient encore modifier le texte jeudi. L'ambassadeur russe à l'ONU, Vitali Tchourkine, a expliqué de son côté que Moscou avait présenté une contre-proposition : un texte beaucoup plus court prévoyant un cessez-le-feu de toutes les parties au conflit, qui pourrait être lui aussi mis au vote jeudi. La Russie et la Chine n'ont jusqu'à présent pas caché leurs réticences à l'idée d'une zone d'exclusion aérienne. L'Allemagne, l'Inde et l'Afrique du Sud ont également exprimé des réserves.

 

Plusieurs pays arabes prêts à participer

La Ligue arabe a pourtant donné son accord en faveur d'une zone d'exclusion aérienne. Un argument utilisé mercredi par Nicolas Sarkozy, qui a appelé «solennellement» les membres du Conseil de sécurité à «soutenir» l'appel de la Ligue arabe. Le ministre français des Affaires étrangères, Alain Juppé, a affirmé sur son blog que «plusieurs pays arabes» étaient prêts à «une participation effective» à une opération militaire en Libye, ajoutant qu'il n'était «pas encore trop tard» pour intervenir. La Grande-Bretagne a appuyé la position française, exhortant les membres du Conseil à surmonter leurs divisions sur le sujet et à prendre une décision rapidement. De son côté, l'ambassadrice américaine à l'ONU, Susan Rice, a même estimé que le Conseil de sécurité devrait peut-être envisager des mesures allant au-delà d'une simple zone d'exclusion aérienne en Libye.

Sur le terrain, le temps presse. Mercredi soir, Mouammar Kadhafi a annoncé que ses forces allaient livrer jeudi «une bataille décisive» pour conquérir Misrata, troisième ville du pays à 150 km à l'est de Tripoli, dont les insurgés ont affirmé être toujours maîtres malgré une première offensive mercredi des pro-Kadhafi. À l'est, après avoir réussi à reprendre plusieurs villes ces derniers jours, les loyalistes ont bombardé par air et terre Ajdabiya, dernier verrou des rebelles à 160 km au sud de leur fief de Benghazi. Dans une interview au Figaro, le dirigeant libyen a exclu de «dialoguer» avec les rebelles. Le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, a quant à lui averti que «tuer des gens innocents et désarmés est un crime contre l'humanité».

 

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L'armée libyenne en route vers Benghazi

Les forces pro-Kadhafi mettent en scène leur rentrée dans Ajdabiya pour les journalistes.
Les forces pro-Kadhafi mettent en scène leur rentrée dans Ajdabiya pour les journalistes. Crédits photo : Jerome Delay/AP

«Dans 48 heures, tout sera fini», affirme Seif al-Islam, fils du colonel Kadhafi alors que l'armée a annoncé une opération imminente contre le bastion des insurgés. Pour Hillary Clinton, «il est urgent d'agir».

L'armée libyenne avance vers Benghazi, deuxième ville de Libye, aux mains des insurgés depuis le 17 février. Après l'annonce de la prise d'Ajdabiya mardi, l'armée a annoncé une opération imminente contre la ville, siège du Conseil national de transition (CNT). Le porte-parole militaire du conseil des rebelles, Khaled El-Sayeh, a toutefois démenti toute retraite des insurgés vers Benghazi, malgré des scènes de débandade dont ont été témoins des journalistes occidentaux.

Selon un médecin sur place, les combats se pousuivaient en effet à l'est et à l'ouest d'Adjabiya mercredi. La ville était encore la cible de bombardements et de nombreux témoins sur place, calfeutrés chez eux, expliquent entendre des tirs. Le bilan des affrontements serait d'au moins 26 morts depuis mardi dans cette ville qui reste le dernier verrou des forces rebelles à seulement 160 kilomètres au sud de leur fief, Benghazi.

Plus à l'ouest, les forces fidèles au Guide libyen ont mené mercredi une offensive dans la ville de Misratah, à 150 kilomètres de Tripoli, qui reste contrôlée par la rébellion. L'opération a fait au moins quatre morts et une dizaine de blessés, selon un porte-parole des insurgés.

«Dans 48 heures, tout sera fini. Nos forces sont presque à Benghazi», a affirmé mercredi Seif al-Islam dans un entretien accordé à Euronews. Quelle que soit la décision de la communauté internationale contre le régime libyen, «ce sera trop tard», ajoute-t-il.

 

«Les colonisateurs seront vaincus»

La veille, le colonel Kadhafi a juré dans un discours télévisé d'«écraser les ennemis». «Les colonisateurs seront vaincus, la France sera vaincue, l'Amérique sera vaincue, la Grande-Bretagne sera vaincue», a-t-il ajouté, qualifiant, dans une interview à la chaîne allemande RTL, le président français de «fou». Il a affirmé au sujet des violences dans son pays que «ce petit événement» a fait «seulement 150 à 200 morts» pour moitié dans les rangs des forces de sécurité.

Mercredi, le fils du dirigeant libyen Seïf al-Islam a par ailleurs attaqué frontalement le président de la République, lui demandant de rendre de l'argent qui lui aurait été versé pour mener sa campagne présidentielle en 2007. Il a affirmé que cette aide avait été accordée à Nicolas Sarkozy «afin qu'il oeuvre pour le peuple libyen». «Mais il nous a déçu. Rendez-nous notre argent. Nous avons tous les détails, les comptes bancaires, les documents, et les opérations de transfert», a-t-il ajouté. Ses affirmations ont été démenties par l'Elysée.

 

«Il est urgent d'agir» pour Clinton

La France a lancé une tentative de la dernière chance pour arracher au Conseil de sécurité de l'ONU un accord pour une action militaire en Libye qui stopperait l'avancée des troupes de Mouammar Kadhafi. «La France appelle solennellement tous les membres du Conseil de sécurité à prendre pleinement leurs responsabilités» et à soutenir l'appel de la Ligue arabe à l'imposition d'une zone d'exclusion aérienne au-dessus de la Libye, a écrit le président Nicolas Sarkozy dans une lettre à chacun d'entre eux.

«Le temps joue contre nous, il est urgent» d'agir, a affirmé de son côté au Caire la secrétaire d'Etat américaine Hillary Clinton, jusqu'ici extrêmement prudente sur toute intervention en Libye. «Différentes actions sont considérées. Il y a la zone d'exclusion aérienne, mais d'autres options existent afin de protéger les citoyens libyens de leur dirigeant qui semble déterminé à revenir en arrière et à tuer autant (de Libyens) que possible», a-t-elle dit.

La France, très en pointe sur le dossier libyen, s'appuie sur le soutien des pays arabes pour essayer de convaincre le Conseil de sécurité. Le ministre français des Affaires étrangères Alain Juppé a ainsi affirmé pour sa part mercredi sur son blog que «plusieurs pays arabes» étaient prêts à «une participation effective» à une opération militaire en Libye, ajoutant qu'il n'était «pas encore trop tard» pour intervenir. Plusieurs membres permanent du Conseil de sécurité, la Chine, la Russie et l'Allemagne en tête, ont exprimé des réserves ou de l'opposition à tout acte de guerre.

Le secrétaire général des Nations unies Ban Ki-moon a lui appelé mercredi «toutes les parties» impliquées dans le conflit en Libye à «accepter un cessez-le-feu immédiat». Le secrétaire général a exprimé «sa profonde inquiétude» concernant l'escalade militaire par les forces du colonel Mouammar Kadhafi et concernant «des informations sur un assaut contre la ville de Benghazi», fief des insurgés.

(Avec AFP et Reuters)

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La défaite d'Ajdabiya sonne le glas de la révolution libyenne

Des insurgés et des civils fuient Ajdabiya, ville reprise mardi en 45 minutes par les loyalistes, et se dirigent vers Benghazi.
Des insurgés et des civils fuient Ajdabiya, ville reprise mardi en 45 minutes par les loyalistes, et se dirigent vers Benghazi. Crédits photo : GORAN TOMASEVIC/REUTERS

En Libye, les insurgés ont perdu mardi une ville stratégique. La route de Benghazi et de Tobrouk est ouverte aux loyalistes.

Ajdabiya est tombée en 45 minutes. Les insurgés libyens qui défendaient la ville avaient pourtant un peu mieux préparé leur affaire que lors de leurs précédents accrochages avec les forces de Kadhafi. Depuis le milieu de la semaine dernière, les loyalistes ont progressé presque sans coup férir le long de la route côtière, balayant devant eux les révolutionnaires à coup de bombardements aériens et de barrages d'artillerie.

L'insurrection ne pouvait pas se permettre de perdre le contrôle d'Ajdabiya, nœud routier qui commande l'accès à Benghazi et la Cyrénaïque, mais aussi les routes qui filent vers Tobrouk en direction de la frontière égyptienne, et vers Koufra, dans les étendues désertiques du Fezzan. La ligne de défense avait été établie à la sortie sud de la ville. Les canons antiaériens montés à l'arrière des pick-up étaient dispersés au lieu d'être massés en grappes sur les carrefours, des remblais de terre avaient été aménagés, et quelques batteries de lance-roquettes multiples déployés dans le désert de part et d'autre de la route. Ajdabiya avait toutes les raisons d'être défendue.

 

La fin du printemps arabe ?

La bataille a commencé avec l'explosion de quelques bombes, larguées en début de matinée par les avions de Kadhafi. Un appareil à hélice tournoie dans le ciel blanchi par le vent de sable. Puis l'artillerie entre en action en fin de matinée. Par salves de trois, conformément aux manuels, les obus commencent à pilonner les positions des insurgés, soulevant de gros panaches de fumée grise. Les explosions résonnent comme si quelqu'un frappait à la masse contre la porte d'un garage géant. La double arche métallique du check-point d'entrée, le dépôt de munitions au sud de la route, le carrefour circulaire de l'entrée de la ville sont pris pour cible. Les insurgés ripostent d'abord à coups de lance-roquettes, qui partent en sifflant dans le ciel. Le duel dure une petite demi-heure, jusqu'à ce qu'un tir de contre-batterie des forces loyalistes mette fin à cet échange.

Tout s'enchaîne ensuite très vite. Vers 14 heures, les tirs d'artillerie se rapprochent et plus personne ne leur répond. Dans un mouvement d'abord relativement ordonné, les pick-up camouflés avec de la boue des insurgés se replient sur le carrefour suivant. Puis de façon un peu plus chaotique vers les premières maisons de la ville. Les haut-parleurs des mosquées hurlent des Allah Akbar.

Dans les rues, des insurgés munis de lance-roquettes se groupent devant les maisons, l'air inquiet. Certains murmurent des prières. Des habitants chargent à la hâte des minibus avec leurs bagages, les femmes et les enfants à l'arrière, et partent en trombe. Et puis, soudain, des tirs d'armes automatiques prennent en enfilade les rues, les balles vrombissent, et c'est la panique. Dans une débandade totale, roulant à fond de train dans les rues d'Ajdabiya, les insurgés prennent la fuite, manquant de s'emboutir les uns les autres. Au centre-ville, les fuyards font de grands signes aux autres combattants encore en position derrière leurs mitrailleuses sur les ronds-points. «Ils arrivent! Ils arrivent!»

 

La route de Benghazi est ouverte

Des obus explosent dans les rues, accroissant la panique. Un flot de voitures s'enfuit vers la route du nord et de Benghazi. Pick-up chargés de combattants, civils entassés à l'arrière des breaks, vieilles Peugeot tractées par d'autres voitures. Il est 14 h 45. La bataille d'Ajdabiya est terminée. À la sortie nord de la ville, des combattants sont garés dans les dunes. Le vent de sable souffle en rafales, et la chaussée est par endroits presque recouverte. «Ne restez pas ici, les gens de Kadhafi sont en train d'encercler la ville! La route va être coupée!»

Vers 16 h 30, c'est chose faite, et des pick-up aux drapeaux verts sont vus par les derniers journalistes à quitter la ville. La route de Benghazi, la capitale de la révolution, est ouverte. Aucune ligne de défense à l'entrée de la ville. 160 kilomètres d'autoroutes à travers le désert séparaient encore les forces de Kadhafi de Benghazi. Avec la possibilité pour les loyalistes de rééditer le coup de Rommel lorsqu'il s'empare d'Ajdabiya en avril 1941, foncer vers Tobrouk, et couper ainsi la Cyrénaïque. Quel que soit à présent l'enchaînement des événements, les perspectives du mouvement révolutionnaire libyen apparaissent comme désespérées. Benghazi était mardi soir une ville ouverte. Le printemps arabe s'est peut-être achevé mardi à Ajdabiya.

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«Sarkozy doit rendre notre argent», dit le fils de Kadhafi

«La première chose que l'on demande à ce clown, c'est de rendre l'argent au peuple libyen», lance Seïf al-Islam.
«La première chose que l'on demande à ce clown, c'est de rendre l'argent au peuple libyen», lance Seïf al-Islam. Crédits photo : REUTERS TV/Reuters

Seïf al-Islam affirme que Tripoli a financé la campagne de Nicolas Sarkozy en 2007 et se dit prêt à dévoiler des preuves «prochainement». L'Élysée dément ces allégations.

Les accusations ont été prononcées dans un entretien accordé par Seïf al-Islam à Euronews (voir la vidéo ci-dessous). Le fils du colonel Kadhafi affirme que la Libye a contribué au financement de la campagne électorale de Nicolas Sarkozy en 2007. «Nous sommes prêts à tout révéler. La première chose que l'on demande à ce clown, c'est de rendre l'argent au peuple libyen», ajoute-t-il. Seïf al-Islam affirme que cette aide a été accordée à Nicolas Sarkozy «afin qu'il oeuvre pour le peuple libyen». «Mais il nous a déçu. Rendez-nous notre argent. Nous avons tous les détails, les comptes bancaires, les documents, et les opérations de transfert», ajoute-t-il. Ces affirmations ont été démenties par l'Elysée.

 

La semaine dernière, Mouammar Kadhafi avait menacé de rendre public «un grave secret» lié à la campagne présidentielle française de 2007. Un scandale de nature à faire chuter Sarkozy, si le président français persistait à reconnaître le Conseil national de transition comme représentant du peuple libyen.

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