Lundi 27 février 2012 1 27 /02 /Fév /2012 15:16
RTL : Un chirurgien français de retour de Syrie décrit le "carnage" et "la cruauté"
 
 

Jacques Bérès, un chirurgien français, a passé 19 jours en Syrie pour une mission humanitaire. A son arrivée en France, il a décrit le "carnage" dont il a été le témoin à Homs (centre), où il a vu "des enfants presque coupés en deux par des obus".

Un chirurgien humanitaire français, de retour vendredi d'une mission de 19 jours en Syrie, a décrit à l'AFP le "carnage" dont il a été le témoin à Homs (centre), où il a vu "des enfants presque coupés en deux par des obus". Visage mangé par une barbe de plusieurs jours, cheveux blancs, le Pr Jacques Bérès, est arrivé en fin de journée à l'aéroport parisien de Roissy Charles-de-Gaulle, soulagé de retrouver les siens et de "quitter le carnage de Homs".

Des bombardements dès 6h30

Dans cette ville, assiégée depuis plus de 20 jours par les forces du régime de Bachar al-Assad, "les bombardements commençaient à 06H30" : "ils sont réglés ces gens-là, je ne sais pas, à 06H30 ça démarre, ça durait toute la journée". "Les rues sont complètement désertes et quand les gens sont obligés d'aller chercher de la farine pour faire du pain, ils profitent d'une porte cochère, ils se font des signes, pour voir s'ils peuvent passer sans encombres".

"Des enfants presque coupés en deux"

Cofondateur de Médecins sans Frontières (MSF), le Pr Bérès se dit "marqué par les bombardements, la détresse des gens mais aussi leur courage", malgré les conditions de vie particulièrement difficiles. "J'étais triste, j'ai vu la souffrance inutile, la cruauté, la méchanceté, la souffrance des enfants, des familles", s'indigne-t-il. "C'est insupportable, c'est honteux, les gens meurent et on (la communauté internationale) ne fait rien". Le chirurgien évoque "des enfants presque coupés en deux par des obus". Il se souvient particulièrement d'un jour où "il y avait beaucoup de blessés" et "un petit garçon, parmi les morts, que son papa, blessé, essayait tout seul de soigner".

Des miracles aussi

Pourtant il a vu "des choses extraordinaires, des gens qui ont eu des blessures incroyables, une balle qui rentre là qui sort là, qui casse le bras, mais rien aux poumons (...), des miracles", dit le septuagénaire, accueilli à Roissy par des responsables de l'Union des associations musulmanes de Seine-Saint-Denis (UAM 93) et de France-Syrie Démocratie. "On est faits pour ça, on est faits pour soigner les gens, on va où les autres ne vont pas", souligne-t-il. "J'aimerais beaucoup y retourner, je ne sais pas si ça va être possible, surtout que la prochaine fois je vais être une cible".

La vie quotidienne ressemble à "un film de guerre"

La ville a subi "de gros dégâts, ce n'est pas tout à fait Berlin de la seconde Guerre mondiale, ce n'est pas encore Beyrouth, mais ça va le devenir" assure-t-il, en insistant sur la pénurie d'eau et d'électricité. "Il y a eu des immeubles en feu, il y a des trous", explique-t-il, décrivant avec ses mains la taille des impacts. Selon lui, la vie quotidienne à Homs ressemble à "un film de guerre", "un film lourd avec du sang partout".


Source : RTL.be et Normandie et LCI

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La Croix : Jacques Bérès, un chirurgien français dans Homs assiégé

    
  

Il n’a rien voulu entendre. Ni les craintes de son épouse. Ni les conseils de prudence des associations avec lesquelles il part d’habitude. Jacques Bérès, 70 ans passés, voulait depuis des mois gagner Homs, la ville rebelle pilonnée par l’armée syrienne. Début février, le chirurgien français a trouvé le bon réseau pour franchir clandestinement la frontière, éviter les contrôles, patienter dans un village, puis pénétrer au cœur de Homs malgré l’encerclement par les troupes de Damas.

« Il veut soigner et témoigner,  résume M’hammed Henniche, responsable de l’Union des associations musulmanes de Seine-Saint-Denis (UAM 93). On a tout fait  pour le dissuader de partir. Mais il a dit qu’avec ou sans nous, il gagnerait la Syrie. Alors on a fini par lui donner une lettre de mission au nom de notre association. »

Incontrôlable. C’est aussi le souvenir qu’il a laissé chez Médecins sans frontières (MSF), dont il est l’un des cofondateurs. « Il a la réputation d’être un risque-tout, véritable trompe-la-mort d’une grande ténacité,  se souvient Rony Brauman, l’un des anciens présidents des French doctors, qui l’a croisé dans les années 1970. Chez MSF, il faisait ce qu’il voulait, ce qui est difficilement compatible avec les contraintes d’une organisation. Mais il a contribué à insuffler cet esprit d’audace et d’aventure au mouvement. » 

Un habitué des conflits
Né en 1941, fils fortuné d’un célèbre libraire, Jacques Bérès a découvert la chirurgie de guerre au Vietnam, en 1967. Dès lors, sa petite trousse médicale au bout du bras, l’homme n’a cessé d’arpenter le monde, de conflits en catastrophes. Liberia, Bangladesh, Tchad, Congo, Tchétchénie, Rwanda, Irak, Sierra Leone, Liban, Palestine… Le chirurgien prend l’habitude de déserter ses patients français pour des courtes missions, si possible au plus près des violences, perdant deux doigts au passage à la suite d’une blessure par balle. « Face au danger, il est d’un grand calme, presque détaché »,  témoigne le médecin Bernard Guillon qui l’a côtoyé à Gaza.

Depuis qu’il est arrivé à Homs, il y a une vingtaine de jours, Jacques Bérès n’a pas cessé d’opérer sous les bombes, entre deux coupures d’électricité. Sur le site de l’Union des associations musulmanes de Seine-Saint-Denis, il a témoigné de l’horreur des bombardements, du manque d’eau et de médicaments, de la mort de ses patients, de sa fatigue, aussi, après tant de nuits sans sommeil. « Il voulait quitter la ville, mais il a dû renoncer tant il est dangereux de se déplacer à l’air libre »,  confiait hier, non sans inquiétude, M’hammed Henniche.

Source : La croix

 

Par elkhadra
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