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18 juillet 2012 3 18 /07 /juillet /2012 08:57

Quelques remarques en marge du IXème congrés

par Said Jendoubi, · 

Depuis le début des années 80, à l'époque où Ennahdha s'appelait Mouvement de la Tendance Islamique, cette tendance qui n'est pas tout à fait un parti au sens strict du mot, ni une agglomération de tendances hétéroclites... mais un grand courant, un esprit (comme Hassan El-Banna aimait qualifier les Frères Musulmans)... J'ai dit depuis le début des années 80 ce courant est traversé par de multiples tendances qui ne sont pas seulement idéologiques... d'autres critères intervenaient dans la différenciations sociologique de ces tendances.

 

Il y a d'abord le critère générationnel, qui faisait que le mouvement est formé de strates simultanées où l'on pouvait facilement distinguer, au delà de la formation commune des formes d'expression et d'action parfois antagoniques (ceux qui travaillent, les étudiants et les lycéens) ce sont les derniers, qui durant la première moitié des années 80 ont été les plus audacieux dans le bouleversement de certains "tabous", tels que l'ouverture sur l'extérieur (extérieur de la mosquée j'entends), les maisons de culture, les clubs, la pratique du théâtre et de la musique, la mixité, et même l'ouverture sur les filles non-voilées (les sœurs en civil telles qu'on les nommait malicieusement!)... Cette génération a contribué grandement, dans l'adoucissement de l'image des islamistes, en dépit de la propagande du régime : il faut dire que l'ancrage des lycéens dans la société tunisienne est sans égal, aucun secteur géographique du pays n'est jamais loin d'un lycée et aucune famille ne compte pas parmi ses membres des lycéens. Il est vrai aussi, que cette ouverture fut le fruit inattendu de l'absence de la direction du mouvement pour cause d'emprisonnement... une sorte de "infilèt" de certains de la génération précédente vont le qualifier et même de l'endiguer. Dans ce contexte, et sous prétexte de calmer cette génération "emportée par sa fougue" et par des rêves de Révolution caressés depuis la Révolution iranienne, la direction va abolir "le secteur lycéen" et de mettre ses membres sous l'égide des directions locales.

 

La génération intermédiaire est celle des étudiants. Ceux-ci restent malgré tout assez conventionnels, en dépit de quelques "clash" avec la direction (exemple : la position par rapport aux évènements de janvier 1978). Là aussi l'empreinte de la Révolution iranienne, mais aussi le frottement avec la gauche estudiantine, sont palpables dans la manière d'agir et de s'exprimer, et c'est de cette génération que sont issus des figures comme N. BHiri, Ajmi Lourimi, A. Harouni, A. Makki, etc... L'une des erreurs stratégiques à mon sens, du Mouvement et qui explique le manque relatif d'efficacité de ce "secteur" comparé au premier cité, est que la direction et la gestion de ce dernier fut confiée quasi exclusivement aux étudiants résidents dans les cités universitaires... c'est-à- dire les étudiants venus de l'intérieur du pays (dans certaines manifestations, certains étudiants ne connaissaient pas les rues et les recoins de la capitale!). Mais il est certain que ce secteur  a joué un rôle fondamental dans la rupture idéologique avec la culture des Frères Musulmans, et dans l'innovation de la pensée générale ainsi que du lexique politique du Mouvement.

 

La génération des "fondateurs" est demeurées, d'une manière générale homogène dans sons "classicisme" en dépit des différences de formations (entre littéraires et scientifiques) ; avec une prépondérance de R. Ghannouchi comme un habile théoricien ouvert sur des expérience nouvelle de la pensée islamique, et comme un fin tacticien et meneur d'hommes capables de maintenir des équilibres nécessaires à la cohésion générale du Mouvement. Il a occupé ainsi le rôle qu'occupait Yasser Arafat au sein de l'OLP.

 

Un autre critère, non moins important, concernant la différenciation des courants au sein du Mouvement, c'est l'appartenance socio-économique, ou de classe. Ce critère est important à explorer afin de déterminer d'éventuelles influences sur l'orientation des grands projets sociétaux du Mouvement. cela, peut avoir un impact sur l'orientation libérale ou non de la vision économique et même géostratégique ; ainsi que sur l'adhésion à une vision  vraiment révolutionnaire ou non... cela peut également expliquer les tergiversations concernant l'absorption de certain cadres de l'ancien régime au sein du Mouvement sous prétexte de "paix sociale" et de "compétences à exploiter"...

 

Un troisième critère, essentiel à mon avis dans la différenciation au sein d'Ennahdha, touche à la division homme/femme. Le Mouvement a toujours privilégié la réservation d'un "secteur" à "l'action féminine". Ce qui lui facilite, parfois mieux que des partis dits "modernistes" à régler le problème de la parité (parité avec laquelle on voulait initialement l'étrangler, mais peine perdue!) ; mais seulement sur un plan purement quantitatif... sur le plan qualitatif le Mouvement souffre encore aujourd'hui d'un déséquilibre de formation et de compétences entre les deux sexes. Il est temps qu'on opte pour un décloisonnement verticale entre les hommes et les femmes du Mouvement pour laisser la place à une vrai parité interne.

 

Il existe, bien entendu, d'autres critères de différenciation du Groupe tels que le critère de l'appartenance régionale ; et qui fut soulevé timidement de temps à autre au sein du mouvement... mais dont les conséquences sont perceptibles dans la vision que pourrait adopter (ou qu'aurait adopté) le Mouvement à l'égard du territoire national et de ses déséquilibres.

 

D'autres critères plus "à  la mode" et qui ont fait l'objet de l'attention des analystes depuis le 14 janvier 2011 et surtout de puis qu'Ennahdha gouverne, sont en rapport avec la nouvelle configuration d'un mouvement enfin réuni : il s'agit de la subdivision en "ceux des prisons", "ceux de l'exil", "ceux de l'intérieur" et ceux "qui reviennent au bercail"...

 

Il est claire que, contrairement aux lectures simplistes et essentialistes que prônent les détracteurs du Mouvement (mais pas seulement)... il ne s'agit pas d'un mouvement homogène à 100% où tout est noir (ou blanc). Mais le défi majeur qui se pose à ce Mouvement, incontestablement, le plus important du pays, est de saisir enfin cette occasion qu'est la Révolution et non le pouvoir, afin de mettre de l'ordre dans la maison tout en évitant la casse (danger qui le menace davantage en temps de répit qu'en temps de répression). Pour cela, un retour aux sources qui ont fait la spécificité et la survie de ce Mouvement, malgré les tourments,  est nécessaire.

 

Par spécificité j'entends,  l'âme de ce mouvement, à savoir cet esprit fraternel et solidaire, cette exemplarité dans les faits et gestes, cette ouverture d'esprit sur l'autre différent.... Il s'agit de valeurs morales certes... Mais c'est ce qui fait la différence entre un véritable esprit révolutionnaire et un véritable esprit d'opportuniste. Cette spécificité ne peut se rétablir et s'affirmer aujourd'hui sans une pratique exemplaire de la Démocratie interne et à tout les échelons. Deux dangers guettent celle-ci : c'est la constitution d'une "caste" spécialisée dans "l'exercice du pouvoir"... de véritables apparatchiks bureaucrates (et le Mouvement en a connu et en connait encore!)... Le deuxième danger est de vouloir gagner les élections "à n'importe quel prix".... ce qui mène à de petits calculs de boutiquiers et à des concessions douteuses (à l'égard des résidus du RCD ; mais aussi à l'égard de certains courants qui tirent l'islamisme vers le bas). La pérennité d'un mouvement ne peut être assurée que par le degré d'attachement à ses PRINCIPES fondateurs.

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