Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Recherche

20 mars 2011 7 20 /03 /mars /2011 10:10

Quand la fin du monde rattrape le Japon

owni

Ce qui me fascine en voyant défiler les tristes images du Japon dévasté par une catastrophe naturelle et menacé par un accident nucléaire, c’est à quel point elles me semblent familières. Malgré leur envergure exceptionnelle et leur brutalité, ces évènements, j’y avais déjà assisté, et les Japonais, plus encore que moi, tant les fictions qu’ils consomment regorgent de catastrophes de ce genre.

Katsuhiro Ōtomo, "Akira" (1982). La destruction de Neo-Tōkyō.

Nos journaux télévisés montrent à quel point les écoliers japonais sont entraînés à s’abriter sous leurs tables de classe dès qu’une secousse s’annonce. Ils évoquent aussi l’excellence des constructions anti-sismiques, en nous disant que les japonais sont toujours prêts à l’éventualité d’un tremblement de terre majeur ou d’un monstrueux tsunami. Mais cela va plus loin à mon avis. Par des récits de science-fiction surtout, les Japonais se sont aussi préparés psychologiquement. Et cette préparation par l’imaginaire fantastique n’a pas de destination pragmatique, elle ne dit pas comment se comporter pendant une catastrophe, elle établit la fatalité de la catastrophe.

"Godzilla vs Megalon" (1973), film de Jun Fukuda. Dans les films de la série Godzilla, le lézard géant et ses homologues Kaijūs (Gamera, Mothra, Rodan, Guidorah, Ebirah, Yonggary,...) incarnent souvent la vengeance de la nature malmenée par l'homme.

Bien entendu, pour produire des catastrophes crédibles, des récits “habités”, il faut aussi que l’idée de l’éventualité d’une fin du monde soit bien ancrée dans l’esprit des auteurs de ces récits, ils faut qu’ils y croient eux-mêmes pour y faire croire.

Tous les états de la peur

Marshall McLuhan disait que la bande dessinée est un média “froid”, c’est à dire un média qui réclame un effort conscient à son public et implique, en contrepartie, une certaine distanciation. Et ce n’est pas faux. J’ai pourtant connu un authentique sentiment d’effroi à la lecture de deux bandes dessinées, Dragon Head, par Minetarō Mochizuki et Ardeur (1980), par Alex et Daniel Varenne. Or ces deux séries sont des récits de fin du monde. Ardeur est un effrayant voyage dans une Europe ravagée par l’hiver nucléaire, écrit en plein “réchauffement” de la guerre froide. Je reparlerai peut-être un jour de cette série que je tiens pour un chef d’œuvre, du moins pour ses premiers tomes.

Minetarō Mochizuki, "Dragon Head" (1995)

Dans Dragon Head, un train se retrouve prisonnier d’un tunnel à la suite d’un séisme. Trois collégiens — deux garçons et une fille — survivent et essaient de quitter l’endroit et de comprendre ce qui est arrivé au Japon, apparemment victime d’une catastrophe majeure. Les divers protagonistes rencontrés au cours du récit connaissent tous les états de la peur : les uns se montrent pragmatiques, les autres basculent dans la folie complète. Personne ne sait rien, le pays entier est plongé dans les ténèbres, isolé du reste du monde.

"Ponyo sur la Falaise" (Hayao Miyazaki, 2009)

Même Ponyo sur la falaise (2009), de Hayao Miyazaki, qui a les apparences d’un conte pour enfants inspiré de la petite sirène d’Andersen, et qui est souvent présenté comme un des films les plus légers de son auteur, constitue à mon avis une lugubre évocation de l’absence, de la mort, du désastre, et de la violence du rapport de l’homme à la nature. L’héroïne qui donne son titre au film est la cause d’un tsunami qui noie une petite ville côtière. Si le spectateur choisira de croire que les pensionnaires d’une maison de retraite immergée sont sauvés de la noyade par un abri sous-marin plus ou moins magique, il n’est pas interdit de ne voir dans cette intervention qu’une fantaisie consolatrice.

Et nous?

Je trouve intéressante l’image qui suit, enregistrée sur une chaîne d’informations en continu il y a quelques heures. Confronté à l’impensable, le témoin des effets du désastre se sent projeté dans la fiction :

"Est-ce que c'est un rêve ? J'ai l'impression d'être dans un film ou quelque chose comme ça. Quand je suis seul je dois me pincer la joue pour vérifier si c'est bien réel" (un habitant de la ville de Rikuzentakata).

On pourrait bien sûr parler aussi de la manière dont les Américains, autres familiers des catastrophes (tornades, séismes, inondations), ont toute une production cinématographique notamment, autour de ce thème. Ce qui ne concerne pas que les désastres naturels, d’ailleurs : l’accident de la centrale de Three Miles Island avait été décrit par avance dans le film Le Syndrome Chinois, et on aurait du mal à dénombrer toutes les images prémonitoires des attentats du 11 Septembre 2001 qui ont été inventées pour des fictions.

Et ici, en France, au fait ? À quoi nous préparons-nous ?
À quoi ne nous préparons-nous pas ?

(article que je dédie à Julien, Claude et Hajime)

Billet initialement publié sur Le dernier blog

__

Crédits photo: Flickr CC DVIDSHUB

Manuel de survie 2.0 en cas de catastrophe nucléaire

Posted: 19 Mar 2011 01:55 AM PDT

Bien sûr, on sait tous quoi faire en cas de catastrophe nucléaire grâce aux grandes campagnes de prévention sur le sujet financée par Areva, qui fait tout pour que nous soyons bien conscients des dangers. Donc quand l’alerte nucléaire retentira, nous saurons qu’il faut fermer les yeux et chanter Funkytown en pensant très fort à ce que nous serions sans le nucléaire : une population de paysans-esclaves à la merci de seigneurs barbares qui régneraient grâce à leur maîtrise de l’énergie éolienne et leurs chars à voile meurtriers.

Cliquer ici pour voir la vidéo.

….

A supposer que vous ayez survécu aux premières déflagrations et tant que les radiations n’auront pas fait tomber tous vos doigts et yeux, il reste une chose à faire : aller sur Facebook et Twitter.

Repenser votre personal branding

Google Person Finder a permis de s’assurer de la position de milliers de Japonais ces derniers jours, à SXSW une conférence intitulé #911tweets parlait apparemment d’un service d’appel d’urgence via Twitter (c’est pas une blague) et tous les gens que je connais au Japon ont passé leur temps à nous rassurer sur leur mur Facebook. Les réseaux sociaux devraient donc vous permettre de retrouver votre femme, vos enfants, vos amis, ou même d’en trouver de nouveaux s’ils sont mort. La mort et la destruction créeront de nombreuses opportunités, remplissant les rues et les réseaux sociaux de célibataires émotionnellement vulnérables. L’apocalypse, ce sera un peu comme si c’était spring break toute l’année ! A l’inverse, ce sera aussi l’occasion parfaite pour vous de changer d’identité. Il vous suffira de ramasser un smartphone ou un laptop des mains raidies d’un cadavre pour usurper son identité, à supposer qu’il ne se soit pas déloggué de Facebook et Google en vue de l’apocalypse. Dans le chaos post-apocalyptique, mettez des photos de vous à la place des siennes sur son compte Facebook et les autorités débordées accepteront ça comme pièce d’identité à n’en pas douter.

Buzz atomique

Comme tout évènement, une catastrophe nucléaire est aussi une opportunité pour faire du buzz et travailler votre personal branding. Sortez de chez vous avec votre smartphone et prenez des photos : si vous avez un peu de chance, vous trouverez des images de destruction suffisamment frappantes pour être le contenu viral numéro 1 après le choléra. Surtout, essayez d’être le premier sur les lieux et d’utiliser les tags appropriés pour un max de visibilité. Evidement vous aurez de la concurrence sur ce créneau, alors n’hésitez pas à mettre un peu les choses en scène. Ajoutez un filtre chelou sur l’image pour le côté « radioactif ». Un cadavre de petite fille dans la rue ? Dites que c’est votre soeur. Si vous êtes loin des contrées les plus dévastées, il va falloir vous faire remarquer autrement. Mon conseil ? Pratiquez le LOL (c’est comme ça qu’on dit en français, parce que « le MDR » c’est ridicule, voyons). Le « LOL » est une forme d’humour particulièrement impactante sur les réseaux sociaux, qui se caractérise par un aspect « choc », déceptif puisque pas du tout segmentant dans la pratique. Personne ne rit vraiment, personne n’est vraiment offensé, mais tout le monde partage. Comme la probabilité que vous ET moi survivions tous les deux à la catastrophe, je vous offre en exclusivité quelques tweets ou statuts LOL. Garantis juste assez peu drôles et fausemment offensants pour vous valoir la gloire en faisant rire les uns et en « choquant » les autres :

Plein d’animaux radioactifs partout, j’espère me faire mordre par une araignée #nuclearcatastrophe #spiderman

J’espère qu’@JeanReno va bien parce que Godzilla arrive bientôt #nuclearcatastrophe #jamiroquai

Qui est le DRH qui a embauché Homer Simpson chez Areva ? #nuclearcatastrophe

….

Bâtir une nouvelle civilisation

Une catastrophe nucléaire qui se respecte a au moins pour elle de ne pas faire de discrimination : elle tue les riches comme les pauvres, les noirs comme les blancs… elle a juste un petit faible pour les enfants, les personnes âgées et les fœtus. Une nouvelle classe dominante va naturellement s’élever et rebâtir le monde à son image. Dans nos société post-idéologiques, globalisées, post-raciales et post tout ce que tu veux, si la classe dominante capitaliste s’effondre, qui restera-t-il à part Google, Facebook et Anonymous, pour nous dire quoi faire ? Facebook a déjà créé sa propre monnaie, Anonymous a toutes les apparences d’une armée secrète, Apple a déjà tout d’une religion et Google est déjà un empire maléfique, non ? Qui d’autre pourrait prendre le contrôle ? La guerre va faire rage entre les barons du web, mais si vous voulez une bonne place dans le nouvel ordre mondial qui va émerger, ne choisissez pas de camp. Jouer sur tous les tableaux est votre meilleure chance. Partagez les vidéos YouTube d’Anonymous sur Facebook, créez vous des identités multiples pour être de chaque faction, accumulez les likes et les followers, dénoncez vos faux comptes aux hackers d’Anonymous, donnez pour héberger les soldats de WikiLeaks, vendez les mots de passes de vos faux comptes Google pour vous acheter des Facebook credits, échangez vos légumes de Farmville contre des vivres IRL. Dans cette nouvelle société, un bon community manager sera un chef de tribu, et un « influenceur » sera le shaman. Enfin, le pouvoir nous reviendra à nous, les bullshiters !

Article initialement publié sur Boumbox

Illustrations CC FlickR: Anders Ljungberg, Ian Myles

Partager cet article

Repost 0

commentaires

Articles Récents

Liens