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16 avril 2012 1 16 /04 /avril /2012 10:19

LA TUNISIE ENGAGE LE PROCESSUS CATHARTIQUE DE JUSTICE TRANSITIONNELLE

«Les blessures du passé doivent être soignées»

L'expression

«Les blessures du passé doivent être soignées»

Telle est la forte affirmation du président tunisien, Moncef Marzouki, lors de l'ouverture des assises de la Conférence nationale sur la «justice transitionnelle» dans un pays meurtri par des décennies d'oppression et de spoliations.

Les trois plus hautes personnalités de l'Etat tunisien, tous d'anciens opposants, ont ouvert hier une conférence nationale sur la «justice transitionnelle» face à des victimes des régimes Bourguiba et Ben Ali assoiffées de reconnaissance et de réhabilitation. Dans un pays meurtri par des décennies d'oppression et de spoliations en tous genres, le thème de la justice et de la réparation dues aux victimes reste extrêmement sensible, quinze mois après la révolution. «Les Tunisiens attendent des résultats palpables, ils ne peuvent patienter indéfiniment. Les blessures du passé doivent être soignées et guéries», a reconnu le président Moncef Marzouki à l'ouverture de la conférence, en présence notamment de représentants de l'Onu. «Nous avons foi en la justice transitionnelle et non en une justice vengeresse. Mais une justice qui oublie de solder les comptes n'en est pas une», a souligné l'ancien opposant à Ben Ali, qui vécut 10 ans en exil en France. «Il est possible de pardonner. Mais il faut régler les comptes avant la réconciliation», a souligné plus crûment le président de l'Assemblée constituante Mustapha Ben Jaafar, également ancien opposant, en reconnaissant «les lenteurs» et «hésitations» dans les poursuites judiciaires et les processus de dédommagement. Définie comme un ensemble de mesures qui tente de répondre à une demande de justice après des conflits et violations massives des droits de l'Homme, la justice transitionnelle se base sur trois piliers: vérité, justice, réparation. A la tribune, le Premier ministre islamiste Hamadi Jebali, 15 ans de prison dont une grande partie à l'isolement dans les geôles de Ben Ali, a appelé à la «réhabilitation» des opposants islamistes durement réprimés pendant des décennies. «La mémoire nationale doit retenir tous les sacrifices qu'ils ont pu consentir» pour le pays, a lancé M.Jebali. Une phrase qui a trouvé écho chez Noumi Abdedayem, un responsable de l'Association internationale de soutien aux prisonniers politiques, représentant quelque 30.000 victimes des régimes Bourguiba et Ben Ali. «Les victimes doivent être au coeur du processus», a répété cet ancien compagnon de cellule de l'actuel ministre des Droits de l'Homme Samir Dilou. «Nous avons subi une violation du corps, de l'esprit, de la famille», a souligné M.Abdedayem en évoquant sa femme et ses enfants privés de mari et de père pendant huit années. Son association réclame notamment la mise en place de centres médicaux et de centres d'écoute pour les anciennes victimes. Soif de reconnaissance et d'explication également pour Kerim Abdessalem, emprisonné de 1990 à 2004, responsable de l'association «Justice et réhabilitation». «Pour ma tranquillité psychique, j'ai besoin de connaître la vérité, de savoir pourquoi j'ai été torturé», a-t-il expliqué, affirmant avec un rire fataliste que la plupart de ses bourreaux étaient «encore en fonction dans la police». «La réconciliation, oui, mais ceux qui ont tué, torturé, doivent être jugés», a déclaré Mohamed Bouebdelli, fondateur d'institutions privées universitaire et scolaire que la famille Ben Ali avait obligé à fermer. «De même que ceux qui ont pillé le pays, qui n'ont pas payé leurs impôts, qu'ils remboursent! La Tunisie a besoin d'argent en ce moment», a-t-il ajouté. Avant de manquer s'étrangler au rappel de la «lettre d'excuses au peuple tunisien» écrite récemment par le beau-frère de Ben Ali, Belhassen Trabelsi, réfugié au Canada. «C'est de la foutaise. Une insulte au peuple tunisien», a-t-il lancé, reflétant les réactions parues dans la presse après la publication de cette missive. L'ancien président Ben Ali et plusieurs membres de sa famille ont déjà été condamnés par contumace à des décennies de prison.

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