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29 septembre 2012 6 29 /09 /septembre /2012 08:47

Le Secrétaire général des Nations Unies a tort de dire que le cinéaste antimusulman a abusé de la libre expression, dit un groupe de défense des droits au Moyen-Orient

 

Aucune restriction à la libre expression ne doit être tolérée, dit le Réseau arabe d’information sur les droits de la personne (Arabic Network for Human Rights Information, ANHRI).

 

Le Secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon (photo) a déclaré la semaine dernière que l'auteur de
Le Secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon (photo) a déclaré la semaine dernière que l'auteur de "L'Innocence des Musulmans" avait abusé de la libre expression
Denis Balibouse / REUTERS

Le Secrétaire général des Nations Unies Ban Ki-moon a déclaré la semaine dernière que le réalisateur du film vidéo antimusulman L'Innocence des Musulmans avait abusé de son droit à la liberté d'expression. Il a qualifié la production de cette vidéo de "geste honteux et scandaleux".

"La liberté d'expression doit être garantie et protégée quand elle sert à la justice commune, à un but commun", a déclaré Ban lors d'une conférence de presse. "Lorsque des personnes se servent de cette liberté d'expression pour provoquer ou humilier les croyances et les valeurs d'autres personnes, cette liberté ne peut alors être protégée de cette façon."

Le Réseau arabe d'information sur les droits de la personne (Arabic Network for Human Rights Information, ANHRI) affirme que Ban a tort. Voici pourquoi.


Ban Ki-moon avance à tâtons dans un champ de mines noyé dans un épais brouillard. Les politiciens choisissent souvent de balayer les principes abstraits et utopiques pour apaiser des foules en colère et des gouvernements remplis d'amertume. Il en est de même pour Ban avec ses commentaires sur la vidéo antimusulmane.

Ban a droit à son opinion et nous respectons ce droit, et donc son droit de l'exprimer. Mais nous ne sommes pas d'accord avec lui – et nous exerçons ici notre droit d'exprimer ce désaccord. Voilà la libre expression telle que nous la comprenons.

Ban a d'abord condamné la vidéo dans les termes les plus durs possible, position que nous partageons entièrement. Mais Ban est allé plus loin et s'est dit d'avis que la vidéo elle-même ne méritait pas d'être protégée au nom du principe de la libre expression.

Ban a poursuivi en disant que la liberté d'expression doit être protégée lorsqu'elle "sert à la justice commune, à un but commun". En une courte phrase, Ban a radié notre droit d'exprimer des pensées, des opinions et des émotions particulières, car celles-ci ne peuvent pas toujours correspondre à une justice commune et à un but commun – en supposant pour commencer que nous croyons qu'une justice commune et un but commun existent vraiment.

Ban offre un exemple saisissant de ce à quoi nous devons nous attendre lorsque nous nous permettons de nier à certains contenus la protection de la libre expression. Dans de tels cas, nous ne pouvons simplement nous arrêter à cela – nous sommes amenés plutôt à redéfinir la liberté d'expression comme un outil, et à imposer des restrictions et des limites basées sur ce à quoi elle devrait servir. Une telle définition ira toujours dans le sens de la protection de ce qui est communément accepté, et s'éloignera de ce qui est unique et controversé, annulant ainsi la nécessité de protéger la libre expression.

La réaction de Google, en tant que propriétaire de YouTube qui diffuse la vidéo, semble moins nocive. Mais ce n'est pas le cas. Le film ne contrevenant pas aux conditions d'utilisation posées par YouTube, Google a déclaré qu'il ne pouvait la retirer. Google a choisi à la place de bloquer le film dans certaines régions, volontairement ou en réponse aux exigences de certains gouvernements. La censure sélective de Google nuit davantage à la libre expression que ne l'a fait la déclaration de Ban parce qu'elle tente d'en définir les limites. Son message affirme que "nous n'avons aucun besoin de redéfinir quoi que ce soit, tant que nous pouvons bloquer tout ce que nous voulons, où nous voulons et quand nous voulons". Un tel pouvoir discrétionnaire représente une grave violation de la libre expression et de la liberté de choisir de l'utilisateur.

Alors que Google, à titre de fournisseur mondial de service, ne peut s'attendre à ce que ses usagers réagissent de manière identique à un contenu, il ne devrait pas décider de ce que les usagers peuvent voir dans tel ou tel pays. Google devrait, cependant, leur permettre de décider si un contenu doit être étiqueté comme controversé. Au lieu de retirer un contenu, les usagers devraient être mis en garde quant à sa nature controversée avant de le regarder. Les utilisateurs qui veulent présenter une réfutation doivent pouvoir le faire.

Cette même ligne de pensée pourrait constituer la meilleure approche en ce qui concerne le récent numéro de Charlie Hebdo. Surfant sur la vague d'intérêt pour le film L'Innocence des Musulmans, le magazine français a publié des dessins qui ridiculisent le prophète Mahomet. Le journal s'est prévalu de son droit à la libre expression pour publier ses dessins. Il devrait, au nom de la libre expression, permettre de publier dans ses pages les critiques de ces caricatures, les idées qu'elles expriment et même la condamnation de son propre geste opportuniste.

On ne doit jamais tolérer de restrictions à la libre expression. Bien sûr, certains vont abuser de cette liberté, mais cela reste en soi le meilleur moyen de s'attaquer aux abus. La solution aux défauts de la liberté, c'est encore plus de liberté.


Tamer Mowafy est Directeur de l'Unité de recherche du Réseau arabe d’information sur les droits de la personne (Arabic Network for Human Rights Information) basé au Caire, en Égypte.

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