Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Recherche

18 juillet 2012 3 18 /07 /juillet /2012 10:38

La Tunisie refuse les dettes héritées de la dictature

LE MONDE

Par Isabelle Mandraud (Tunis, envoyée spéciale)

 
Moncef Marzouki, le président tunisien, ici au Caire, le 13 juillet, se rend à Paris le 17 juillet.

Pour sa première visite officielle en France, le président tunisien Moncef Marzouki, qui devait être reçu à l'Elysée, mardi 17 juillet, par le chef de l'Etat français François Hollande, ne poursuit pas seulement l'objectif affiché "d'effacer les tensions du passé". Une députée de son parti, le Congrès pour la République, Mabrouka MBarek, devait déposer parallèlement un projet de loi à Tunis, soutenu par les autres formations politiques, pour remettre en cause la "dette odieuse" tunisienne définie, en matière de droit international, comme la dette contractée par une dictature et qui doit être remboursée par la transition démocratique. Or la France est le premier pays créancier de la Tunisie.

Cette démarche pour obtenir un moratoire, - qui pourrait être imitée par d'autres pays concernés par le "printemps arabe" comme l'Egypte, la Libye ou le Yémen -, a été précédée par un premier signal lorsque, fin juin, M. Marzouki a refusé de signer un accord passé avec le Fonds monétaire international (FMI), arguant, dans un communiqué, la nécessité, "de mener un audit des dettes pour vérifier si ces dernières sont légalement à la charge de l'Etat tunisien ou de l'ancien régime..." En même temps, il réclamait le limogeage du gouverneur de la Banque centrale tunisienne, Mustapha Kamel Nabli, coupable, à ses yeux, de ne pas en faire assez pour récupérer les avoirs gelés de la famille Ben Ali à l'étranger, notamment en Suisse. Sa révocation devait être examinée mardi par les députés de l'Assemblée constituante.

"Cela fait partie de la justice transitionnelle, une bonne partie de cette dette a servi à des biens mal acquis", justifie Mme Mbarek, qui s'est appuyée sur le travail mené par une association, Auditons les créances envers la Tunisie (ACET), fondée par des Franco-Tunisiens dès février 2011, un mois après la chute de l'ancien régime de Zine El-Abidine Ben Ali. Le texte propose la création d'une commission mixte indépendante, composée notamment de quatre experts internationaux, pour évaluer les emprunts contractés par l'ex-dictateur tunisien, au pouvoir de 1987 jusqu'au 14 janvier 2011, aujourd'hui réfugié en Arabie saoudite.

NOUVEAUX EMPRUNTS

Sur les 30,8 milliards de dinars de la dette tunisienne (environ 15 milliards d'euros) évalués en 2010 par la Banque mondiale depuis 1970, plus de la moitié serait imputable à l'ancien régime. "Il est hors de question que le peuple tunisien hérite, sans conditions, de cette dette dont le remboursement représente chaque année, six fois le budget de la santé, trois fois celui de l'éducation, et six fois celui du développement régional", s'indigne Jihen Chandoul, juriste, et porte-parole d'ACET. L'association s'appuie sur une pétition signée en mai 2011 par 120 députés européens pour "réclamer la suspension immédiate du remboursement des créances et la mise en place d'un audit".

"Cet endettement n'a pas amélioré les conditions de vie de la population et la fortune accumulée par le clan Ben Ali en vingt-trois ans de pouvoir démontre que d'importants détournements ont été effectués avec la complicité de certains créanciers", soulignaient les signataires, dont le socialiste proche de François Hollande, Kader Arif, devenu ministre délégué aux anciens combattants. Trois mois plus tard, en juillet 2011, le Sénat belge avait également adopté une résolution selon laquelle la Belgique annulerait sa dette bilatérale après audit si elle se révélait "odieuse". Plus récemment, l'Allemagne a décidé de convertir une partie de sa dette en développement.

L'exemple de l'Equateur, dont le président Rafael Correa, un économiste de gauche élu en 2006, avait lancé un vaste audit après les dictatures militaires, nourrit aussi la démarche tunisienne. En 2008, l'Equateur était parvenu à démontrer l'illégitimité de certaines dettes et avait récupéré 7 milliards de dollars réaffectés dans des projets sociaux et environnementaux.

Confrontée à de sérieuses difficultés économiques depuis la révolution qui menacent la solvabilité de ses banques, et à une montée préoccupante du chômage, la Tunisie, tout en lançant de nouveaux emprunts, cherche à renégocier ceux dont elle estime que sa population "n'a pas vu la couleur".

Isabelle Mandraud (Tunis, envoyée spéciale)

Partager cet article

Repost 0

commentaires

Sindabad 21/07/2012 17:55


Où sont passés mes commentaires ? Bonjour le droit d'expression autrefois tellement défendu par vous !


Le tartour est tombé d'accord avec Hollande sur la syrie !!!


TARTOUR DÉGAGE !


TUNISIE = PROSTITUÉE


TARTOUR  DÉGAGE !

elkhadra 19/07/2012 09:26


Tu as remarqué la SOURCE de l'article ?

Articles Récents

Liens