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11 février 2011 5 11 /02 /février /2011 08:18

cham par Ginette Hess Skandrani







La Tunisie libérée du joug d’un dictateur … par sa jeunesse, les
Nouzouhs venus du Sud.

LA REVOLUTION POURRA-T-ELLE ABOUTIR?

Par Ginette Hess Skandrani

Plusieurs de mes amis, opposants tunisiens de la première heure ou

soutien de cette opposition en France m’ont demandé pourquoi je n’ai
rien écrit sur cette libération de la Tunisie alors que je n’arrêtais
pas de diffuser les textes d’analyse des uns et des autres sur la
situation de ce pays.


J’ai préféré attendre, suivre les événements, essayer de comprendre,
voir si cette révolte pouvait continuer sans se faire récupérer comme
cela est arrivé tant de fois par le passé.

Cela  fait douze ans que je ne peux me rendre en Tunisie, Ben Ali m’en

ayant interdit l’entrée à cause de engagement concret contre le
dictature, mon soutien aux prisonniers politiques, ma dénonciation
d'un régime corrompu, mes actions publiques contre la banalisation de
la répression policière et de la torture.


CELA FAIT DOUZE ANS QUE JE DÉNONCE LE SOUTIEN ÉCONOMIQUE ET POLITIQUE
DONT BÉNÉFICIE LE DICTATEUR  SOUS PRETEXTE QU’IL CONSTITUERAIT UN
REMPART CONTRE LA MONTÉE DE L’ISLAMISME ET PAR SES POSITIONS DE
SOUTIEN AU SIONISME comme en témoigne l' installation d’ un « Conseil

économique israélien » sur l’avenue Bourguiba, alors que l’encre de
ces « accords d’Oslo » qui trahissaient l’intifada, n’était pas encore
séchée.


Ma fille Franco-tunisienne, ainsi que ma petite fille qui avait tout

juste onze ans, ont également eu des problèmes lors de leur arrivée à
l’aéroport et gardées au commissariat afin d’être interrogées pendant
plusieurs heures. Mon ex-mari a été obligé de produire l’acte de
divorce pour pouvoir rentrer en Tunisie. La famille tunisienne, sur

place a également été soupçonnée à cause de mes engagements contre la
dictature tunisienne. Le pouvoir benaliste était d’une telle férocité
qu’il s’en prenait à toute la famille grande et petite et également
aux amis de tous ceux qui osaient le critiquer. Il est vrai, qu’étant

en France, je prenais moins de risque que la famille qui était au
pays. Mais fallait-il se taire pour autant ?

Nous étions peu nombreux, il y a une quinzaine d’années, à soutenir
les Tunisiens, à accueillir les réfugiés, à essayer de comprendre

comment ce pays qui prétendait respirer l’hospitalité, la douceur de
vivre, qui vantait ses plages, son sable fin et son ciel bleu pouvait
traiter aussi férocement sa population.

Mes liens avec la Tunisie sont des liens très étroits qui datent de

mon mariage avec un Tunisien. J’ai été souvent dans sa famille que
j’ai toujours appréciée.

J’ai beaucoup aimé ce pays malgré le fait que l’on ne pouvait
s’exprimer ouvertement dans la rue , dans les cafés, ou le TGM, le

train qui faisait le tour de la baie de Tunis. Déjà sous Bourguiba les
gens chuchotaient quand ils critiquaient le gouvernement. Sous Ben Al,
c’était encore pire, ils attrapaient des torticolis à force de se
retourner dans tous les sens pour voir s’ils n’étaient pas écoutés.

Ayant été élevée librement en Alsace par des parents engagés
communistes et anticolonialistes, je n’avais pas l’habitude de ce
genre d’attitude et j’étais souvent mal à l’aise, sans compter que je
gênais mes interlocuteurs. Surtout que j’étais très curieuse de nature

et je que je posais plein de questions sur l’organisation de la
société, sur la politique du pays, sur les liens avec les
Palestiniens.

J’ai pris vite conscience que la décolonisation ou la «
déprotectoration » de la Tunisie n’était pas terminée et que ce pays

dépendait toujours de la France. J’ai vu également déferler cette
société de consommation occidentale au détriment des consommations,
productions, distributions locales. Le formica devenait roi, ainsi que
le pain industriel et le préfabriqué dans une société qui avait des

traditions ancestrales et surtout communautaires. C’est cette
solidarité familiale, de clan, communautaire qui me plaisait le plus,
vu que j’arrivais d’un pays où l’individualisme, le matérialisme, la
compétition, l‘élimination des plus pauvres était roi.


J’ai été accueillie dans une grande famille très ouverte et tolérante.
Mes belles sœurs, dont certaines portaient le hidjab, d’autres non,
étaient très ouvertes et discutaient de tout avec moi, y compris de
leurs relations de couple. Plusieurs membres de la famille étaient

pratiquants, d’autres se disaient laïcs. Les débats étaient très
intéressants. J’avais compris que certains se réfugiaient également
dans la pratique de l’islam pour échapper à cette occidentalisation
déferlante. J’avais également compris avant l’heure que les accords de

partenariat signés entre l’Europe et la Tunisie allaient achever la
petite paysannerie du sud, l’artisanat et la petite industrie et
détruire ce qui faisait la richesse de la société tunisienne : son
hospitalité et sa solidarité avec les plus pauvres.


La pauvreté du Sud est également issue de ces accords coloniaux signés
individuellement par certains pays du Maghreb au détriment de leurs
productions locales. Au lieu de négocier groupés, les gouvernements
ont préféré aller chacun tout seul à la soupe. Une soupe qui se révéla

bientôt indigeste pour les peuples, surtout le peuple tunisien. La
révolte des jeunes contre la pauvreté, l’exclusion et le manque
d’avenir vient pour beaucoup de cette exploitation européenne à
travers les accords de « partenariat » coloniaux.


Lorsque j’avais compris, avec l’arrivée au pouvoir de Ben Ali, qui
avait d’abord suscité un énorme espoir, vu ses promesses de
changement, que la Tunisie allait continuer à être traitée comme une
éternelle assistée par l’ancien « protecteur », j’ai essayé de

discuter. Mais comme ils étaient tous attirés par le progrès, le
consumérisme occidental et qu’ils voulaient tous vivre comme des
Français…j’ai compris que c’était trop tôt et qu’il fallait attendre.

L’ensemble de la « gauche laïque et démocratique » tunisienne soutint

Ben Ali dès sa prise de pouvoir, signant avec lui un « Pacte national
».

La motivation principale du putsch médical pour virer Bourguiba avait
été d’empêcher les islamistes du mouvement Ennahda (la Renaissance)

d’arriver au pouvoir par une révolution populaire. Ben Ali engagea une
répression féroce et efficace contre ces islamistes, soutenu dans
cette opération par la quasi-totalité de la « gauche laïque et
démocratique » des deux côtés de la méditerranée. Quelques avocats

courageux osèrent s'opposer. Les relais internationaux,  en premier
lieu la Fédération internationale des droits de l’homme ont pris
position contre les tortures.
 La répression était organisée avec la bénédiction unanime de

l’Occident démocratique saluant en lui un « rempart de notre
civilisation » contre l’islamisme obscurantiste.
.
Une fois son « travail de nettoyage » des islamistes achevé, Ben Ali
s’occupa à son tour de cette « gauche » timorée. Les uns furent

réduits au silence et à l’exil, d’autres furent achetés et ont rejoint
le pouvoir.


Lorsqu’il y a eu les premières répressions contre les opposants,
arrestations des militants d’Ennahda suivie par celle des groupes

d’extrême gauche, des militants des droits de l’homme, peu de gens ont
bougé en France. Ils ont tous cru le « Super menteur » qui prétendait
empêcher l’islamisation de la Tunisie en se servant honteusement de la

propagande des généraux algériens responsables du putsch électoral
sous le même prétexte. Entre dictateurs, on se sert les coudes.

Lorsque j’ai commencé à dénoncer les arrestations arbitraires, les
interrogations dans les ministères, les tortures dans les

commissariats, le flicage de la population… je me suis fait traiter de
sous-marin des islamistes par cette gauche conditionnée, y compris par
LES VERTS dont j'étais une des dirigeantes. (membre du CNIR)

Nous avons crée des comités, des associations en soutien aux

Tunisiens, toutes tendances confondues, et lancé une campagne pour le
respect des droits de l’homme en Tunisie.

Nous avons organisé des manifestations, des rassemblements, des
conférences afin de dénoncer la torture, les arrestations, tout en

soutenant les réfugiés tunisiens qui ont réussi à s’enfuir, souvent à
travers la Libye et qui se sont regroupés dans une association «
Solidarité tunisienne ». Nous avons soutenu les grèves de la faim pour
la libération des prisonniers tunisiens.


J’ai également participé pendant deux années à la rédaction du journal
de l’opposition « L’Audace » où je tenais une rubrique mensuelle sur
les prisonniers. Je réalisais également des interviews des femmes
libérées de prison tout en plaçant de temps en temps mes articles de

soutien aux Palestiniens.
Je n’ai jamais fait de différence, contrairement à d’autres entre les
laïcs et les religieux. Pour moi, ils étaient tous Tunisiens et
victimes de la dictature de Ben Ali et de sa clique mafieuse.

J’ai été menacée par la police secrète de Ben Ali à Belleville,
agressée et surveillée continuellement.
J’ai également programmé plusieurs émissions sur « Radio Méditerranée
», une des dernières radio vraiment libre dont j'étais animatrice,  en

invitant des opposants tunisiens afin de débattre de la dictature de
Ben Ali et de ses sbires.

Mes enfants et petits enfants m’ont souvent reproché mon engagement
contre le dictateur et ses ramifications, car ils ne pouvaient plus

aller en Tunisie. Ce pays était également leur pays de par leur
naissance. Ils l’aimaient beaucoup ainsi que la famille qui était
restée en Tunisie.



 * L'AVENIR D'UNE TUNISIE DEMOCRATIQUE POUR L'ENSEMBLE DU PEUPLE

TUNISIEN DANS TOUTE SA DIVERSITÉ



Maintenant que les jeunes ont libéré le pays et donné un coup de pied
à Ben Ali ce voleur qui a trouvé refuge au pays des intégristes, il
faut espérer qu’ils arriveront également à se débarrasser du système

mafieux qu’il avait tissé, de tous les agents officiels et secrets
dont il avait parsemé le pays, des mouchards, des indics de toutes
sortes et des faux-culs qui arpentaient les trottoirs comme des
prostitués, tout en surveillant tout le monde, y compris les

touristes.


Je me demande si une Tunisie démocratique s’intégrant dans un futur
Maghreb uni, se tournant résolument vers l’Afrique tout en gardant ses
racines méditerranéennes sera réalisable?


 * UN GOUVERNEMENT D'UNITÉ NATIONALE POURRA-T-IL VOIR LE JOUR DEMAIN?



Lors des manifestations et rassemblement pour la Tunisie à Paris, les
militants tunisiens ne sont pas arrivés à faire des cortèges
unitaires.Il y avait d’un côté les associations laïques, comme la FTCR
ou la LTDH ou les syndicalistes de l’UGTT qui nous reprochaient nos

positions sur la décolonisation de toute la Palestine et préféraient
que nous ne défilions pas dans leur cortège. De l’autre côté, les
représentants d’Ennadha et de tous leurs sympathisants, qui eux , nous
accueillaient favorablement vu qu’ils sont également antisionistes.

Mes relations avec Ennadha ont toujours été correctes, alors que je
suis une « libre penseuse » notoire. Je respecte les croyants, qui en
principe me le rendent bien. Je déteste également cette laïcité
intégriste s’attaquant en priorité aux musulmans et qui me rappelle

trop l’inquisition chrétienne qui voulait convertir tout le monde.

Maintenant que la majorité d’entre eux ont retrouvé leurs passeports
et sont retournés chez eux, j’espère qu’ils arriveront à dialoguer
entre eux et à construire, DÉGAGÉS DU COCON FRANCAIS ET EUROPÉEN UNE

IDENTITÉ TUNISIENNE plurielle et multiculturelle pour laquelle ils se
sont tous battus.

Le combat pour une démocratie à la tunisienne, qui n’est pas celle des
impérialistes et sionistes occidentaux, une démocratie crée et

discutée par l’ensemble du peuple tunisien aura bien du mal à émerger.

Mais cette démocratie-là, initiée par cette jeunesse dans la rue,
concrétisée par les nombreuses discussions et négociations entre
toutes les tendances politiques et sociales du pays finira par

émerger.

J’ai toujours fait confiance au peuple tunisien et je suis sûre qu’il
finira par gagner sa libération. Il a donné l’exemple à tous les
peuples arabes dont certains, comme l’Egypte et le Yémen, commencent

déjà à suivre son exemple. Il a également suscité beaucoup de
réflexions chez la jeunesse européenne qui pourrait bien prendre
exemple de son courage et de sa perspicacité.

Paris le 9 février 2011

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