Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Recherche

13 février 2011 7 13 /02 /février /2011 09:53

http://www.mecanopolis.org/wp-content/uploads/2009/06/aipac.jpg

 

La division de l’Égypte: Menaces d’une intervention militaire des
> États-Unis, d’Israël et de l’OTAN?
>
> Par Mahdi Darius Nazemroaya
>

>
>
> Article original publié en anglais, The Division of Egypt: Threats of US,
> Israeli, and NATO Military Intervention? le 7 février 2011.
>
>
> Mahdi Darius Nazemroaya est chercheur associés au Centre de recherche sur
> la
> mondialisation (CRM). Mahdi Darius Nazemroaya est un collaborateur
> régulier
> de Mondialisation.ca. Articles de Mahdi Darius Nazemroaya publiés par
> Mondialisation.ca
>
>
>
>
>
> Les manifestations en Tunisie ont eu un effet domino dans le monde arabe.
> L’Égypte,
> le plus grand pays arabe, est désormais galvanisée par un soulèvement
> populaire visant à déloger le régime Moubarak au Caire. La question
> suivante
> s’impose : si le régime était chassé, quelles seraient les conséquences?
> Les
> États-Unis, Israël et l’OTAN regarderaient-ils simplement les Égyptiens
> établir un gouvernement libre?
>
>
> La parabole des dictateurs arabes est semblable à celle de la toile d’araignée.
> Même si l’araignée se sent en sécurité dans sa toile, celle-ci est en
> réalité l’un des foyers les plus frêles. Désormais, du Maroc à l’Arabie
> Saoudite, tous les dictateurs et tyrans arabes ont peur. L’Égypte est au
> seuil de ce qui pourrait devenir l’un des plus importants événements
> géopolitiques du siècle.
>
>
> Les pharaons, anciens ou modernes, connaissent tous leurs derniers jours.
> Les jours de Moubarak sont comptés, mais les pouvoirs derrière lui n’ont
> toujours pas été vaincus. L’Égypte constitue une part importante de l’empire
> mondial des États-Unis et le gouvernement étasunien, Tel-Aviv, l’Union
> européenne (UE) et l’OTAN ont tous un intérêt significatif à maintenir un
> régime fantoche en Égypte.
>
>
> En réalité, le gouvernement étasunien a œuvré contre la liberté dans le
> monde arabe et au-delà. Lorsque le président Obama dit qu’il devrait y
> avoir
> une période de « transition » en Égypte, cela signifie que Moubarak et le
> régime égyptien devraient demeurer intacts. Les États-Unis ne veulent pas
> d’un
> gouvernement populaire au Caire.
>
>
> Martin Indyk est un ancien représentant de l’administration Clinton au
> Conseil de sécurité nationale, avec certaines responsabilités reliées au
> Moyen-Orient et au conflit israélo-palestinien, et est aussi étroitement
> lié
> à l’administration Obama. Il a déclaré au New York Times que les
> États-Unis
> doivent œuvrer à amener l’armée égyptienne à contrôler l’Égypte, jusqu’à
> ce
> qu’un « leadership politique modéré et légitime [puisse] émerger [1] ».
> Indyk a non seulement appelé à la mainmise de l’armée sur l’Égypte, il a
> également employé le double langage du département d’État étasunien. Ce
> que
> les représentants étasuniens entendent par « modéré » est une dictature ou
> un régime comme ceux de l’Arabie Saoudite, des Émirats arabe unis, de la
> Jordanie, du Maroc et de la Tunisie de Ben Ali. En ce qui a trait à la
> légitimité, aux yeux des représentants des États-Unis, elle signifie des
> individus qui serviront les intérêts étasuniens.
>
>
> Tel-Aviv est beaucoup moins évasif que les États-Unis à propos de la
> situation en Égypte. Par crainte de perdre le Caire, Tel-Aviv a encouragé
> le
> régime de Moubarak à lâcher toute la force de l’armée égyptienne sur les
> manifestants civils. Il a également défendu Moubarak au niveau
> international. Le rôle principal de l’armée égyptienne a toujours été de
> contrôler le peuple égyptien et de garder le régime de Moubarak au
> pouvoir.
> Il s’agit par ailleurs de la seule raison d’être de l’aide militaire des
> États-Unis à l’Égypte.
>
>
>
>
>
>
>
>
>
>
> L’Égypte révolutionnaire : un second Iran au Moyen-Orient?
>
>
> Si les Égyptiens arrivaient à mettre en place un nouveau gouvernement
> réellement souverain, cela équivaudrait à un second Iran au Moyen-Orient
> et
> provoquerait un important changement géopolitique régional et mondial. Les
> intérêts des États-Unis, de la Grande-Bretagne, d’Israël, de la France, de
> l’UE,
> seraient aussi profondément affectés et paralysés par ce qui
> correspondrait
> à une perte colossale, semblable à celle de l’Iran en 1979.
>
>
> Si un nouveau gouvernement révolutionnaire émergeait au Caire, les faux
> pourparlers de paix israélo-palestiniens prendraient fin, la famine des
> Palestiniens dans la bande de Gaza cesserait, la pierre angulaire de la
> sécurité militaire israélienne disparaîtrait et l’Awliyaa (alliance)
> irano-syrienne pourrait compter un nouveau membre important.
>
>
> Lors d’un discours, le premier ministre israélien Benjamin Netanyahou a
> exprimé les craintes de Tel-Aviv concernant l’alliance de l’Égypte à l’Iran
> et l’ouverture d’une nouvelle porte à l’influence iranienne : « Téhéran
> attend le jour où la nuit tombera [sur l’Égypte] [2]. » Netanyahou a
> raison
> sur un point : le ministère iranien des Affaires étrangères surveille
> avidement les événements en Égypte et les Iraniens attendent la formation
> d’un
> nouveau gouvernement révolutionnaire qui pourrait rejoindre l’Iran et le
> bloc de la résistance. Téhéran est ravi et l’Iran vibre aux discours de
> ses
> représentants, lesquels croient qu’il s’agit d’un éveil islamique.
>
>
> Alors que les membres arabes du bloc de la résistance [NDLT : Iran, Syrie
> Palestine, Resistance irakienne, alliance menée par le Hezbollah au Liban]
> ont fait des déclarations discrètes à propos des manifestations en Égypte,
> l’Iran,
> non arabe, a exprimé haut et fort son appui aux manifestants du monde
> arabe.
> La Syrie a fait des remarques feutrées craignant qu’une révolte n’éclate
> chez-elle.
>
>
> Le Hezbollah et le Hamas ont également pris position timidement sur les
> manifestations qui ont lieu dans le monde arabe, car ils souhaitent éviter
> que les régimes arabes les ciblent et les accusent de se mêler des
> manifestations.
>
>
> Chaque fois qu’ils en ont l’opportunité, les régimes arabes soi-disant «
> modérés » cherchent à diaboliser ces joueurs arabes. Par ailleurs, le
> gouvernement turc, lequel maintient des liens étroits avec les régimes
> arabes, a aussi été pratiquement silencieux à propos des manifestations.
>
>
> Israël se prépare à la possibilité qu’un gouvernement inamical prenne le
> pouvoir au Caire et c’est ce qui se produira si les Égyptiens triomphent.
> Tel-Aviv a un plan secret de contingence en matière de sécurité militaire
> pour l’Égypte. Pour reprendre Netanyahou à la Knesset : « Un accord de
> paix
> ne garantit pas l’existence de la paix [entre Israël et l’Égypte], donc
> afin
> de protéger cet accord, ainsi que nous-mêmes, nous ferons appel aux
> mesures
> de sécurité sur le terrain si l’accord disparaissait ou était violé en
> raison d’un changement de régime de l’autre côté [3]. »
>
>
>
>
>
> Menaces d’une intervention militaire des États-Unis, d’Israël et de l’OTAN
> en Égypte : Souvenirs de l’invasion de l’Égypte en 1956?
>
>
> Il est également possible qu’une nouvelle guerre éclate avec Israël et
> même
> que les États-Unis et l’OTAN recourent à une intervention militaire en
> Égypte. La menace d’une telle intervention doit être considérée. En 1956,
> les Britanniques, les Français et les Israéliens ont conjointement attaqué
> l’Égypte
> lorsque le président Gamal Abdel Nasser a nationalisé le canal de Suez. En
> se remémorant 1956, les États-Unis et l’OTAN pourraient faire de même. Le
> général James Mattis, commandant de l’U.S. Central Command, a déclaré que
> les États-Unis traiteront avec l’Égypte « diplomatiquement, économiquement
> [et] militairement » si l’Égypte bloquait l’accès du canal de Suez aux
> États-Unis et à leurs alliés [4].
>
>
> En 2008, Norman Podhoretz a proposé un scénario cauchemardesque impensable
> dans lequel les Israéliens occuperaient militairement les raffineries de
> pétrole et les ports du golfe Persique pour garantir la « sécurité
> énergétique » et lanceraient une attaque nucléaire soi-disant préemptive
> contre l’Iran, la Syrie et l’Égypte [5].
>
>
> Cette année-là, les principales questions soulevées étaient : la «
> sécurité
> énergétique » pour qui et pourquoi attaquer l’Égypte, où le gouvernement
> Moubarak a été un fidèle allié d’Israël?
>
> Les Israéliens attaqueraient-ils l’Égypte si un gouvernement
> révolutionnaire
> émergeait au Caire? C’est essentiellement ce qui s’est produit en Égypte
> quelques années après que Gamal Abdel Nasser eut pris le pouvoir des mains
> de Mohammed Naguib. Par ailleurs, une telle attaque militaire contre l’Égypte
> est-elle liée au plan secret de contingence en matière de sécurité
> militaire
> et à propos duquel Netanyahou a rassuré la Knesset?
>
>
> Un tel scénario terrifiant, comprenant l’utilisation d’armes nucléaires,
> est-il un risque sérieux? Podhoretz a des liens étroits avec des
> représentants à la fois d’Israël et des États-Unis. Il convient également
> de
> noter que Podhoretz est un lauréat de l’U.S. Presidential Medal of Freedom
> (Médaille présidentielle de la liberté) pour son influence intellectuelle
> aux États-Unis et est l’un des premiers signataires du Project for the New
> American Century (Projet pour un nouveau siècle étasunien, PNAC) en
> compagnie d’Elliot Abrams, Richard Cheney, John (Jeb) Bush, Donald
> Rumsfeld,
> Steve Forbes Jr. et Paul Wolfowitz. Le PNAC a en gros exposé brièvement
> les
> plans visant à transformer les États-Unis en un empire mondial par le
> militarisme à l’étranger et la militarisation au niveau national.
>
>
> « Le chaos administré » et les menaces de balkanisation en Égypte : le
> plan
> Yinon à l’œuvre?
>
>
> L’Égypte ne peut plus être administrée par le régime Moubarak, les
> États-Unis, Israël et leurs alliés. Les États-Unis, Israël et leurs alliés
> travaillent donc maintenant à la division et à la déstabilisation de l’Égypte,
> l’État arabe le plus puissant, afin qu’aucun défi stratégique ne survienne
> au Caire. Les attaques contre les manifestants pacifiques sur la place
> Tahrir au centre du Caire par les voyous de Moubarak maniant des massues à
> dos de chameaux et de chevaux étaient un événement orchestré dans le but
> de
> créer un appui du public à l’extérieur du monde arabe en faveur d’un homme
> fort dictatorial au Caire. L’incident incarnait tous les stéréotypes et l’attitude
> orientalistes erronés concernant les Arabes et les populations du
> Moyen-Orient. Il ne serait pas surprenant que les États-Unis, Israël et la
> Grande-Bretagne y aient directement pris part ou joué un rôle de
> consultant.
>
>
> Incroyablement loin de la réalité, les médias étatiques du régime Moubarak
> rapportent que ce dernier est appuyé par des millions d’Égyptiens et que l’approbation
> à ses plans de « gouvernement transitoire » est répandue. Dans une
> démonstration de désespoir, les mêmes médias étatiques tentent aussi de
> blâmer l’Iran et ses alliés arabes pour les manifestations en Égypte. Ils
> ont rapporté que des commandos iraniens et des forces spéciales,
> accompagnés
> du Hezbollah libanais et du Hamas palestinien, ont rempli des missions de
> déstabilisation et de sabotage contre l’Égypte.
>
>
> Ce genre d’accusations par le régime du Caire n’est pas nouveau. Le Yémen,
> Bahreïn, la Jordanie et Mahmoud Abbas font tous la même chose. À plusieurs
> reprises dans le passé, le régime Moubarak a blâmé l’Iran, le Hezbollah,
> le
> Courant patriotique libre, la Syrie et le Hamas de s’être mêlé et d’avoir
> incité à la révolte. Lorsque le Courant patriotique libre a critiqué le
> traitement des chrétiens égyptiens par le régime Moubarak, ce dernier a
> accusé Michel Aoun de sédition sectaire. Pour sa part, le Hezbollah a été
> accusé de tenter de semer le chaos en Égypte lorsque Hassan Nasrallah a
> demandé aux Égyptiens de manifester leur solidarité envers les
> Palestiniens
> et d’exiger que leur gouvernement permette que de l’aide humanitaire soit
> acheminée à la population de la Bande de Gaza.
>
>
> Le chaos administré à l’œuvre
>
>
> Bien que les voyous de Moubarak sèment aussi le chaos en Égypte pour
> tenter
> de garder son régime au pouvoir, la doctrine du « chaos administré » est
> employée par des acteurs externes avec en tête le plan israélien Yinon.
> Amener les Égyptiens à se battre les uns contre les autres et transformer
> l’Égypte
> en un État divisé et instable, tout comme l’Irak anglo-étasunien, semble
> être le but des États-Unis, d’Israël et de leurs alliés. Les tensions
> croissantes entre les Égyptiens musulmans et chrétiens, comprenant les
> attaques contre les églises coptes, sont liées à ce projet. Dans ce
> contexte, au treizième jour des manifestations en Égypte, l’église Mar
> Girgis dans la ville égyptienne de Rafah, près de Gaza et d’Israël, a été
> attaquée par des hommes armés en motocyclette [6].
>
>
> La Maison-Blanche et Tel-Aviv ne veulent pas d’un second Iran au
> Moyen-Orient. Ils feront tout ce qu’ils peuvent pour prévenir l’émergence
> d’une
> Égypte forte et indépendante.
>
>
> Pour les objectifs des États-Unis, d’Israël et de l’OTAN, une Égypte libre
> pourrait se révéler une menace bien plus grande qu’un Iran non arabe, au
> cœur du monde arabe.
>
>
>
>
> Le retour de l’aigle égyptien en tant que champion arabe de l’indépendance?
>
>
> Dans le monde arabe et en Afrique, l’Égypte a autrefois représenté un défi
> stratégique pour les États-Unis, Israël, la France et la Grande-Bretagne.
> L’Égypte
> nassériste a aidé la résistance algérienne contre l’occupation française,
> a
> soutenu ouvertement les Palestiniens contre l’occupation de leurs maisons
> par les Israéliens et la résistance yéménite contre l’occupation
> britannique
> du Yémen du Sud, a contesté la légitimité des Hachémites installés par les
> Britanniques et de la dynastie saoudienne appuyée par les États-Unis, et a
> offert son appui aux mouvements anti-impérialistes et de libération
> nationale. Sous un gouvernement révolutionnaire, étroitement lié à l’Islam
> ou non, le Caire pourrait donner au monde arabe un nouveau chef qui
> raviverait le panarabisme, rendrait Tel-Aviv encore plus nerveux dans ses
> tentatives de lancer des guerres et rallierait les Arabes et les autres
> peuples du monde dans une révolte contre la confédération mondiale formée
> par les États-Unis et leurs alliés.
>
>
> L’Égypte n’est pas encore libérée de son état de servitude. Les Égyptiens
> doivent également aborder le rôle du capitalisme mondial dans l’appui au
> régime Moubarak, tout en demeurant unis. S’ils réussissent, ils auront un
> impact majeur sur l’histoire et le siècle actuel.
>
>
> Addenda
>
>
> Après la publication du texte, le Hezbollah a publiquement appuyé les
> manifestations en Égypte. Le gouvernement de la bande de Gaza, dirigé par
> le
> Hamas, a également commencé à permettre la tenue de rassemblements en
> appui
> aux manifestants égyptiens, alors que Mahmoud Abbas et le Fatah en
> Cisjordanie les interdisent. Au Liban, le Hezbollah et ses alliés ont
> aussi
> tenu des rassemblements pour soutenir les manifestants égyptiens. À cet
> égard, l’Alliance du 14 mars, alliée du régime Moubarak au Liban, a
> sévèrement critiqué le Hezbollah et ses alliés politiques.
>
>
>
>
>
>
>
> Notes
>
> [1] Elisabeth Bumiller, « Calling for Restraint, Pentagon Faces Test of
> Influence With Ally » The New York Times 29 janvier 2011; Voici ce qu’a
> dit
> Indyk : « Maintenant nous devons nous concentrer à mettre l’armée dans une
> position qui lui permettra de diriger l’arène afin qu’un leadership
> politique modéré et légitime émerge. »
>
>
> [2] Attila Somfalvi, « Natanyahu: Democratic Egypt no threat » Yedioth
> Ahronoth, 2 février 2011.
>
>
> [3] Ibid.
>
> [4] Adrian Croft, « U.S. sees Suez Canal closure as inconceivable »
> éditeurs
> Peter Griffiths et Elizabeth Fullerton, Reuters, 1er février, 2011.
>
>
> [5] No rman Podhoretz, « Stopping Iran: Why the Case for Military Action
> Still Stands » Commentary Magazine, vol.125, no. 2, (février 2008):
> pp.11-19.
>
>
> [6] « Church in flames in Egypt's Sinai: witness » Agence France-Presse
> (AFP), 6 février, 2011.
>
>
> [7] « Senior US envoy presses for democracy in Tunisia » Agence
> France-Presse (AFP), 24 janvier 2011.
>
>
>
> URL: http://www.mondialisation.ca/index.php?context=va&aid=23173
>
>
>
>
> Olivier MONTULET

Partager cet article

Repost 0

commentaires

Articles Récents

Liens