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25 mars 2011 5 25 /03 /mars /2011 17:43

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« L’Histoire ne pardonne pas ». Azzedine Azouz . Tunisie 1939-1969. Chapitre 18 (pp219-227)- chapitre 19
(pp 229-238) et chapitre 20 (pp239-244) mis en ligne par Sami Ben Abdallah.
-SBA a fait un bon travail de scanneur, les extraits et l'oeuvre ne lui appartiennent pas, ils sont publics, l'éloge va aux véritables auteurs de ces témoignages.
Charles de Gaulle, l’illustre président français fût victime de plus
d’une vingtaine de tentatives de Coup d’Etat. Le plus connu est
l’attentat du Petit-Clamart le 22 août 1962. Il échoua, bien que la
DS présidentielle montrât, parmi les impacts (environ 150 balles
tirées), une trace de balle passée latéralement à quelques
centimètres des visages du couple présidentiel. « Cela aurait fait
une belle fin », commenta de Gaulle en regardant le trou laissé par
l'impact. Certains des comploteurs ont été fusillé et la majorité
graciée. Pour l’essentiel, Charles de Gaulle a laissé faire la justice
s’en charger. La France s’en est sortie grandie. Et,De Gaulle a
légué aux Français un héritage politique qu’est le V ème République : « une démocratie ».
En Tunisie, il y a eu une tentative de Coup d’Etat en 1962. Il fallait laisser faire la justice.
Mais le pouvoir en a décidé autrement : torture des comploteurs, absence totale des
conditions minimales de procès équitables et pour finir, l’exécution des comploteurs.
Le témoignage d’Ezzedine Azzouz extrait de son ouvrage « L’Histoire ne pardonne pas »
(Ainsi que le complément d’informations, les 3 articles de Noura Borsali parus à Réalités)
éclairci cette page méconnue de l’Histoire de la Tunisie. Comprendre cette dernière est
important pour pouvoir juger le bilan bourguibiste avec un esprit critique. Car à la lumière
de plusieurs ouvrages et articles qui paraissent sur l’Histoire de la Tunisie entre 1956-1987,
il y a ces vérités qui choquent sur les pratiques de la torture.
L’Histoire réelle de notre pays – la Tunisie- est méconnue. Il faut la connaitre et la
comprendre car « ceux qui ne comprennent pas leur Histoire sont condamnés à la revivre »
(Goethe).
Ceux qui détiennent des documents rares sur la Tunisie (ouvrages, articles…etc) sont priés de
les scanner et les mettre en ligne. Prière de transmettre ce document à vos contacts via des
blogs, pages facebook…etc.
La mise en page des 3 chapitres extraits de l’ouvrage d’Ezzeddine Azzouz correspondent à la
version papier de l’ouvrage.
Sami Ben Abdallah.
Paris, février 2009.
www.samibenabdallah.com
« L’Histoire ne pardonne pas ». Azzedine Azouz . Tunisie 1939-1969. Chapitre 18 (pp219-227)- chapitre 19
(pp 229-238) et chapitre 20 (pp239-244) mis en ligne par Sami Ben Abdallah.
www.samibenabdallah.com
« L’Histoire ne pardonne pas ». Azzedine Azouz . Tunisie 1939-1969. Chapitre 18 (pp219-227)- chapitre 19
(pp 229-238) et chapitre 20 (pp239-244) mis en ligne par Sami Ben Abdallah.
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L'HISTOIRE
NE PARDONNE PAS
Tunisie : 1938-1969
Éditions L'Harmattan
5-7, rue de l'École-Polytechnique
75005 Paris
Dar Ashraf Éditions
9, rue Md Rachid Ridha
1002 Tunis
ACHEVÉ D'IMPRIMER
EN JUIN 1988
SUR LES PRESSES DE
L'IMPRIMERIE SZIKRA
90200 GIROMAGNY
« L’Histoire ne pardonne pas ». Azzedine Azouz . Tunisie 1939-1969. Chapitre 18 (pp219-227)- chapitre 19
(pp 229-238) et chapitre 20 (pp239-244) mis en ligne par Sami Ben Abdallah.
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TABLE DES MATIERES
AVERTISSEMENT .......................................................................... 11
INTRODUCTION ..................................................................... 13
PREMIER CHAPITRE. - Présentation .............................. 17
DEUXIÈME CHAPITRE. - Scoutisme et résistance .... 21
TROISIÈME CHAPITRE. - Congrès mondial de la jeunesse (1945)…… 25
QUATRIÈME CHAPITRE. Documents inédits pour ceux qui ont oublié …….. 37
CINQUIÈME CHAPITRE. ……49
Réfugié politique à Londres (octobre 1945 - février 1947)
« Représentant » de la Tunisie à Londres... et « nettoyeur »
Deux chefs de la résistance me rejoignent clandestinement à Londres.
Le major général Sir Edward Spears, ami de la Résistance tunisienne.
Le baron Léon d'Erlanger et ses cinq livres sterling.
Nettoyeur et portefaix chez « Lyon's »
SIXIÈME CHAPITRE. - La résistance s'organise à l'intérieur et à l'extérieur de la
Tunisie ............................................................................. 63
L'oeuvre de Mongi Bali
Avec Azzam Pacha, ancien secrétaire général de la ligue arabe.
BBC et journalisme
SEPTIÈME CHAPITRE. - Correspondance inédite avec Habib Bourguiba…………..73
HUITIÈME CHAPITRE. - Correspondance inédite avec Farhat Hached et Habib
Thameur………………91
NEUVIÈME CHAPITRE. - Entre l'Occident et l'Orient Astreint à quitter la BBC et
l'Angleterre………109
Conférence du Maghreb arabe au Caire.
Deux mois en Égypte sous Farouk.
DIXIÈME CHAPITRE. - Les cadres de la Résistance tunisienne s'entraînent en Syrie….
119
Soldat dans l'armée syrienne.
Cadet à l'École militaire de Syrie.
Officier dans l'armée syrienne.
Coup d'État en Syrie
ONZIÈME CHAPITRE. -- Première mission secrète en Tunisie……………….131
Dernière lettre du D' Thameur.
Bureau du Maghreb arabe.
Premier contact avec l'émir Abdelkrim Khattabi. Premier voyage secret en Tunisie
Réunion secrète avec les leaders du parti destourien.
« L’Histoire ne pardonne pas ». Azzedine Azouz . Tunisie 1939-1969. Chapitre 18 (pp219-227)- chapitre 19
(pp 229-238) et chapitre 20 (pp239-244) mis en ligne par Sami Ben Abdallah.
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DOUZIÈME CHAPITRE.
Seconde mission secrète en Tunisie (1951)……………141
Retour momentané en Syrie.
Rachid Driss (Destour) et l'émir Abdelkrim me rappellent...
Armée de Libération du Maghreb arabe.
Second voyage secret en Tunisie.
TREIZIEME CHAPITRE. Entre deux feux Bourguiba et l’émir Abdelkrim !.........155
Comment concilier les inconciliables ?
Conseil de guerre au Shephard Hôtel du Caire
Rupture avec Habib Bourguiba.
QUATORZIÈME CHAPITRE. - La Résistance tunisienne en action ………… 169
Tripoli, base d'intrigues.
Commando Farhat Hached.
Conférence des officiers nord-africains
Premier complot contre ma vie (13.7.1954).
Tentatives de collaboration avec Ahmed Ben Bella
Conseil de guerre à Berne
Second complot contre ma vie (1955).
QUINZIÈME CHAPITRE. - Un résistant tunisien en Amérique ….195
SEIZIÈME CHAPITRE. - Une discussion orageuse et très dangereuse avec Bahi
Ladgham…………199
DIX-SEPTIÈME CHAPITRE. Après onze années d'exil...retour au bercail …….203
Un piège de Bourguiba.
Gloire éphémère.
Le baise-mai de Lamine Bey.
Être ou ne pas être chef scout
A nouveau « chômeur ».
Un piège de Wassila Bourguiba... la présidente.
Trois officiers « révolutionnaires ».
DIX-HUITIÈME CHAPITRE. - Un résistant tunisien dans les prisons du parti
destourien……….. 219
Un « coup d'État » idiot...
La haine implacable de Bahi Ladgham.
Un défi politique.
Le juge d'instruction militaire.
Dans le pavillon cellulaire au « Zendala ».
La grande peur... arme de Bourguiba
Une cellule pas comme les autres.
Confrontation avec les officiers révolutionnaires.
Un rêve étrange.
« L’Histoire ne pardonne pas ». Azzedine Azouz . Tunisie 1939-1969. Chapitre 18 (pp219-227)- chapitre 19
(pp 229-238) et chapitre 20 (pp239-244) mis en ligne par Sami Ben Abdallah.
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VINGTIÈME CHAPITRE. - En liberté provisoire !…………239
Le baise-main de Bourguiba...
Les déboires continuent...
VINGT ET UNIÈME CHAPITRE.
Un document confidentiel ………….245
Coopératives et misères en Tunisie
Un voyage providentiel à Washington
NOTE DE L'ÉDITEUR……………254
ANNEXES…………255
« L’Histoire ne pardonne pas ». Azzedine Azouz . Tunisie 1939-1969. Chapitre 18 (pp219-227)- chapitre 19
(pp 229-238) et chapitre 20 (pp239-244) mis en ligne par Sami Ben Abdallah.
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Ce témoignage n’est pas le seul, dans l’histoire de la résistance tunisienne, à
laisser un gout d’amertume. Plus d’une résistant, plus d’un militant, a vu
son nom occulté de l’histoire de son pays. Plus d’un a connu les souffrances
d’une torture phtisique et morale implacable.
Notre souhait est que ce récit, ainsi que la documentation inédite qui
l'illustre, participe à sa manière à la réécriture de l'histoire contemporaine de
la Tunisie.
... Le 26 septembre 1983, Azzedine Azzouz est enterré à Tunis, avec pour
linceul, le drapeau tunisien, dans l'anonymat le plus total...
Ashraf Azzouz
« L’Histoire ne pardonne pas ». Azzedine Azouz . Tunisie 1939-1969. Chapitre 18 (pp219-227)- chapitre 19
(pp 229-238) et chapitre 20 (pp239-244) mis en ligne par Sami Ben Abdallah.
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AVERTISSEMENT
Azzedine Azzouz a commencé à rédiger lui-même cet ouvrage, il y a plus
de vingt ans. Son rêve le plus cher était de le voir publié. Nous pouvons le faire
aujourd'hui, après la destitution d'un régime totalitaire qui a gouverné la Tunisie
pendant plus de trente ans.
Nous avons, sciemment, choisi de garder le ton et les mots choisis par le
narrateur, afin de laisser au lecteur la liberté de mieux cerner la
personnalité et l'oeuvre de Azzedine Azzouz.
L'histoire ne pardonne pas n'est pas seulement la réhabilitation de la
mémoire de Azzedine Azzouz mais nous espérons également qu'il apportera un
éclairage précieux sur une période passionnante de l'histoire contemporaine
du monde arabe.
Durant ses onze ans d'exil (1945-1956), Azzedine Azzouz a vécu à
Londres, en Syrie, en Palestine, au Caire et en Libye. En suivant son
périple, nous avons l'occasion d'être projetés dans les coulisses de l'histoire
des différents mouvements politiques arabes ainsi que d'approcher des
personnages aussi prestigieux que celui de l'émir Abdelkrim el Khatabi.
Après l'indépendance de son pays, Azzedine Azzouz est impérativement appelé
par Habib Bourguiba pour participer au premier, gouvernement de la
République tunisienne.
Dès lors, il connaîtra les aléas d'un nationaliste désintéressé, d'un « militaire
pacifiste » et d'un démocrate indépendant face à l'acharnement d'un leader dont
le souci constant aura été d'utiliser, pour ensuite briser, tous ceux qu'il
considérait comme étant ses concurrents ou, ses éventuels dauphins.
Ce témoignage n’est pas le seul, dans l’histoire de la résistance tunisienne, à
laisser un gout d’amertume. Plus d’une résistant, plus d’un militant, a vu son
nom occulté de l’histoire de son pays. Plus d’un a connu les souffrances d’une
torture phtisique et morale implacable.
Notre souhait est que ce récit, ainsi que la documentation inédite qui l'illustre,
participe à sa manière à la réécriture de l'histoire contemporaine de la Tunisie.
... Le 26 septembre 1983, Azzedine Azzouz est enterré à Tunis, avec pour
linceul, le drapeau tunisien, dans l'anonymat le plus total...
Ashraf Azzouz
« L’Histoire ne pardonne pas ». Azzedine Azouz . Tunisie 1939-1969. Chapitre 18 (pp219-227)- chapitre 19
(pp 229-238) et chapitre 20 (pp239-244) mis en ligne par Sami Ben Abdallah.
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Introduction
9 avril 1975.
Le peuple tunisien commémore aujourd'hui le trenteseptième
anniversaire des martyrs tombés le 9 avril 1938
sous les balles d'un colonialisme aveugle et sans pitié.
9 avril 1938...
C'était une date importante dans ma vie ; c'était le jour où
j'avais failli être tué durant le massacre, devant le Palais de
justice de Tunis. C'était aussi le jour où j'avais vu, de mes
propres yeux, des dizaines de Tunisiens et de
Tunisiennes, jeunes et vieux, tomber autour de moi comme
des mouches. C'était le jour où j'avais vu une mère éplorée
porter son enfant mort, les entrailles ouvertes par les balles
des soldats français.
C'était aussi le jour où j'avais réalisé que le peuple tunisien
avait beaucoup à apprendre pour pouvoir lutter efficacement
contre un colonialisme organisé, fort et armé jusqu'aux
dents. Devant cette débandade générale des foules
désorganisées, sans chefs et sans cadres, poursuivies sans
merci par une soldatesque déchaînée et par des blindés tirant
à bout portant, à la Kasbah, à Bab Souika, sur des innocents,
j'avais alors réalisé qu'il fallait « faire quelque chose».
Dans le crépitement lointain des mitraillettes tirant sur nos
martyrs qui tombaient au bord du lac Sedjoumi, je m'étais
alors juré de lutter efficacement, et de tout sacrifier pour
libérer notre malheureux peuple de ce joug qui durait depuis
1881.
« L’Histoire ne pardonne pas ». Azzedine Azouz . Tunisie 1939-1969. Chapitre 18 (pp219-227)- chapitre 19
(pp 229-238) et chapitre 20 (pp239-244) mis en ligne par Sami Ben Abdallah.
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9 avril 1938…
C’était pour moi le point de départ, la date qui devait
influencer ma vie pour toujours et commander toutes mes
actions et mes activités. C'était pour moi le « tournant
décisif » qui devait justifier mon idéal, mes attitudes et mes
principes.
Que faire ?
J'avais eu, fort heureusement, la chance d'appartenir à un
mouvement de jeunesse, « les Scouts musulmans de
Tunisie», depuis avril 1934. Ce mouvement qui venait de
s'organiser en 1933, offrait de grandes possibilités d'action et
contenait un « potentiel » de jeunes Tunisiens, pleins de
bonne volonté et d'enthousiasme. Cette poignée de jeunes qui
s'était placée sous mes ordres avec foi et abnégation, avait
accompli des miracles et formé le « levain » de la
Résistance tunisienne.
Je ne nie pas l'action des autres mouvements nationalistes, et
notamment celle du Néo-Destour, mais je suis en mesure
d'affirmer que les méthodes suivies par la Résistance
tunisienne, loin des propagandes tapageuses, des discours et
des slogans tout faits avaient largement contribué à
l'indépendance de notre patrie. Que ce soit dans la
clandestinité ou bien ouvertement, à l'intérieur ou à l'extérieur
de la Tunisie, les résistants méritent une place plus grande
sous le soleil de la Tunisie indépendante. Leur action,
menée dans le silence, avec courage, foi et abnégation,
a été ignorée ou presque, par nos dirigeants et surtout par le
peuple tunisien.
Écrire ce livre, cette « histoire de la Résistance », est pour
moi un devoir sacré et une dette envers tous ceux qui ont
souffert et qui souffrent encore parce qu'ils avaient préféré
suivre la voie tracée par notre mouvement en ayant pour seule
devise « Servir la Patrie » et non servir un parti ou une
personne donnée. Ce livre, écrit par un résistant de la première
heure, ne peut se recommander au lecteur que par sa sincérité
absolue. S'il ne vise à aucune prétention littéraire, il est aussi
dénué d'artifices. On voudra bien en excuser les
imperfections. Tous les documents publiés dans ce livre sont
rigoureusement authentiques et représentent autant de
témoignages de l'ampleur de notre résistance
« L’Histoire ne pardonne pas ». Azzedine Azouz . Tunisie 1939-1969. Chapitre 18 (pp219-227)- chapitre 19
(pp 229-238) et chapitre 20 (pp239-244) mis en ligne par Sami Ben Abdallah.
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Autant de bonnes pour masquer le chemin parcouru et
surtout autant de « souvenirs » historiques pour rafraichir la
mémoire de ceux qui ont oublié….et qui dirigeant
aujourd’hui la Tunisie indépendante…
J'ai longtemps hésité à écrire ce livre et j'ai mis du temps à me
décider sur l'opportunité de faire paraître un tel ouvrage qui
risquait d'être considéré par plusieurs comme étant un « coup
» porté à l'unité du peuple tunisien, mais plusieurs faits
importants m'ont déterminé à prendre position.
— Ne rien dire, ne rien écrire pourrait être considéré comme
une lâcheté vis-à-vis de mes camarades de lutte qui m'avaient
fait confiance et qui m'avaient toujours considéré comme
étant leur chef.
— Un article du journal El Amal, journal officiel du Néo-
Destour, partie détenant le pouvoir en Tunisie, paru le 25
janvier 1961 et que je traduis ici, intégralement :
« L'histoire de notre lutte est encore méconnue »
Avec deux de mes camarades, nous avons passé en revue
certains faits qui s'étaient déroulés durant notre lutte.
L'un d'eux évoquait des faits héroïques sur les
sacrifices, les privations et les douleurs endurés
pendant la lutte pour la libération de notre patrie.
Le deuxième camarade avait demandé : pourquoi
n'écris-tu pas cette histoire que tu détiens ?
— C'est parce que notre méthode de lutte ne cherche ni
publicité ni propagande.
— Mais, insista mon camarade, cette histoire devrait être
connue des générations présentes et à venir !
L'autre haussa les épaules et dit : « Un jour viendra où les
générations connaîtront les détails de cette histoire... »
Celui qui parlait ainsi était un homme qui a bien mérité de
la Tunisie, mais qui n'évoque et ne parle du passé
que rarement. Son principal but est de travailler en
silence pour un meilleur avenir du peuple.
Ne serait-il pas plus utile pour eux et pour le peuple de
parler, afin de constituer un patrimoine historique pour les
générations futures ?
Ne serait-il pas plus logique que les chefs de la lutte
enregistrent les détails de leurs journées et leurs heures
pour que les générations à venir puissent y puiser une
énergie
« L’Histoire ne pardonne pas ». Azzedine Azouz . Tunisie 1939-1969. Chapitre 18 (pp219-227)- chapitre 19
(pp 229-238) et chapitre 20 (pp239-244) mis en ligne par Sami Ben Abdallah.
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Nouvelles pour la bataille de la construction et de
l’édification. »
Trop de légendes avaient circulé et circulent encore à mon
sujet, m'attribuant des actions, des positions et des attitudes
vraies ou fausses. J'espère que cet ouvrage mettra fin à tous les
malentendus, à ces équivoques, et révélera au grand jour,
devant le peuple tunisien et l'opinion publique mondiale, la
véritable histoire de la Résistance tunisienne. Trop de
mensonges, trop de falsifications ont jeté un voile opaque
sur la véritable histoire de la Tunisie moderne ( Exemple :
un article venimeux paru dans le journal du parti destourien
l'Action du 15 décembre 1974).
La dernière raison qui m'a incité à écrire ce livre, ce sont
les élections présidentielles et législatives du 3
novembre 1974 qui ont été « escamotées » dans le but
d'élire le « Combattant suprême » comme « président à
vie » et une assemblée législative basée sur des « listes
uniques » et antidémocratiques. Bourguiba avait aussi
désigné Hédi Nouira, son successeur et dauphin, comme du
temps de la royauté.
« L’Histoire ne pardonne pas ». Azzedine Azouz . Tunisie 1939-1969. Chapitre 18 (pp219-227)- chapitre 19
(pp 229-238) et chapitre 20 (pp239-244) mis en ligne par Sami Ben Abdallah.
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DIX- HUITIEME CHAPITRE
Page 219
Un résistant tunisien dans les prisons
du parti destourien
Un « coup d'État » idiot...
A l'évidence, le « mauvais commandement » dans la
bataille de Bizerte en 1961 et ses conséquences
fâcheuses dans l'immédiat furent à l'origine de ce « coup
d'État » où figuraient de nombreux « Bizertins ».
Un grand malaise régnait en Tunisie dans le domaine
politique, et la conjoncture économique n'était guère plus
brillante. A cette époque, tout le monde critiquait presque
ouvertement la politique du gouvernement, les dépenses
intempestives, pour ne pas dire extravagantes, dans la
construction et la décoration des « palais de Bourguiba
» et des membres de sa « cour »...
A cette période également, les produits de consommation
devenaient de plus en plus chers et plus rares, en
particulier l'huile d'olive, aliment de base du peuple
tunisien.
Le favoritisme, et notamment celui possédant un
caractère « régionaliste » 2 était et demeure toujours
1.Dépassant les beys de Tunis, Bourguiba a fait construire et
aménager une dizaine de palais, grands et petits, à Carthage, La
Marsa, Tunis (rue du 1" juin), Skanès, Le Kef, Rekkada (région de
Kairouan), Monastir (Médina), Mornag, Aïn-Relal, Ben-Mtir
(Région d'AïnDraham), Zaghouan, Ousseltia, etc. Le plus
souvent, la décoration en fut confiée à Leleu Deshays de Paris qui
se fait payer à coups de millions de dollars, sommes exigées par lui
pour décorer les palais du roi Fayçal d'Arabie Séoudite...
2- Je cite le cas de Hassan Belkhodja, ancien ministre, ancien
PDG de la BNA, de la sriL, de la sNrr, du Magasin général, de la
Centrale laitière, de la Sté Nestlé, de Tunisie-glaces, de l'Office du
Commerce et même de la maison de coiffure Jacques Dessanges
où la majorité des employés sont de « Ras-Djebel » de son pays
natal.
« L’Histoire ne pardonne pas ». Azzedine Azouz . Tunisie 1939-1969. Chapitre 18 (pp219-227)- chapitre 19
(pp 229-238) et chapitre 20 (pp239-244) mis en ligne par Sami Ben Abdallah.
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Monnaie courante en Tunisie. Il suffit d’être le
« protégé » ou « l’enfant du village » de monsieur X ou
de madame Y pour accéder aux plus hautes fonctions,
pour bénéficier des avancements les plus rapides, pour
obtenir les licences d’importation les plus recherchées,
pour disposer du maximum de devises étrangères de la
Banque centrale et même pour faire passer des « valises
intouchables » par la douane...
Tous les membres des familles Bourguiba, Ben Ammar,
Bouzgarrou, Caïd-Essebsi, Ben Salah, Ladgham,
Nouira, etc., étaient nantis et bien nantis. Tous ceux qui
appartiennent aux cadres du Néo-Destour et de ses
organisations intitulées « nationales » jouissaient et
jouissent toujours des plus larges facilités pour
obtenir des prêts « non remboursables » afin de
construire des petits palais ou des villas majestueuses
dans les quartiers résidentiels de Tunis et autres grandes
villes, et de somptueuses résidences estivales aux
bords des plages à la mode... Bref, cette époque de
népotisme imitait fortement la situation de la Syrie
après le désastre de la Palestine en 1948 et l'état
d'esprit de la population à la veille du coup d'État de Hosni
Zaïm en 1949.
Je venais de démissionner de la Société Esso Standard
pour désaccord flagrant avec les nouveaux directeurs et
avec leur politique injuste et discriminatoire. J'avais
acheté une nouvelle villa à côté de la mienne et décidé
de créer une société de produits cosmétiques après m'être
associé à un ingénieur allemand, spécialiste en la matière.
J'étais sur le point d'obtenir un prêt bancaire pour financer
ce projet industriel.
Très heureux auprès de ma femme Dalila qui m'avait
donné deux beaux enfants, une fille Ashraf et un garçon
Kaïs, j'avais assuré un logement confortable à mes vieux
parents à mes côtés à Mégrine-Côteaux et j'élaborais de
grands projets pour l'avenir. J'investis toutes mes économies
dans cette affaire de produits cosmétiques et
descendais rarement à Tunis évitant les fréquentations et les
cafés. Sur le point de partir à Paris pour acheter les
machines et
« L’Histoire ne pardonne pas ». Azzedine Azouz . Tunisie 1939-1969. Chapitre 18 (pp219-227)- chapitre 19
(pp 229-238) et chapitre 20 (pp239-244) mis en ligne par Sami Ben Abdallah.
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Les emballes, mon visa (3) pour la France était prêt. Je
passais mes moments de loisirs à écrire et à dactylographier
cette « histoire de la resistance tunisienne ». ignorant tout du
complot qui se tramait et du coup d’Etat qui se preparait,
j’avais passé le reveillon de noel 1962 avec ma femme
Dalila au restaurant de l'aéroport Tunis-Carthage. C'était le
24 décembre 1962.
Le 25, je fus arrêté et ma villa investie par une
quinzaine de policiers de la redoutable brigade de la
Sûreté de l'État ou la BSE, c'est-à-dire la «
Gestapo » de Bourguiba.
Ainsi, ce coup d'État inintelligent et stupide dont
j'ignorais totalement l'existence, devait m'être fatal et mit
une fin tragique aux plus beaux jours de ma vie.
La haine implacable de Bahi Ladgham
J'appris par les journaux l'arrestation des organisateurs du
complot. Parmi eux figurait Lazhar Chraïti qui avait
servi sous mes ordres comme simple soldat en Palestine
et en Syrie. Il comptait parmi les volontaires de Palestine
que j'avais formés sur les hauteurs du Golan et à qui
j'avais donné l'ordre de retourner en Tunisie pour préparer
le commando de la « Résistance tunisienne » contre
le colonialisme étranger.
Durant la révolution en Tunisie, Lazhar avait acquis une
grande réputation dans la région de Gafsa d'où il était
originaire. Il avait bien appliqué mon enseignement
militaire et de ce fait était devenu un grand résistant.
Toutefois, illettré et inculte, il fut débauché par les
honneurs et les avantages matériels que lui avaient
accordés Bourguiba, Bahi Ladgham et Taïeb Mehiri. Il
vivait comme un prince dans le palais beylical
d'HammamLif et avait obtenu de nombreuses licences
de transport ainsi qu'une ferme à Goubellat. Ces privilèges
ne représentaient que des artifices pour mieux disposer
de lui à leur guise. Mais de ce fait, Lazhar Chraïti
devint arrogant et insolent avec tout le monde, et même
avec moi, son chef
3-A l'époque le système de visas avec la France existait encore.
« L’Histoire ne pardonne pas ». Azzedine Azouz . Tunisie 1939-1969. Chapitre 18 (pp219-227)- chapitre 19
(pp 229-238) et chapitre 20 (pp239-244) mis en ligne par Sami Ben Abdallah.
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dans la résistance…cela dit, il était le seul dirigeant du
complot que je connaissais, et vu son attitude arrogante à
mon égard, je l’ai toujours évité dans les rues de Tunis.
Malgré ma circonspection, on a voulu retrouver un lien
quelconque et une connivence entre Lazhar Chraiti et moimême.
Mû par un étrange pressentiment, je pris la précaution de
ranger, le 23 décembre 1962, tous les papiers et
documents concernant mon livre dans une mallette
métallique que j'ai ensuite enterrée dans un lieu sûr, à
l'insu de tout le monde, y compris de ma femme
Dalila. Cette précaution s'avéra nécessaire ; quarantehuit
heures plus tard, les terribles policiers de la BSE
investirent ma villa pour profaner l'intimité de ma
chambre à coucher et m'arrêter dans mon lit. Les
policiers de la « Gestapo tunisienne » se sont
dispersés pour fouiller de fond en comble toutes les
pièces et tous les recoins de la villa et du jardin. Munis de
pelles et d'outils de jardin, ils ont exploré le stock
d'anthracite destiné au chauffage central à la
recherche de ce fameux manuscrit sur l'« histoire de la
Résistance tunisienne »... Bahi Ladgham avait eu vent de
l'existence de ce livre et appréhendait de redoutables
révélations sur son compte. Je sus plus tard que les « trois
officiers révolutionnaires » d'Hammamet, Hattab
Boughzala, Mongi Sarrey et Hédi Mankaï, avaient dévoilé
l'existence de cet écrit à Bahi Ladgham. Manifestement
il avait alors dépêché ses « gorilles » de la BSE pour
m'arrêter en insinuant à Bourguiba que j'étais la « tête
pensante » du complot.
Heureusement pour moi, j'avais négligé de retirer de
mon bureau un avant-projet du livre tout à fait à ses
débuts, contenant seulement les trois premiers chapitres
écrits à la main. En effet, j'avais repris mes mémoires dès le
début sous forme dactylographiée et avait oublié
l'avant-projet. C'est ce manuscrit qui fut découvert par les
policiers de la BSE et ils s'en contentèrent. Sur-lechamp,
ils ont abandonné leurs recherches et
emporté avec eux le manuscrit et mon passeport. Fait
surprenant, au fond d'un grand tiroir de mon bureau, les
policiers n'avaient pas repéré une boîte métallique
contenant deux millions de francs que je destinais au
financement de ma société, ainsi
« L’Histoire ne pardonne pas ». Azzedine Azouz . Tunisie 1939-1969. Chapitre 18 (pp219-227)- chapitre 19
(pp 229-238) et chapitre 20 (pp239-244) mis en ligne par Sami Ben Abdallah.
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Que mon revolver accompagné du permis de port
d’armes en règle. Les policiers auraient pu, s’ils les
avaient découverts, s’emparer de l’argent et du
revolver pour m’enfoncer encore plus par leurs
accusations.
Le chef de la brigade de la Sûreté de l'État s'était
déplacé en personne pour diriger l'opération. Par chance,
Tahar Mokrani me connaissait bien depuis longtemps et
n'ignorait pas mon passé de patriote et de résistant envers
le colonialisme. Même plus, il avait assisté à la
grande réception organisée en mon honneur par tous les
commissaires de police lors de mon retour d'exil et de la
« période de gloire éphémère » de 1956. Il avait aussi
entendu tous les discours élogieux qui m'avaient été
adressés en ma qualité de « héros national » issu de la
police.
Tahar Mokrani me prit à part dans la cuisine, et en tête à
tête il me demanda amicalement si j'avais quelque chose
à me reprocher. Je l'avisai qu'il s'agissait d'un coup fourré
émanant de Bahi Ladgham, mon ennemi numéro un. « Je
me suis douté qu'il y avait quelque chose de louche dans
cette affaire », m'avoua le chef de la BSE. « De toute
façon ne craignez rien, vous êtes entre les mains amies... »
Ma femme Dalila se conduisit très courageusement et
très dignement devant le malheur qui s'abattait sur nous ;
elle s'opposa à ce que j'embrasse les enfants de peur d'un
élan de faiblesse. Avant de sortir de ma villa, encadré
par deux grands gaillards que j'avais reconnus comme
étant des « tueurs » au service du régime, je proférai
à Tahar Mokrani devant tous ses policiers : « Comme
ça, vous quittez mon domicile sans boire le café
traditionnel... ». « Le moment est mal choisi pour boire
le café » récrimina le chef de la brigade de la Sûreté de
l'État.
Ma fille Ashraf, alors âgée de trois ans et demi avait
suivi de ses beaux yeux bleus écarquillés jusqu'à la
porte ces étranges messieurs amenant son « papa » vers un
destin inconnu...
Un défi politique...
Arrêté le 25 décembre 1962 à dix heures du matin, je
fus conduit sans les locaux de la brigade de la Sûreté de
« L’Histoire ne pardonne pas ». Azzedine Azouz . Tunisie 1939-1969. Chapitre 18 (pp219-227)- chapitre 19
(pp 229-238) et chapitre 20 (pp239-244) mis en ligne par Sami Ben Abdallah.
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L’Etat, au troisième étage de l’immeuble de la Sureté
nationale, avenue Bourguiba. On m’avait placé seul dans un
bureau. J’y remarquai un lit à coté d’un radiateur bien chaud.
Le premier policier chargé de ma surveillance était jeune et
bien sympathique. En bavardant on s'est trouvé les amis
communs. Il me glissa alors en cachette le journal lu matin
relatant les détails du complot ainsi que les noms le tous ses
organisateurs. Mon nom n'y figurait pas.
Vers treize heures j'ai reçu un maigre sandwich, puis je ne
suis endormi, estimant pouvoir le faire en toute
quiétude. Hélas, après la fermeture des bureaux et le
'épart de tous les fonctionnaires de la Sûreté nationale, je Us
éveillé par d'atroces cris de douleurs provenant des pièces
avoisinantes. Je réalisai promptement que l'interrogatoire
nocturne commençait... Je ne peux décrire ici ce lue j'ai
entendu ce soir-là : tortures, supplices, cris inhumains,
coups de cravache, étouffements à l'eau, brûlures à la
cigarette et à l'électricité, supplice de la bouteille, etc. Je
ne pouvais en croire mes oreilles et n'imaginer vivre en
plein vingtième siècle, dans une Tunisie moderne et
indépendante sous la présidence de Bourguiba. Un policier
de stature colossale fit irruption dans la pièce où j'étais, une
cravache à la main et tout en sueur à force de frapper les
détenus. Me regardant, il me lança : « Estime-toi heureux de
ne pas subir le même sort puisque tu es libre... »
Même les policiers qui assuraient le service de nuit
arboraient un air dégoûté et grinçaient des dents. L'un
Parmi eux, un vieux, remarqua : « C'est une honte, on a
jamais vu ça même du temps du colonialisme français. »
Après le cas se-croûte du soi r , je tentai de me
endormir, mais les cris, les hurlements, les supplices et les
tortures qui continuaient de plus belle, me réveillaient
constamment. Vers trois heures du matin, après une
accalmie, des policiers en civil, ceux de la BSE, me tirèrent u
sommeil et me conduisirent dans un autre bureau où se
trouvaient un secrétaire et un inspecteur de police. Au
passage, j'ai remarqué que tous les bureaux à droite et à
gauche du long couloir regorgeaient de prisonniers couchés
même le sol. Toutes les portes demeuraient ouvertes pour
faciliter la tâche des policiers qui les surveillaient et des
« L’Histoire ne pardonne pas ». Azzedine Azouz . Tunisie 1939-1969. Chapitre 18 (pp219-227)- chapitre 19
(pp 229-238) et chapitre 20 (pp239-244) mis en ligne par Sami Ben Abdallah.
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« gorilles de la BSE » qui les torturaient afin de leur soutirer
des aveux…
Mon tour était venu pour l’interrogatoire ;je m’attendais au
pire…
Le secrétaire me questionna sur mon identité et mon
curriculum vitae. Au fur et à mesure que je parlais, il
prenait des notes en arabe. Puis il me posa des questions
d'ordre politique, désirant connaître mes idées et opinions.
On abordait la phase dangereuse de mon interrogatoire.
J'étais déterminé à tenir tête à mes ennemis et à jouer le
tout pour le tout, à leur affirmer tout haut ce que la
majorité du peuple tunisien pensait tout bas. Je rapporte ici
ce dont je me souviens de l'interrogatoire et des réponses
auxquelles j'avais tenu à donner un caractère de « défi
politique » :
— Que pensez-vous du régime présidentiel ?
— Je suis républicain et je pense que le président de la
République doit être au-dessus de tous les partis
politiques, car il ne peut être en même temps « juge et
partie » en gardant la présidence d'un parti unique... Il doit
considérer tous les Tunisiens sur le même pied d'égalité,
quelle que soit leur opinion politique.
— En somme, vous êtes contre le système du parti
unique ?
— Parfaitement, dans tout pays civilisé, il faut qu'il y ait
une opposition constructive pour mettre un frein aux
abus du régime au pouvoir. Si la possibilité m'était donnée,
je n'hésiterais pas à créer un parti d'opposition légalement
constitué.
— Et quel serait le programme de ce parti ?
D'abord, demander la dissolution de l'Assemblée nationale
parce que ses membres sont « élus » d'une façon illégale
suivant des listes uniques, ou simplement nommés.
Demander de nouvelles élections législatives pour un
Parlement librement choisi. Renouveler les élections
municipales qui ont été jusqu'à ce jour des « mascarades ».
Respecter la Constitution tunisienne. Libérer les
prisonniers politiques. Libérer le commerce intérieur
et extérieur. Donner toutes les libertés d'expression, de
presse, de réunion, etc. prévues par la Constitution.
Respecter la religion et la langue du pays.
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- Et en politique étrangère ?
- Suivre une politique de neutralité entre les deux blocs.
Renforcer les liens d’amitié avec les pays arabes en
general et ceux du Maghreb en particulier.
Le secrétaire et l’inspecteur de police ont manifesté de la
convenance envers moi ; le premier avait même tiré de
sa poche une belle pomme et un canif pour l’éplucher.
J’ai déguster cette pomme avidement car j'étais affamé.
— Je souhaite, ajouta le secrétaire de police, qu'un
jour vous deveniez le président d'un parti d'opposition et
que vous me preniez comme secrétaire particulier...
Cet interrogatoire fut dactylographié le lendemain en
sept exemplaires que l'on me pria de signer après lecture.
Je suis persuadé que ces copies étaient destinées au
président Bourguiba, à Bahi Ladgham, au juge
d'instruction, etc. Depuis ce moment-là tous les
commissaires, secrétaires et les inspecteurs de la BSE
m'ont traité avec respect et courtoisie. Tahar Mokrani
donna l'autorisation à ma femme, Dalila, de m'apporter
deux fois par jour un couffin bien garni de nourriture, de
vêtements de rechange et même d'un rasoir électrique
dont je me servais régulièrement. Je tenais à me
maintenir en bonne forme comme pour défier mes
ennemis.
Ma femme mit à profit l'argent qui avait
miraculeusement échappé aux recherches de la BSE
pour me gâter à l'extrême en venant régulièrement me
porter un repas bien chaud, une bouteille thermos pleine
de café ou de thé, de quoi nourrir plusieurs personnes.
Je profitais de cette aubaine pour glisser de la nourriture
aux prisonniers des chambres avoisinantes, grâce à la
complicité des policiers bien aimables. J'offrais du café
ou du thé à ces mêmes policiers chargés de ma
surveillance ; en contrepartie, ils me fournissaient des
nouvelles de la ville ou introduisaient de façon discrète
livres et journaux. Certains me passaient même de petits
transistors munis d'écouteur individuel. Ainsi le temps
s'écoulait plus vite. D'autres me rapportaient les échos
de ma famille. Tout le monde semblait convaincu de
mon innocence ; je racontais à tous les policiers que
c'était un coup monté par Bahi Ladgham.
Tahar Mokrani fit preuve de générosité en autorisant ma
femme et ma fille Ashraf à me rendre visite secrètement
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A l’insu des « tueurs du régime » dont il se
méfiai. Il me faisait patienter en m’expliquant que
ma mise en liberté était une question de jours, il
attendait les ordres « d’en haut » pour me
relâcher. Mais ces ordres tardaient à se prononcer
car ils devaient fatalement émaner de Bahi
Ladgham... Et c'est ainsi que j'ai passé le mois du
Ramadan de 1963 dans un bureau de la BSE ; je fus
attaché à le jeûner comme d'habitude. Puis survint l'Aïd-
Esseghir, puis la fête de l'indépendance... du 20 mars
1963 dont j'entendais les manifestations au loin et
distinguais les illuminations sur l'avenue Bourguiba.
Le jour de l'Aïd, me rendant aux toilettes, je passai
devant le bureau de Tahar Mokrani quand ce dernier
m'invita à venir auprès de lui. Je lui souhaitai bonne fête et
il m'embrassa selon la tradition tunisienne puis me dit :
« J'espère que vous serez bientôt libéré et lorsque vous
sortirez vous apprendrez que j'ai sacrifié ma situation pour
vous sauver la vie... »
Quelques jours après, Tahar Mokrani était remplacé par
M'Hamed Ali Gasri, nouveau chef de la BSE. Aussitôt
les deux couffins quotidiens de ma femme ont été
supprimés et le régime auquel j'étais soumis devint plus
dur. Un brave policier compatissant m'apporta un important
volume de six cents pages que j'ai réellement
« dévoré » en deux jours au risque de léser ma vue : il
s'agissait du premier tome du Comte de Monte-Cristo
d'Alexandre Dumas. En lisant ce récit, j'eus le
pressentiment que j'allais subir les mêmes tortures et
le même calvaire que celui de l'homme injustement jeté
dans une cellule du château d'If par le procureur du roi...
sans procès ni jugement, sur une simple « lettre de cachet
» et selon le « bon plaisir » d'un homme malhonnête et
tout-puissant...
Plus tard, j'appris que le brave Tahar Mokrani avait
effectivement sacrifié sa carrière et son avenir en
refusant de découvrir un acte me compromettant, voire de
falsifier la vérité et de « confectionner » une preuve pour
satisfaire Bahi Ladgham...
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DIX – NEUVIEME CHAPITRE
Les miracles de la cellule numéro onze
Page 229
Le juge d'instruction militaire
Au début d'avril 1963, quelques jours s'étaient écoulés, deux
« gorilles » ou tueurs professionnels, nommés Hédi Kacem
et Khalifa m'ont ordonné de m'habiller et de ramasser
mes effets car j'allais sortir... Ils m'ont poussé puis
encadré dans une traction noire jusqu'au siège du
tribunal militaire, boulevard Bab-Menara, dans l'immeuble
du ministère de la Défense nationale. Ils m'ont introduit
auprès d'un jeune officier, juge d'instruction militaire, très
arrogant et suffisant, qui me posa de nombreuses questions
relatives à mes rapports envers les trois officiers « révolutionnaires
» d'Hammamet, avec le dessein de m'accuser du
crime de « détournement d'officiers de l'armée tunisienne
».
J'ai nié énergiquement cette accusation, cousue de fil
blanc, et demandé qu'on me traduise devant un tribunal
pour me défendre publiquement et confondre mes ennemis.
Au même instant, j'ai fait enregistrer par procèsverbal
une protestation contre mon arrestation illégale et
ma détention inique et injuste. J'accusai les trois officiers
d'Hammamet de fausses déclarations et signai un
procès-verbal dans ce sens. Puis le juge d'instruction
me remit entre les mains des deux policiers qui attendaient
dans le couloir, avec un billet d'écrou. Je constatais alors
que les jeux étaient faits ; mes ennemis ne voulaient pas
démordre, ils s'opposaient à me rendre ma liberté car tel
était le « bon plaisir » de Bahi Ladgham qui ne m'a
jamais pardonné notre querelle de Tripoli ni mes
révélations à Wassila
« L’Histoire ne pardonne pas ». Azzedine Azouz . Tunisie 1939-1969. Chapitre 18 (pp219-227)- chapitre 19
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