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16 décembre 2012 7 16 /12 /décembre /2012 11:57

 

L’affaire Moncef Ben Ali et les frères Roma

La fuite de Ben Ali : Le jour du destin

Le jour où des policiers de la brigade des stups prennent en filature des dealers d’un quartier de Paris, sans doute n’imaginent-ils pas que la filière remontera jusqu’au frère du président de la République tunisienne, et à un blanchiment qui porte l’empreinte mafieuse. Révélations

On les surnommait les rois de l’héroïne. On les appelait les frères Roma. Ils sont six. Quatre se retrouvent aujourd’hui devant la 14e chambre du tribunal correctionnel de Paris. Les deux autres sont en fuite, mandats d’arrêt international aux talons. Belleville était leur fief. Quartier général d’une entreprise souterraine, spécialisée dans l’achat, l’importation et la revente de la drogue. La dure, celle qui tue et rapporte gros à une bonne trentaine d’employés. Chacun a un boulot précis. On en comptera vingt-cinq dans le box des accusés, au moment où s’ouvrira leur procès pour trafic de stupéfiants.

Sans compter les absents. Car on va beaucoup en parler des absents. Surtout un certain Habib Ben Ali, jugé par contumace. Car lui aussi est en fuite, lui aussi est poursuivi par un mandat d’arrêt international. Mais dans son petit malheur, Habib Ben Ali a eu la grande chance d’avoir pour frère un certain Zine El Abidine Ben Ali, président de la République tunisienne, et pour sauf-conduit un passeport diplomatique délivré par le Quai d’Orsay.

Qui pouvait imaginer qu’un simple renseignement d’indicateur de police allait être le point de départ du démantèlement d’un des plus gros réseaux de trafic d’héroïne et de cocaïne ? Ce jour de janvier 1989, des hommes de Joëlle Pontnau, une femme commissaire divisionnaire à la brigade des stupéfiants, marchent dans les rues de Belleville. La routine.

Hôtel Edouard VII à Paris

Hôtel Edouard VII à Paris

Routine aussi de recevoir le tuyau d’un informateur. Mais celui-là est consistant. L’héroïne qui circule à Belleville vient d’Amsterdam. Trois revendeurs sont signalés. Les filatures se mettent en place. Les véhicules suivis sont toujours des voitures de location, et la location est toujours payée en espèces. Les indices s’accumulent. Les lieux sont repérés. Les allées et venues se concentrent autour d’un immeuble de la rue Rouanet, dans le 18e arrondissement. L’ouverture d’une information judiciaire permet aux enquêteurs d’obtenir une surveillance téléphonique légale. Plusieurs enregistrements annoncent des voyages en perspective. Les noms tombent : Samir Kardi, un tunisien de trente-trois ans, et sa compagne, Rosa Jendoubi, dite Samira, une lyonnaise de trente-trois ans.

Le 20 avril 1989, Rosa Jendoubi est au volant d’une R5. Direction Bruxelles. Elle attend 19 heures et la fermeture du poste frontière de Baisieux pour entrer en Belgique. Les policiers des stups la suivent. Et la perdent. Mais ils sont certains qu’elle est venue s’approvisionner. La vérification a lieu le lendemain, dans l’appartement de la rue Rouanet. Une perquisition qui décroche le gros lot : 180 grammes d’héroïne, un faux permis de conduire hollandais, une 22 Long Rifle à canon et crosse sciés, des reçus de la Caisse d’épargne pour des versements en espèces de 85.000 francs, un lot de factures d’achats de bijoux. Les aller et retour auprès des fournisseurs belges et hollandais assurent à Samir et Rosa un train de vie confortable. Devant le magistrat instructeur, elle devra également justifier l’achat d’une Porsche, d’un vison et d’autres bijoux. Toujours en espèces.

Mais cette première prise a mis les policiers en appétit. Ils sont persuadés que ce n’est qu’un maillon. Ils veulent toute la chaîne. Ils continuent de secouer le cocotier et tombent sur un certain Rachid Haddad, alias Rochdi, qui déclare se nommer Aldo Fontana, qui est également connu dans les fichiers des stups sous le nom de Tonio Marotti. Trois identités pour un seul homme. Et un carnet téléphonique où un numéro souligné en rouge s’avèrera être celui d’un proche d’une haute personnalité politique tunisienne. Déjà.

Mais la chaîne se démonte maillon après maillon. Haddad en est un. Lui aussi chargé du fret. Lui aussi a pris ses habitudes à l’hôtel La Cascade, à Saint-Gil Bruxelles, et à l’Holliday Inn d’Amsterdam. Lui aussi passe tranquillement les frontières du Nord, à bord de voitures de location bourrées d’héroïne. Lui aussi a la maladie du téléphone, redoutable quand l’appareil est sur écoute.

Nouveaux numéros et nouvelles filatures. Jusqu’à ce que les enquêteurs du divisionnaire Joëlle Pontnau établissent un lien entre les premières arrestations, les premières perquisitions, et un certain Fathi Oueslati, l’un des frères Roma, les rois de la blanche (l’héroïne) ou du fanta (la cocaïne) comme on les appelle encore à Belleville. Le puzzle prend forme. Le réseau est très structuré. La drogue ne rapporte que si tous les rouages fonctionnent. Les importateurs sont tombés. Il reste maintenant à trouver les revendeurs, les collecteurs de fonds, leurs transporteurs et destinataires. Et à comprendre le pourquoi de ce numéro de téléphone souligné en rouge.

 

La chance des policiers est d’espérer tenir dans la structure familiale des frères Roma, le fil qu’il va falloir tirer pour remonter à la tête. Les surveillances sont serrées. Presque sans surprise, elles mènent à pointer un café de la rue Jean-Jaurès, dans le 19e, connu pour être un rendez-vous de gros dealers. Et Fathi Oueslati, l’un des six frères, le fréquente beaucoup. Téléphone beaucoup. Numéro par numéro, adresse par adresse, le deuxième réseau, celui qui doit stocker et revendre la drogue, est localisé : deux bars des 18e et 19e arrondissements, des planques à Sarcelles, Villepinte, Tremblay. La « garde » d’un paquet d’héroïne est payée 5.000 francs. Le bénéfice de la revente est fixé à 20% pour le dealer, 80% pour le fournisseur.

Les détails et les éléments s’accumulent. Les hommes des stups pourraient s’estimer satisfaits d’avoir mis la main sur plusieurs kilos d’héroïne, et d’avoir envoyé au trou une bonne dizaine de trafiquants. Mais le puzzle n’est pas complet. Il manque les principaux collecteurs de fonds, les passeurs de valises pleines de liasses, l’argent ramassé dans les rues de Paris, dans les cités HLM de banlieue, devant ces cages d’escalier où un matin, une nuit, on découvre le corps refroidi d’un toxicomane.

Au début de l’année 199O, les enquêteurs ne lâchent pas Fathi Oueslati d’une semelle. La persévérance est récompensée. Le 26 février 1990, la piste Oueslati mène jusqu’à une Volkswagen Polo stationnée près de l’hôtel Edouard-VII, avenue de l’Opéra. L’homme qui conduit s’appelle Hedi Ben Hassen, surnommé « Bouldogue », très connu en Tunisie pour être le neveu de Frej Guedoura, le chef des services spéciaux et de la sécurité nationale. L’homme qui se tient au côté de « Bouldogue » s’appelle Habib Ben Ali, dit Moncef, très connu en Tunisie pour être le frère du président de la République.

Le 27 février 1990, Ben Ali et plusieurs personnes quittent l’hôtel Edouard-VII à bord de trois voitures. Les policiers savent que parmi les bagages se trouve une valise achetée la veille boulevard Ornano, sans aucun doute pour transporter une somme importante. A l’aéroport Orly-Sud, « Bouldogue » et Ben Ali s’installent dans un salon privé d’Air France. Au moment où une partie du groupe s’apprête à embarquer à bord d’un avion de Tunis Air, les policiers tentent le gros coup de filet. « Bouldogue » et un second couteau tombent. Mais Ben Ali exhibe un passeport diplomatique et fait état de son lien de parenté avec le président Ben Ali.

On découvrira plus tard que cette immunité ne s’appliquait pas au territoire français. On en conclura que le Quai d’Orsay a fait preuve de beaucoup de bienveillance. On avancera également qu’en échange de ce service rendu au président Ben Ali, la France obtiendra de la Tunisie qu’elle intervienne auprès de la Libye pour faciliter les investigations du juge Bruguière, dans l’affaire de l’attentat contre un DC-10 d’UTA.

Ce 27 février 1990, les enquêteurs ont compris qu’ils ne reverront plus Habib Ben Ali. Ils parviendront pourtant à démanteler les troisième et quatrième réseaux de cette filière Bruxelles – Amsterdam – Paris – Tunis. Ils feront tomber d’autres collecteurs de fonds dans le 15e arrondissement de Paris, dans un hôtel de Nice et un appartement de Tremblay. Et chaque fois des quantités d’héroïne qui vont de 150 à 500 grammes, chaque fois des sommes d’argent considérables, à tel point que les trafiquants ont la désinvolture d’entasser 170.000 francs dans une boîte à chaussures, et 180.000 francs dans un sac à main.

Le quatrième et dernier réseau, celui du blanchiment de l’argent sale, ne sera décapité qu’en partie. Il sera bien établi que les fonds rapatriés en Tunisie se retrouvaient notamment dans la comptabilité d’entreprises de matériel informatique et d’articles de sports, de restaurants et de commerces. Il ressortira également de plusieurs écoutes téléphoniques que des placements directs ont été effectués auprès de banques tunisiennes, sans être déclarés, alors qu’une loi oblige à le faire pour tout dépôt supérieur à 3.000 francs. Il s’avérera également certain que ces centaines de millions de francs de revenus de la drogue ont été massivement investis dans l’immobilier et le tourisme de luxe, sur le modèle de la mafia italienne, implantée en Tunisie sous l’autorité de Bruno de Angelis, et de Gian Carlo Parretti, autre chef de la « pieuvre », arrêté à l’aéroport de Rome le jour où il embarque dans un avion à destination de Tunis.

Que restera-t-il de cette toile d’araignée criminelle, financière et politique, aujourd’hui, devant le tribunal correctionnel de Paris ? Vingt-cinq trafiquants jugés pour infraction à la législation sur les stupéfiants. Et beaucoup d’absents.

Gilles Smadja « L’Humanité », 16/11/1992

 

COMMENTAIRE:

 

Ce sont ces crapules de maffieux et de dealer criminels que MEZRI HADAD, MORJANE, ELTAIEF, BACCOUCHE et toute la clique du systéme BEN ALI défendaient becs et ongles, tout ceux qui vendaient la TUNISIE dégénérée de BEN ALI sont disqualifié pour parler de démocratie ou remettre en cause le processus révolutionnaire.

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