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27 février 2011 7 27 /02 /février /2011 09:50

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par René Naba -


 


Ce papier est dédié aux trois personnalités suivantes :

Mohamad Bouazizi, décédé le 4 janvier 2011, des suites de ses blessures. Son immolation sur la place publique de Sidi Bouzid, en Tunisie, en signe de protestation contre l’arbitraire tunisien, a servi d’étincelle au soulèvement populaire qui provoqua la chute de la dictature du Général Zine El Abidine Ben Ali.

Ahmad Jaafar Kassem, artisan du spectaculaire attentat contre le QG du commandement israélien de Tyr, le 11 novembre 1982, dans le cadre d’une opération de la résistance libanaise contre l’occupation israélienne du sud Liban

Mountazar Al Zaïdy, journaliste irakien, le Spartacus des temps modernes, le lanceur de sa chaussure contre George Bush jr.

Golfe / Armement : Autant en emporte le vent Part 1/2

I • Le Golfe, une gigantesque base flottante américaine, une pompe à finance des déficits américains.

L’effondrement du dispositif occidental sur la rive arabe de la Méditerranée avec les révoltes populaires en Tunisie et en Egypte sur fond d’une contestation généralisée des supplétifs de la stratégie américaine dans la sphère arabo musulmane, au terme d’une furieuse décennie de « guerre contre le terrorisme », de même que les révélations du site américain Wikileaks sur la position belliqueuse des pétromonarchies face à l’Iran, illustrent la logique de vassalité des « émirats mirage » face à l’Amérique, particulièrement dans le domaine de la défense, en ce qu’ils incitent les Américains à faire la guerre à leur voisin iranien pour neutraliser son potentiel nucléaire, plutôt que de doter le Monde arabe d’une capacité d’autosuffisance stratégique.

Le contrat de l’ordre de 123 milliards de dollars, conclu à l’automne 2010 entre l’Amérique et quatre pays du Golfe, en vue de renforcer leur capacité défensive « face à l’Iran ».en constitue un témoignage éloquent de cette politique de dilapidation financière pour des motifs d’armement.

Face à l’Iran, la constellation des pétromonarchies du Golfe s’est ainsi transformée en une véritable base flottante américaine, au point que se pose la question de la viabilité stratégique et de la pertinence politique du plus important contrat d’armement de l’histoire, jamais conclu, en temps de paix, entre les Etats Unis et quatre pays membres de la zone. Un singulier contrat à tous égards, de l’ordre de 123 milliards de dollars, qui outrepasse les capacités d’absorption des bénéficiaires de même que les capacités d’assimilation de cet armement par ses servants locaux.

Si l’on excepte sa piètre démonstration militaire au Yémen, l’été 2010, l’Arabie saoudite n’a jamais mené de guerre directe contre aucun de ses adversaires potentiels, encore moins contre Israël, l’ennemi officiel du monde arabe, dont elle est le principal opposant sur le plan théorique, se bornant à financer des guerres obliques de déstabilisation,jamais contre Israël, toujours contre les pays arabes ou musulmans ; Contre l’Egypte nassérienne au Yémen, dans la décennie 1960 par monarchistes interposés, contre la Syrie baasiste, dans la décennie 1970, par Frères Musulmans interposés, ou encore contre la Révolution islamique de l’Iran, dans la décennie 1980, via l’Irak Baasiste de Saddam Hussein, ou enfin contre l’Union Soviétique, en Afghanistan, dans la décennie 1980, via sa légion islamique sous la houlette de son homme lige Oussama Ben Laden.

La transaction, conclue à l’occasion de la fête nationale saoudienne, le 23 septembre 2010, implique la modernisation de la flotte aérienne et de la marine saoudiennes. Soixante milliards de dollars seront affectés à la vente à l’Arabie saoudite de 87 chasseurs bombardiers « F-15 », de 70 hélicoptères de combat « Apache » et de 72 hélicoptères « Black Hawk », 36 hélicoptères Little Bird AH-6, ainsi que des bombes, des missiles, y compris la bombe guidée par GPS, JDAM, produite par Boeing et le missile guidé par laser Hellfire. Trente milliards de dollars complémentaires seront affectés à la fourniture de bâtiments de guerre et d’un système de défense balistique, complémentaire au réseau de missiles de type Patriot et au reconditionnement des anciens appareils de l’armée de l’air et de la marine.

Le contrat est complété par une série d’accords similaires avec trois autres pétromonarchies du Golfe (Koweït, Emirats arabes Unis et sultanat d’Oman) portant le montant total de la transaction à 123 milliards de dollars.

Les pétromonarchies arabes, un des principaux ravitailleurs du système énergétique mondial, sert en même temps de gigantesque base militaire flottante de l’armée américaine, qui s’y ravitaille à profusion, à domicile, à des prix défiants toute concurrence. Tous, à des degrés divers, y paient leur tribut, accordant sans états d’âme, des facilités à leur protecteur.

La zone est, en effet, couverte d’un réseau de bases aéronavales anglo-saxonnes et françaises, le plus dense du monde, dont le déploiement pourrait à lui seul dissuader tout éventuel assaillant éventuel, rendant superflu un tel contrat. Elle abrite à Doha (Qatar), le poste de commandement opérationnel du Cent Com (le commandement central américain) dont la compétence s’étend sur l’axe de crise de l’Islam qui va de l’Afghanistan au Maroc ; A Manama (Bahreïn), le quartier général d’ancrage de la V me flotte américaine dont la zone opérationnelle couvre le Golfe arabo-persique et l’Océan indien.

En complément, l’Arabie saoudite abrite, elle, une escadrille d’awacs (Air borne Warning and Control System), un système de détection et de commandement aéroporté, dans la région de Riyad. Le Koweït, très dévoué à son libérateur, fait office de zone de pré positionnement et de ravitaillement à la gigantesque infrastructure militaire américaine en Irak, le nouveau champ d’expérimentation de la guerre moderne américaine dans le Tiers-monde. S’y ajoute, dernier et non le moindre des éléments du dispositif, Israël, le partenaire stratégique des Etats-Unis dans la zone, ainsi que la base relais de Diégo Garcia (Océan indien), la base aérienne britannique de Massirah (Sultanat d’Oman) ainsi que depuis janvier 2008 la plate forme navale française à Abou Dhabi.

De surcroît, des barrages électroniques ont été édifiés aux frontières de l’Arabie Saoudite et des Emirats Arabes Unis pour décourager toute invasion ou infiltration. Le barrage électronique saoudien a été édifié avec le concours des Français, celui d’Abou Dhabi, avec le concours de la firme israélienne AGT (Asia Global Technologies), dont le contrat de trois milliards de dollars concerne aussi bien la protection des frontières que la protection de quinze sites pétroliers de l’émirat, ainsi que la fourniture de Drones, les avions de reconnaissance sans pilote, de fabrication israélienne

Faiblement peuplées, entourées de puissants voisins tels l’Iran et l’Irak, de création récente et inexpérimentées en la matière, les pétromonarchies ont longtemps confié leur protection à des pays amis aguerris, ou, à défaut, à des compagnies militaires privées, les mercenaires des temps modernes, et, les fabuleux contrats d’armement qui excédaient les capacités d’absorption des servants locaux, étaient généralement perçus comme des polices d’assurance déguisées, en raison des mirifiques rétro commissions qu’ils généraient.

La protection de l’espace aérien saoudien a été longtemps confiée aux aviateurs pakistanais, le territoire national du Sultanat d’Oman aux bédouins de la légion arabe jordanienne, les mercenaires occidentaux se chargeant du reste, avec une répartition des rôles entre les Anglais, surtout présents dans leur ancienne zone d’influence, notamment les émirats pétroliers du Golfe, et les Américains ayant la haute main sur l’Arabie Saoudite et le reste du Moyen-Orient.

La protection du Cheikh Zayed Ben Sultan Al-Nahyane, Emir d’Abou Dhabi et président de la Fédération des Émirats du Golfe, ainsi que l’encadrement des troupes omanaises dans la répression de la guérilla marxiste du Dhofar, dans les années 1965-1970, ont relevé de la responsabilité de « Watchguard », une des deux compagnies de mercenaires britanniques, dont le siège est à Guernesey. Fondée en 1967 par David Sterling, un ancien des commandos de l’air britanniques (Special Air Services), elle passe pour être un instrument d’influence de la diplomatie britannique. Outre Blackwater, qui s’est fâcheusement illustrée en Irak, les États-Unis comptent, eux, deux grandes sociétés privées militaires : Vinnell Corp, dont le siège est à Fairfax, en Virginie, et BDM international. Toutes deux filiales de la multinationale Carlyle, elles apparaissent comme les bras armés privilégiés de la politique américaine en Arabie et dans le Golfe. Vinnel corp, dont la mission saoudienne a fait l’objet d’un attentat à Khobbar en 1995, a la haute main sur la formation de la Garde nationale saoudienne, tandis que BDM gère la formation du personnel de l’armée de l’air, de la marine et des forces terrestres saoudiennes.

II • L’Iran, un prétexte pour éponger le surplus de pétrodollars arabes

Israël, un prétexte pour maintenir la dépendance technologique arabe

Ce contrat qui devra être soumis au Congrès pour ratification, témoigne des « relations spéciales » entre les Etats-Unis et le Royaume d’Arabie saoudite depuis la signature du Pacte de Quincy en 1945. Une relation spéciale, certes, mais de vassalité en ce qu’il vise à « renforcer les capacités combatives du Royaume face à l’Iran » sans faire peser des risques sur Israël.

Les avions saoudiens seront en effet privés d’armes de longue portée afin de sécuriser l’espace aérien israélien et leurs performances, tant en ce qui concerne leur équipement que leur maniabilité. Ils seront, en tout état de cause, de moindre capacité que le nouveau appareil que les Etats-Unis envisagent de vendre à Israël, 20 chasseurs-bombardiers américains F-35 Lightning II (JS F-35), le super bombardier de supériorité technologique, dont le coût unitaire atteint la somme considérable de 113 millions de dollars pièce. Israël dispose ainsi d’un quasi-droit de regard sur l’équipement militaire des alliés arabes des Etats-Unis.

Ainsi donc par un subterfuge que les politologues américains désignent du vocable de « Politics of Fears », la politique de l’intimidation, qui consiste à présenter l’Iran comme un croquemitaine, l’Arabie saoudite est contrainte de se doter, non d’une défense tous azimuts, mais d’une posture défensive anti iranienne, autrement dit de renforcer le royaume « face à l’Iran », puissance du seuil nucléaire, et non Israël, puissance nucléaire de plein exercice, de surcroît puissance occupante de Jérusalem, le 3me haut lieu saint de l’Islam.

Alors que le Monde arabe accuse un retard manifeste tant au niveau de la recherche scientifique que du développement des nouvelles technologies et que le chômage atteint des proportions rarement égalées ailleurs dans le monde, quatre pétromonarchies vont débloquer la colossale somme de 123 milliards de dollars, pour résorber le chômage…. des Etats-Unis, maintenir un bassin d’emploi de 75.000 poste sur cinq ans, et justifier, sous l’apparence d’un faux équilibre, une transaction qualitativement supérieure entre les Etats-Unis et Israël.

Indice d’une dépendance complémentaire à l’égard des Etats-Unis, Abou Dhabi s’est d’ores et deja engagé à ne pas utiliser la technologie américaine pour développer des armes nucléaires, renonçant à enrichir de l’uranium et à recycler les déchets. Une décision qui contraint les principautés pétrolières à importer le combustible nécessaire au fonctionnement des réacteurs de leurs centrales nucléaires de production d’électricité.

En d’autres termes, les exigences américaines aboutissent à préserver le monopole de la production nucléaire au bénéfice des pays occidentaux, de la Chine et de la Russie et de maintenir en état de dépendance les pays émergents.

Au prétexte de la sécurité d’Israël, les Etats-Unis veillent particulièrement à barrer la voie aux pays arabes à accéder à la capacité nucléaire. L’Egypte a dû ainsi attendre trente ans le feu vert américain pour se lancer dans le nucléaire civil, une autorisation accordée lorsque l’Iran est devenue une puissance du seuil nucléaire, enregistrant un considérable retard scientifique par rapport aux autres grands acteurs régionaux. Pire, signe de son dégagement du conflit et de la précarité du pouvoir de Hosni Moubarak, les forces de sécurité et brigades anti émeutes dépassent en nombre celui des forces armées, 1,4 millions contre un million, selon les indications fournies par Mohamad Hassaneine Heykal, l’ancien confident de Gamal Abdel Nasser sur le chaîne « Al Jazira, le 17 décembre 2010.

Les Etats-Unis cherchent de même à imposer à la Jordanie un accord qui autoriserait le Royaume à extraire l’uranium qu’il recèle en son sol, tout en lui interdisant de le transformer en combustible. Cette exigence réduit également toute possibilité pour la Jordanie de devenir un centre régional d’enrichissement d’uranium.

La Jordanie, habituellement docile à l’égard des Diktats américains, paraît devoir passer outre. Elle a déjà commencé à développer les infrastructures nécessaires pour répondre à ses ambitions nucléaires et a prévu la construction de sa première centrale en 2019. AREVA (France) a signé en 2010 un accord d’exploitation conjointe pour l’extraction de l’uranium dans le centre de la Jordanie dans le cadre d’une concession accordée pour 25 ans.

Bien qu’antérieure à l’émergence de l’Iran comme puissance nucléaire virtuelle, la forte concentration militaire occidentale dans le golfe arabo-persique est néanmoins présentée dans les médias occidentaux comme destinée à protéger les princes du pétrole contre les convoitises du régime islamique de Téhéran.

Force pourtant est de constater que l’unique intervention militaire iranienne contre les pétromonarchies s’est produite à l’époque où l’Iran se situait dans la mouvance occidentale dans la décennie 1970 sans que la protection américaine n’ait été d’un grand secours aux protégés arabes qui se sont vus amputer ce jour là de trois îlots appartenant à l’Emirat d’Abou Dhabi : (la grande et la petite Thomb et l’ïle d’Abou Moussa. Il est vrai que le Chah d’Iran Mohamad Reza Pahlevi faisait office à l’époque de gendarme du Golfe pour le compte des Américains et que les princes arabes ne pouvaient qu’obtempérer, sur injonction américaine, au super gendarme régional qui leur avait été assigné.

Sous couvert de guerre contre le terrorisme ou de démocratisation du Moyen orient, deux des objectifs déclarés de la diplomatie américaine, la présence militaire américaine vise à maintenir cette zone énergétique d’importance stratégique sous contrôle occidental, alors que la guerre pour le contrôle des matières premières redouble d’intensité tant en Asie qu’en Afrique au moment où la Chine opère une percée remarquable sur le flanc méridional de l’Europe.

Oasis de prospérité sécurisée de l’économie occidentale face à la « zone de pénurie » du versant méditerranéen frondeur du Monde arabe, cette constellation de micro états balance entre gigantisme économique et nanisme politique, face au triple péril résultant de leur trop grande dépendance vis-à-vis de la main d’œuvre étrangère, de leur trop grande dépendance militaire vis à vis des Etats-Unis d’Amérique et des incessantes frasques monarchiques au point d’accentuer le discrédit et de fragiliser les six pétromonarchies du golfe du fait de leur complet décalage avec le combat mené par les mouvements contestataires arabes contre l’hégémonie occidentale tant au Liban (Hezbollah), qu’en Irak (Moqtada Sadr) qu’ en Palestine (Hamas).

L’affaiblissement militaire et économique des Etats-Unis, la nouvelle tonicité de la Russie après la guerre de la Géorgie, en août 2008, l’activisme chinois en Afrique font craindre aux stratèges occidentaux la consolidation du groupe de Shanghai (Chine, Russie, Iran), à l’effet de modifier les rapports de force régionaux notamment au Moyen-orient, au détriment des pétromonarchies alliées du camp occidental.

La transaction militaire américano arabe de 123 milliards de dollars représente le 1/5me du flux global consenti par la Réserve fédérale américaine pour relancer l’économie américaine en 2010-2011. L’Iran sert ainsi de croquemitaine pour éponger le surplus de pétrodollars des réserves pétro monarchiques.

Les pétromonarchies, coutumiers du fait, ont déjà volé au secours de l’économie américaine au moment du krach bancaire de 2008-2009, enregistrant au passage, sans plainte ni complainte, une perte sèche de 150 milliards de dollars au cours du troisième trimestre 2008, du fait de leurs placements sur les marchés occidentaux.

III • Les dépenses d’armement arabe ……. Un effroyable gâchis

Les lourds investissements, notamment dans le domaine militaire, paraissent stimulés parfois, non pas tant par les impératifs de sécurité, mais par la perspective alléchante des commissions et rétro commissions. A l’indice mondial de la corruption, l’Arabie Saoudite se situe hors classement. A croire que les surfacturations tiennent lieu de « police d’assurance tous risques » contre d’éventuelles tentatives de déstabilisation, de rétribution déguisée pour un zélé protecteur, une sorte de mercenariat officieux.

Dans la foulée de la première guerre contre l’Irak, l’Arabie a ainsi consacré, en 1992 et 1993, vingt neuf milliards de dollars pour sa défense contre 26,5 milliards à l’éducation nationale, une somme équivalent, compte tenu de sa faible densité démographique (12,3 millions de nationaux) et de la faiblesse numérique de ses forces armées (200.000 entre armée régulière et garde nationale), à une dépense moyenne de 75 millions dollars par an pour chaque militaire, et, à l’échelle du pays, un million de dollars par an par habitant, proportion inégalée partout ailleurs dans le monde.

Pour prix du concours américain, l’Arabie saoudite a déboursé la coquette somme de cinquante milliards de dollars à titre de contribution à l’effort de guerre, dont dix sept milliards de dollars au titre de « prime de débarquement » sur le sol saoudien, en prélude aux frappes anti-irakiennes. Autrement dit, la monarchie saoudienne aura débloqué cinquante milliards de dollars à l’Amérique pour l’autoriser à accentuer son emprise sur le Royaume et à camoufler la corruption régnante.

Le Général Khaled Ben Sultan, (57 ans), propre fils du ministre de la défense, abusivement auto proclamé commandant en chef de la coalition internationale anti-irakienne, alors qu’il n’était en réalité que l’interface saoudien du véritable commandant américain, le général Norman Schwarzkopf, a réussi, dans ces circonstances dramatiques pour son pays, le tour de force, de prélever près de trois milliards de dollars au titre de commissions sur les transactions sur l’équipement et le ravitaillement des troupes de la coalition estimée à l’époque à 500.000 soldats de 26 nationalités.

Une telle ponction, exorbitante, et à certains égards indécente au regard des enjeux de l’époque et de la contribution réclamée par des tiers pour la défense du territoire national, aurait été passible partout ailleurs d’une comparution immédiate devant la cour martiale. Elle n’a donné lieu à aucun rappel à l’ordre familial, tout juste une discrète mise à l’écart provisoire de l’indélicat, qui s’est traduite pour l’exilé milliardaire de Londres par le rachat du journal « Al-Hayat ». Un traitement identique a été réservé à son frère, le prince Bandar Ben Sultan, ambassadeur d’Arabie saoudite aux Etats-Unis, mis en cause dans le scandale des rétro commissions de la commande d’avions de combat de fabrication britannique Toronado », promu par la suite président du Conseil National de Sécurité du Royaume. Une prime à la prévarication en quelque sorte.

IV • Ahmad Jaafar Kassem et Montazar al Zayédi, un contrepoint au comportement de vilénie

En contrepoint à ce comportement de vilénie, des actes de bravoure donneront ses titres de gloire au combat arabe. Tel le cas de Mohamad Bouazizi, mort le 4 janvier 2011 des suites de son immolation sur la place publique de Sidi Bouzid, en Tunisie, en signe de protestation contre l’arbitraire tunisien, l’étincelle au soulèvement populaire tunisien qui provoqua la chute de la dictature du Général Zine El Abidine Ben Ali, au terme de 23 ans d’arbitraire, de népotisme et de corruption. Mohamad Bouazizi a mis en application, dans sa chair, au prix de sa vie, la dernière partition de l’hymne national tunisien, « Namoutou Wa Yahya Al Watan », « Nous mourrons pour que vive la nation ».

Ou encore le cas de Ahmad Jaafar Kassem, qui se livrera à une mission sacrificielle, uniquement mu par le sens de l’honneur et l’amour de sa patrie, opérant un spectaculaire dynamitage du quartier général du commandement militaire israélien à Tyr, au sud Liban, provoquant la mort de 45 soldats israéliens et près de 200 blessés. Un bilan infiniment supérieur à la totalité des pertes cumulées infligées aux Israéliens tant par les 50.000 arabes afghans de la Légion islamique d’Afghanistan que par l’Arabie saoudite, dont les dépenses en armement se sont élevées au cours des cinquante dernières années à près de 300 milliards de dollars sans avoir tiré un seul coup de feu contre Israël.

Né le 1er septembre 1963 à Deir Kanoun, au sud Liban, dans la zone limitrophe d’Israël, mort le 11 novembre 1982 dans l’attaque du QG israélien de Tyr, Ahmad Jaafar Kassir, membre de la résitance islamique du Liban, est passé à la postérité comme l’initiateur des premières opérations de commando suicide contre les forces d’occupation israéliennes au sud Liban, qui déboucheront en 2000 sur le retrait israélien en l’an 2000, premier dégagement israélien d’un pays arabe non assorti d’un traité de paix ou d’une reconnaissance de l’Etat Hébreu.

Ou encore le cas de Mountazar Al Zaïdy, l’homme aux mains nues, qui a symboliquement brisé les chaînes qui entravaient ses compatriotes, en lapidant de sa chaussure, dans son fief de la zone verte de Bagdad, l‘enclave américaine transformée en camp retranché, l’homme le plus puissant de la planète, le 43me Président des Etats-Unis, le néo-conservateur George Bush jr. Le journaliste irakien, le plus célèbre lanceur de chaussures de l’histoire de l’humanité est apparu ainsi à de larges fractions de l’hémisphère sud, pas uniquement le Monde arabe et musulman, mais également en Amérique du sud, en Afrique, en Asie Pacifique, dans les banlieues d’Europe et d’Amérique du nord, comme un personnage de légende, le Spartacus des temps modernes, faisant du « bashing bush », le plus prisé des jeux de la blogosphère, c’est-à-dire dans le monde de l’information réelle. « Au nom des veuves et des orphelins d’Irak, prend donc ce baiser d’adieu, fils de chien », a-t-il asséné à l’envahisseur de son pays.

Mohamad Bouazizi, Ahmad Jaafar Kassem et Montazar Al Zaïdy ont retourné à leur compte la métaphore du faible au fort, se réappropriant le mythe du petit David bravant le géant Goliath, forçant au respect l’opinion internationale, sans la moindre rétribution, ni la moindre prébende, ni commissions ni rétro commissions, le lot quotidien des transactions militaires pétro monarchiques.


Le sursaut populaire arabe de l’hiver 2011 avec le renversement de deux dictatures Hosni Moubarak (Egypte) et Zine El Abidine Ben ALI (Tunisie), les soulèvements dans huit pays arabes (Libye, Bahreïn, au Yémen, Algérie, Maroc, Jordanie, Irak) illustrent l’usage que font les dirigeants arabes de leur surarmement, la répression de leur concitoyens plutôt que la défense de l’espace nationale arabe contre ses ennemis réels (Israël) ou virtuels (Iran).

Le contrat de l’ordre de 123 milliards de dollars, conclu à l’automne 2010 entre l’Amérique et quatre pays du Golfe, en vue de renforcer leur capacité défensive « face à l’Iran » constitue un témoignage éloquent de cette politique de dilapidation financière pour des motifs d’armement.

OPEP versus OPEA : La victoire des marchands d’armes sur les pétroliers (1)

Loin d’être un exercice d’auto flagellation, le constat est manifeste et le décompte affligeant. Pendant près d’un quart de siècle de 1970 à 1994, période marquée par une succession ininterrompue de conflits majeurs, la guerre civile jordano-palestinienne de « Septembre Noir » de 1970, la troisième guerre israélo-arabe d’octobre 1973, la guerre du Liban (1975-1990), la guerre Irak-Iran (1980-1989), la deuxième guerre du Golfe (1990-1991), sans parler de l’invasion américaine de l’Irak en 2003, le Moyen-Orient aura absorbé 45 pour cent des armes vendues au tiers monde, trente pour cent de la totalité des achats mondiaux d’armement, alors que sa population ne représente que cinq pour cent de celle de la planète au point de parvenir à posséder plus d’armements par habitant (pour les chars et l’artillerie) que la totalité de la trentaine de pays européens compris dans les anciens Pacte de l’OTAN et du Pacte de Varsovie (2)

Au premier rang des « conflits budgétivores », la guerre irako iranienne (1979-1989) et la guerre du Golfe (1990-, 1991) qui auront durablement compromis le développement économique de la région, ainsi que la guerre du Liban (1975-1990), qui aura complètement désarticulé un pays jadis pilote de l’ensemble arabe tant au niveau économique qu’au niveau de la pratique démocratique.

A raison de cinq cent millions de dollars par mois pour chacun des belligérants sur neuf ans, le conflit entre l’Irak et l’Iran, l’un des plus meurtriers de l’époque contemporaine avec un million de victimes (300.000 morts et 700.000 blessés) aura coûté la bagatelle de 108 milliards de dollars, sans compter les dégâts collatéraux infligés à l’occasion de la « guerre des pétroliers » (258 cargos, pétroliers et caboteurs détruits) provoquant en tonnage des pertes maritimes du même ordre que celles enregistrées pendant la Seconde guerre mondiale. Ces précisions n’incluent pas les dépenses d’armement.

Les Arabes ont déboursé 426 milliards de dollars en achat d’armement durant la décennie 1980-1990 et 60 milliards de dollars rien que dans les deux années qui ont suivi la Guerre du Golfe (1991-1992).

A lui seul le Koweït a déboursé en cinq ans (1990-1995), la fantastique somme de 70 milliards de dollars pour financer tout à la fois l’effort de guerre de la coalition internationale et sa reconstruction et préserver aussi son indépendance par des achats massifs d’équipements militaires et du matériel de sécurité.

Par leur coût opérationnel, leurs dégâts et les préjudices annexes, les deux guerres contre l’Irak (1990-1991 et 2003), auront coûté la bagatelle de mille six cent soixante dix (1.670) milliards de dollars, épongeant les surplus financiers gouvernementaux et gelant bon nombre de projets de développement à dimension interarabe.

La guerre de la coalition internationale contre l’Irak, consécutive à l’occupation du Koweït (1990-1991) a coûté 670 milliards de dollars aux pays arabes, selon le rapport du Conseil de l’Unité Economique Arabe paru en Août 1995 au Caire, tandis que l’invasion américaine de l’Irak, en 2003, infligeait, elle, des pertes de l’ordre de mille milliards de dollars (931 millions d’euro) au produit intérieur brut (PIB) des pays arabes du fait des pertes civiles et militaires, de la dégradation de l’environnement par l’usage des mines et des armes de destruction massive notamment l’uranium appauvri, de la baisse des recettes du transport aérien et maritime et de la hausse du coût des assurances et des réassurances (3).

Douze mille milliards de dollars de pertes au Moyen orient depuis 1991 Strategic Foresight Group (SFG), chiffre, quant à lui, à douze mille milliards de dollars la somme perdue suite aux guerres qui ensanglantent l’ensemble du Proche-Orient depuis 1991. Ce coût englobe aussi bien les pertes humaines que les dégâts infligés à l’écologie, aux répercussions sur l’eau, le climat, l’agriculture, en passant par la croissance démographique, le chômage, l’émigration, la hausse des loyers, le prix du pétrole, voire même l’éducation. Le rapport de 170 pages se fonde sur 95 paramètres. Plus de cinquante experts d’Israël, des territoires palestiniens, d’Irak, du Liban, de Jordanie, d’Egypte, du Qatar, du Koweït et de la Ligue arabe ont participé à cette étude menée ce groupe de réflexion basé en Inde et soutenu par la Suisse, la Norvège, le Qatar et la Turquie. Le chercheur indien Sundeep Waslekar, président du SFG, précise :

« On doit parler d’une cascade de coûts dont une partie n’est pas quantifiable financièrement comme les atteintes à la dignité humaine. » Le rapport pointe par exemple les centaines de milliers d’heures de travail perdues par les Palestiniens aux check points (barrages israéliens). Il révèle aussi que 91% des Israéliens vivent dans un perpétuel sentiment de peur et d’insécurité.

Au seuil du XXI me siècle, le Monde arabe apparaît ainsi comme une zone sous tutelle marquée par une présence militaire étrangère aussi importante qu’à l’époque coloniale avec un important pays, l’Irak, sous la coupe américaine, des bases dans le Golfe et des facilités militaires dans dix pays arabes, dont l’Egypte et l’Arabie Saoudite, deux des principaux chefs de file du monde arabe, soit la moitié des états de la Ligue arabe.

Pour la première fois dans l’histoire, la présence militaire américaine est institutionnalisée sur les zones pétrolifères du Golfe et de la péninsule arabique, à l’épicentre du monde arabe, Bagdad, l’ancienne capitale de l’Empire abbasside. Fragilisés par la flambée islamiste anti-américaine et le tribut de la guerre réclamé par Washington à ses obligés monarchiques, le Royaume wahhabite, jamais colonisé même sous l’empire ottoman, le Koweït et le Qatar se trouvent aussi sous un « protectorat de facto » des Etats-Unis. Soixante dix ans après la décolonisation du tiers-monde, l’ordre américain s’est substitué à l’ordre arabe,

Les convulsions guerrières de l’espace arabe du dernier quart de siècle (1975-2000) auront ainsi laissé sur le tapis 73 millions de pauvres, 65 millions d’analphabètes, dix millions de sous alimentés et douze millions de chômeurs, représentant 15 pour cent de la main d’oeuvre sur un marché du travail gravement segmenté et dysfonctionnel. Le PIB (produit intérieur brut) des 21 pays de la ligue était légèrement supérieur à celui de l’Espagne, en 1999, représentant la moitié du PIB par habitant de celui de la Corée avec un cinquième de la population vivant avec moins de deux dollars par jour.

Selon le rapport 2009 sur le développement économique du monde arabe, la zone compte le taux de chômage le plus élevé au monde, se situant à 14,4 % alors que la moyenne mondiale est de 6,3 %. Compte tenu de la croissance démographique actuelle, les pays arabes devront créer 50 millions d’emplois d’ici 2020 pour absorber l’augmentation prévue de la population active. « La richesse tant vantée des pays arabes provenant des hydrocarbures présente une image trompeuse de leur situation économique, qui masque les faiblesses structurelles de nombreuses économies arabes et l’insécurité des pays et des populations qui en résulte », dit Walid Khadduri, consultant pour le Middle East Economic Survey et membre de l’équipe principale de rédaction du Rapport arabe sur le développement humain 2009. Vingt pour cent (20 %) de la population de la région arabe vivent en deçà du seuil de pauvreté reconnu sur le plan international de 2 dollars par jour.

Toutefois, une proportion bien plus élevée de la population des pays étudiés dans le rapport, vit en deçà du seuil de pauvreté national et ne peut pas subvenir à ses besoins essentiels. En fait deux Arabes sur cinq (2 sur 5) vivent dans la pauvreté. Le nombre de personnes souffrant de malnutrition dans la région est passé de 19,8 millions en 1990-1992 à 25,5 millions en 2002-2004. Fait plus grave, un manque généralisé de sécurité humaine s’oppose au développement humain en ce que la sécurité humaine ne constitue pas uniquement une question de survie, mais pour les populations à risque à retrouver le cap d’une existence plus stable, au moyen des structures politiques, économiques, sociales et culturelles garantes d’un avenir meilleur.

Le Monde arabe compte trois cent vingt mille (320.000) millionnaires totalisant une fortune de 1,1 trillions de dollars (trois mille milliards de dollars), mais la recherche scientifique, pourtant un des leviers du décollage économique et stratégique arabe, demeure une activité marginalisée et apparaît comme le véritable parent pauvre des sciences humaines.

Le Monde arabe compte huit mille chercheurs (contre 400.000 aux Etats-Unis), dont certains figurent parmi les brillants cerveaux de la planète tel l’égypto américain Ahmad Zewail, Prix Nobel de Chimie 1999, professeur de physique et chimie à l’Université Caltech (Etats-Unis) et premier arabe détenteur de cette distinction. Il ne consacre pourtant que quatre dollars par habitant à la recherche scientifique, Soit 300 fois moins que les Etats-Unis tandis que les budgets affectés à la recherche ne représentent que 0,25% du PNB en moyenne dans les pays arabes, contre 3 à 3,5 pour cent dans les pays développés. Au niveau universitaire, les quelque 200 universités arabes consacrent près de 1% de leur budget annuel à la recherche, alors qu’aux Etats-Unis cette part dépasse souvent les 40 pour cent.

Près de cinquante ans après avoir brandi l’arme du pétrole, en octobre 1973, dans la foulée de la troisième guerre israélo-arabe, l’OPEP (organisation des pays exportateurs de pétrole), particulièrement le groupe arabe dont il était le fer de lance dans le combat pour son indépendance énergétique et sa promotion politique, aura finalement ployé devant l’OPEA (organisation des pays exportateurs d’armes), accentuant durablement la dépendance arabe. Ce résultat a été avalisé par la première guerre du Golfe qui constitue la »première alliance militaire objective entre Israël, l’Egypte et les pétromonarchies arabes, mais également la première guerre Nord-sud par la réalisation de l’union sacrée des consommateurs de pétrole contre l’un de leurs principaux fournisseurs du sud »(4). Un exploit financé de surcroît, faut-il le souligner, avec les deniers arabes.

Pour une rupture avec la logique de vassalité

Au delà de cette chronique d’une déconfiture annoncée, trois vérités s’imposent :

1ère vérité : Le monde arabe est redevable à l’Iran d’une part de sa culture et l’Islam, d’une part, de son rayonnement qu’il s’agisse du philosophe Al Fârâbî, du compilateur des propos du prophète Al Boukhary, du linguiste Sibawayh, du théoricien du sunnisme Al Ghazali, des historiens Tabari et Shahrastani, du mathématicien Al Khawarizmi (Logarithmes), et naturellement le conteur du célèbre roman Kalila wa Doumna, Ibn al Moukaffah et Avicenne et l’expansion de l’Islam en Asie centrale aux confins de la Chine n’a pu se faire sans le passage par la plateforme iranienne.

2ème vérité : Le monde arabe est redevable à l’Iran d’un basculement stratégique qui a eu pour effet de neutraliser quelque peu les effets désastreux de la défaite arabe de juin 1967, en substituant un régime allié d’Israël, la dynastie Pahlévi, le meilleur allié musulman de l’Etat hébreu, par un régime islamique, qui a repris à son compte la position initiale arabe scellée par le sommet arabe de Khartoum (Août 1967) des « Trois NON » (non à la reconnaissance, non à la normalisation, non à la négociation) avec Israël, offrant à l’ensemble arabe une profondeur stratégique en le libérant de la tenaille israélo iranienne, qui l’enserrait dans une alliance de revers , compensant dans la foulée la mise à l’écart de l’Egypte du champs de bataille du fait de son traité de paix avec Israël. La Révolution Islamique en Iran a été proclamée le 9 Février 1979, un mois avant le traité de Washington entre Israël et l’Egypte, le 25 mars 1979.

En retour, les Arabes, dans une démarche d’une rare ingratitude, vont mener contre l’Iran, déjà sous embargo, une guerre de dix ans, via l’Irak, éliminant au passage le chef charismatique de la communauté chiite libanaise, l’Imam Moussa Sadr (Libye 1978), combattant dans le même temps l’Union soviétique en Afghanistan, le principal pourvoyeur d’armes des pays du champ de bataille contre Israël.

3eme vérité : Le Monde arabe s’est lancé, au-delà de toute mesure, dans une politique d’équipements militaires, pendant un demi siècle, payant rubis sur ongle de sommes colossales pour d’arsenal désuets, pour des livraisons subordonnées à des conditions politiques et militaires draconiennes, alors que, parallèlement, les Etats-Unis dotaient, gracieusement, Israël de son armement le plus sophistiqué.

Israël a bénéficié, à ce titre, de cinquante et un (51) milliards de dollars de subventions militaires depuis 1949, la majeure partie depuis 1974, plus qu‘aucun autre pays de la période postérieure à la II me Guerre mondiale, selon une étude du spécialiste des affaires militaires Gabriel Kolko, parue dans la revue « Counter punch » en date du 30 mars 2007 (5).

A cette somme, il convient d’ajouter 11,2 milliards de dollars de prêts pour des équipements militaires ainsi que 31 milliards de dollars de subventions économiques, sans compter la promesse de George BushJr, au terme de son mandat, de fournitures de l’ordre de trente milliards de dollars, dont des missiles à guidage laser, des bombes à fragmentation, des bombes à implosion, un dôme d’acier de protection anti balistique, en vue de préserver la suprématie militaire israélienne au Moyen Orient

A deux reprises au cours du dernier quart de siècle, les pays arabes ont participé à des guerres lointaines par complaisance à l’égard de leur allié américain, parfois au détriment des intérêts à long terme du monde arabe, s’aliénant même un allié naturel, l’Iran un voisin millénaire, dans la plus longue guerre conventionnelle de l’époque contemporaine, sans pour autant bénéficier de la considération de leur commanditaire américain.

A l’apogée de sa puissance, au plus fort de son alliance avec l’Iran, l’Amérique n’a jamais réussi à faire restituer à leur propriétaire arabe légitime ces trois îlots. En phase de puissance relative, saura-elle au moins protéger durablement ces relais régionaux, au moment où ses déboires en Irak et en Afghanistan la place sur la défensive, alors que, parallèlement, l’Iran, fort de sa maîtrise de la technologie nucléaire et des succès militaires des ses alliés régionaux, le Hezbollah (Liban), Moqtada Sadr (Irak) et le Hamas (Palestine) se pose en parfait contre exemple de la servitude monarchique, avec un rayonnement se projetant bien au-delà des zones à fortes minorités chiites arabes dans les régions pétrolifères d’Arabie Saoudite, de Bahreïn, du Koweït, d’Irak, et dans la zone limitrophe d’Israël dans le sud du Liban pour s’étendre à l’ensemble de la sphère arabo musulmane ?

Plus précisément, l’Amérique, pourra-t-elle protéger ses relais des turbulences internes attisées par les frasques monarchiques répétitives, en parfait décalage avec les dures conditions de la réalité quotidienne de la multitude de leurs concitoyens et qui gangrènent inexorablement les assises de leur pouvoir ?.

Le Monde arabe a engagé près de deux mille milliards de dollars au titre des dépenses militaires depuis le dernier tiers du XX me siècle, soit environ 50 milliards de dollars par an en moyenne, sans avoir pu se doter ni d’une capacité de projection de puissance, ni d’une capacité de dissuasion nucléaire, encore moins de la capacité spatiale du renseignement, autant d’attributs de la puissance moderne qui lui font cruellement défaut à l’ère de la société de l’information et de son application militaire, l’info guerre.

Une telle disparité de traitement entre Israéliens et Arabes au regard des Américains, l’un s’équipant à l’œil, alors que les autres sont contraints de payer cash, en dépit de la contribution financière et humaine des pays arabes aux équipées américaines tant en Afghanistan qu’au Nicaragua contre le bloc soviétique, de même que leur comportement erratique à l’égard de leurs alliés naturels (l’Union soviétique et l’Iran), expliquent le discrédit du monde arabe sur la scène internationale et une part de son collapsus stratégique.

La récente tournée de Hilary Clinton, secrétaire d’état dans le Golfe, le 10 janvier 2011, pour mobiliser les pétromonarchies face à l’Iran, à la veille de la conférence d’Ankara entre l’Iran et les Occidentaux, parait avoir pâti des révélations de WikiLeaks sur la duplicité et la connivence des riverains arabes du Golfe, à l’égard de leur voisin iranien. Le Sultanat d’Oman, le plus pro occidental des états de la région, qui abrite la base aéro navale britannique de Massirah, s’est refusé à se joindre à de nouvelles sanctions. Oman envisage d’aménager un port stratégique à AD DOKKOM, à l’intersection du Golfe arabo-persique et de l’Océan indien, pour servir de débouché au marché iranien et à l’Asie centrale. Ce projet, d’une valeur de 26 milliards de dollars, serait prolongé d’une voie ferrée menant au port de SAHHAR, au-delà, au port iranien de Bandar Abbas, le point de transit vers l’Iran et le Caucase.

Telle devrait être la leçon à méditer, alors que les pétromonarchies s’engagent dans une aventure aux conséquences incertaines, une nouvelle équipée pour les besoins stratégiques de leur maître américain, pour le plus grand bénéfice de son allié israélien.

Telle est la leçon à méditer afin d’éviter que les factotums sunnites ne soient à nouveau « les dindons de la farce », la risée universelle de la planète, les grands perdants de l’histoire, entraînant dans leur chute l’ensemble des pays arabes. L’éviction de Hosni Moubarak (Egypte), de Zinedine ben Ali (Tunisie) et le vent d’Est qui fait tanguer Bahreïn, la Libye, la Jordanie, le Yémen, l’Algérie et le Maroc en constituent la sanction d’un sursaut salutaire.

Sauf à entraîner le monde arabe dans un déclin irrémédiable, une claire rupture avec la logique de la vassalité s’impose, alors que la scène internationale s’achemine vers un choc entre le leader en devenir (la Chine) et la puissance déclinante (les Etats-Unis), impliquant une vaste redistribution des cartes géopolitiques à l’échelle planétaire.

Références

1- Pour la problématique du collapsus arabe, Cf. « Aux origines de la tragédie arabe » par René Naba – Editions Bachari Paris 2006 particulièrement le prologue « Une démocratie cathodique »

2- Marie Luce Dumas in « Moyen-Orient/Occident : Ordres et désordres », Armement, courses et contrôle- Les Cahiers de l’Orient N°29, premier trimestre 1993 et « Les cent portes du Proche-Orient »- Alain GRESH et Dominique Vidal- Les éditions de l’Atelier Octobre 1996.

3- Déclaration de MILWATT TALLAMI, secrétaire général de la commission économique et sociale de l’ONU pour l’Asie occidentale (ESCWA), in Le Monde 2 avril 2003. A cela il convient d’ajouter les pertes des financières arabes, en 1997-1998, de l’ordre de cent (100) milliards de dollars du fait de l’effondrement de l’économie russe et de la crise financière asiatique. Une perte de cinquante milliards de dollars a été enregistrée lors du Krach boursier d’octobre 1997 du fait de la dévalorisation de leurs placements à l’étranger, qui sont, eux, estimés entre 600-800 milliards de dollars, la moitié appartenant aux pétromonarchies du Golfe, la majeure partie concentrée dans les pays grands pays industrialisés (Etats-Unis, Grande-Bretagne, Allemagne, Suisse, France), dont 20 pour cent en bons du trésor. (Al-Charq Al-Awsat, 9 janvier 1999).

4- Jacques Attali, « VERBATIM » Tome 3 (1988-1991)- Fayard- octobre 1995

5- Gabriel Kolko, spécialiste de l’histoire militaire, est l’auteur de plusieurs ouvrages de référence -« Anatomie d’une guerre, le Vietnam, les Etats-Unis et l’expérience historique moderne » -« La grande histoire de la Guerre mondiale -« Century of war : Politique, conflits et société depuis 1945 »


OUMMA

René Naba

Ancien responsable du monde arabo-musulman au service diplomatique de l’Agence France Presse, ancien conseiller du Directeur Général de RMC/Moyen orient, chargé de l’information.

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