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13 février 2011 7 13 /02 /février /2011 09:11

Egypte, Tunisie: la révolution des dessinateurs

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Les dessins jouent un rôle essentiel dans les mouvements tunisiens et égyptiens. Comme dans toute révolution.

Ca y est. Grâce à un mouvement de protestation sans précédent, le président égyptien Hosni Moubarak a démissionné au moment où je publie cet article. Les manifestations pourraient toutefois se poursuivre, dans les prochains jours, sur la place Tarhir du Caire, devenue le symbole de la révolution en Egypte. Après tout, les Tunisiens continuent de manifester, un mois et demi après le début de leur propre révolution, malgré la fuite du despote Ben Ali. Quelles que soient les issues de ces deux soulèvements, ils auront rassemblé autour de mêmes frustrations jeunes et vieux, professeurs ou artisans, chômeurs et ingénieurs et… quelques dessinateurs, qui ont pris part à la contestation.

En Tunisie, -z- est l’un des plus actifs, notamment sur la Toile. Sur son blog Debatunisie, qu’il a lancé il y a plus de trois ans, il livre depuis le début du mouvement de contestation ses humeurs par des dessins qu’il accompagne généralement d’un court texte. De la violence de la répression aux promesses tardives de Ben Ali, rien n’a échappé à son coup de crayon aguerri. Depuis le départ de l’ancien dictateur, il continue à croquer l’actualité de son pays, avec ses multiples remaniement ministériels, ses doutes et ses espoirs. Des dessins parfois drôles, souvent amers, toujours percutants.

Malgré l’évolution de la situation dans le pays, -z- a décidé de rester anonyme, en attendant de voir la suite des événements. S’il a conscience du rôle éminemment politique de ses dessins, qui circulent à vitesse grand V sur les réseaux sociaux depuis le début de la contestation, il refuse de prendre parti estimant que ce n’est pas là son rôle. “Je n’ai pas la prétention de proposer quoi que ce soit de politique à part défendre la liberté d’expression et de m’inscrire pleinement dans les contre-pouvoirs et la critique en continuant à exercer l’art de la caricature“ écrivait-il ainsi il y a trois semaines sur son blog.

Comme de nombreux caricaturistes, -z- a su créer tout un univers, un folklore récurrent à travers ses dessins, qu’il a eu l’occasion de détailler dans une interview téléphonique accordée au Monde.fr. Il explique par exemple que le tigre qu’il dessine régulièrement est un clin-d’oeil a une des révélations de Wikileaks, qui a publié un câble diplomatique où l’on apprenait que Ben Ali avait un tigre de compagnie.

Si -z- est l’exemple typique d’un dessinateur aguerri, la Tunisie et l’Egypte ont aussi vu fleurir nombre de graphistes amateurs à l’occasion de leurs révolutions. Car avec les outils informatiques, il est à présent aisé de créer facilement un photomontage ou une caricature, que l’on diffuse sur les réseaux sociaux ou que l’on exhibe lors de manifestations. C’est par exemple le cas de ces deux Cairotes qui conjuguent soulèvement populaire et arts plastiques:

Et puis, bien sûr, il y a tous les dessinateurs de presse étrangers qui s’en donnent à coeur joie depuis le début des mouvements, comme Denis Pessin, sur Slate.fr. C’est d’ailleurs assez amusant de comparer leur point de vue, forcément plus lointain, avec celui de dessinateurs locaux. Les enjeux ne sont pas les mêmes, les étrangers se focalisant plus, par exemple, sur les possibilités de contagion des mouvements à d’autres pays. Courrier International a ainsi répertorié quelques exemples de dessins de presse sur la Tunisie, ici. Ou alors, une galerie de dessins sur l’Egypte.

Le mouvement est tel qu’il n’est d’ailleurs pas seulement réservé aux dessinateurs de presse. Evoquons par exemple le beau dessin de Boulet, qu’il a diffusé sur sa page fan Facebook alors que l’issue des manifestations étaient encore incertaine. Illustration notable car l’auteur du blog Bouletcorp n’est pas coutumier des dessins politiques (à moins qu’imaginer une planète envahie par des extraterrestes ou ravagée par des zombies soit un scénario politique).

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Révolutions et dessins, une histoire d’amour

Il n’y a rien d’étonnant à voir les dessinateurs prendre part aux soulèvements dans le monde arabe. Il en a toujours été ainsi. Avec la liberté de la presse s’est développée la liberté de caricaturer, dès la révolution française en France, puis tout le long du XIXème siècle. Le dessin a une première fonction, celle de suivre l’air du temps de la révolte et de transmettre une information. Comme un slogan, il est facilement diffusable, et il peut être reproduit. C’est pour l’instant ce que l’on voit dans les révolutions arabes, ou dans cette couverture du Rire rouge de 1917, lors de la révolution Russe.

Il a ensuite une deuxième étape. Figer dans la mémoire collective les symboles de la révolution, par des oeuvres souvent de plus grandes qualités. Les nouveaux régimes qui vont être mis en place, démocratique ou pas, devront se créer une nouvelle image, pour remplacer la précédente. Les communistes Russes ou Chinois ont été très forts pour ça. En France, le Serment du Jeu de Paume de David ou la Liberté guidant le peuple de Delacroix sont devenus en quelque sorte des piliers de notre démocratie.

Le tableau de Delacroix est impressionnant dans le sens où il a largement dépassé sa fonction première qui été de représenter la révolution de juillet 1830. Il est aujourd’hui un symbole de la liberté et de la démocratie en générale, en France et dans le monde. Souhaitons à un des dessins produits lors des révolutions arabes d’avoir le même destin.

Laureline Karaboudjan

Illustration de une de -z- (son blog)


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