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5 février 2011 6 05 /02 /février /2011 08:55

Comment les années Ben Ali ont ruiné l'économie de la Tunisie

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Par Catherine Coroller

La Bourse de Tunis, le 1er février 2011.

La Bourse de Tunis, le 1er février 2011. (REUTERS)

  • Réduire la taille de police

L’économie tunisienne a pâti de l’ère Ben Ali. «La corruption, le népotisme, la prédation, l’absence de respect des règles de droit, l’imprévisibilité de la justice, ont considérablement porté atteinte au climat des affaires et à l’incitation à investir», affirme Mahmoud Ben Romdhane, professeur d’économie à l’université de Tunis, et membre du secrétariat du Ettajdid (ex-parti communiste). Particulièrement touchées, les entreprises privées tunisiennes.

«L’un des problèmes de ce pays est le manque d’investissement de leur part. Pour ne pas s’exposer aux appétits de la famille Ben Ali-Trabelsi, elles avaient recours à une forme d’autolimitation», explique Bertrand Furno, chef du service économique régional de l’ambassade de France. Ce contexte a eu des conséquences sur la croissance et le chômage. «Du fait du déficit d’investissement, j’estime à 200.000 les opportunités d’emploi perdues sur la période 1995-2010», calcule Ben Romdhane.

«Un appareil de contrôle pléthorique»

A sa décharge, «le secteur privé était pressuré, poursuit cet économiste. Il n’y a pas une entreprise qui n’ait pas été contrainte d’acheter du matériel pour le compte du RCD [le parti politique de Ben Ali, ndlr] ou de verser des montants colossaux [on parle de centaines de milliers de dinars, ndlr] pour soutenir le Président lors des élections». Chaque entreprise abritait également une cellule du RCD.

Ces ponctions s’expliquent par le coût de l’Etat Ben Ali, «un appareil de répression et de contrôle de la population pléthorique», selon Mahmoud Ben Romdhane: 150.000 policiers (autant qu’en France pour un pays de 10 millions d’habitants) et 8 à 10.000 personnes détachées de l’administration et des entreprises publiques auprès du RCD. L’un des outils de «pressurisation» du pouvoir était le fameux 2626, numéro de compte d’un soi-disant fond de solidarité nationale.

«Chaque travailleur devait payer, raconte Ali, salarié d’un grand groupe. Au début, tout le monde était pour. La première fois, mon frère a donné 500 dinars. Ce montant a été ensuite reconduit d’année en année. Dans la fonction publique, il y avait des barêmes. C’était retenu sur le salaire des gens. J’ai de la chance. Mon patron est très social. C’est mon entreprise qui payait pour moi.» Cette cagnotte, sur laquelle le Parlement n’avait aucun contrôle, et dont on ignore le montant, aurait servi de caisse noire au régime Ben Ali.

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