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7 septembre 2012 5 07 /09 /septembre /2012 23:09

Colères d’Arabie : la passionnaria

ovni

@angryarabiya a plus de 45 000 followers sur Twitter. C’est l’une des passionnarias de la défense des droits humains à Barheïn qui, depuis le printemps 2011, fait l’objet d’une vague de protestations populaires ayant causé des dizaines de morts du côté des manifestants, des milliers d’arrestations. En février 2011, elle était menottée et traînée par les mains pour avoir osé manifester seule, sur un rond-point. En novembre, elle bloquait, seule, un convoi de véhicules de police, en refusant de bouger, comme le montrent ces vidéos :

   

 

@angryarabiya n’a plus rien tweeté depuis fin juillet : le 2 août, elle a été interpellée parce qu’elle manifestait une fois de plus, seule, sur un rond point, la jambe plâtrée. Fin juin, la police avait en effet tiré une grenade lacrymogène dans sa jambe. Devant son refus de coopérer avec les policiers venus l’embarquer, une policière demanda à son chef ce qu’elle devait faire si la jeune femme refusait de donner un échantillon de son sang : “Plantez l’aiguille dans le cou.”

Accusée d’avoir “détruit des biens gouvernementaux” (lors d’une précédente incarcération, elle avait déchiré, en prison, une photo du roi de Barheïn), de “participation à un rassemblement illégal“, d’”incitation à la haine contre le régime“, ainsi que d’avoir fait obstacle à la circulation, elle sera jugée en septembre, octobre, et novembre.

Zainab Al-Khawaja devant le Bahreïn Financial Harbor de Manama (21/4/2012). Photo sur Twitter de @Kareemasaeed via Global Voices.

Zainab Al-Khawaja devant le Bahreïn Financial Harbor de Manama (21/4/2012). Photo sur Twitter de @Kareemasaeed via Global Voices.

@angryarabiya, Zainab Al-Khawaja de son vrai nom, a 29 ans, et une petite fille de deux ans. Ce qui ne l’avait pas empêché de faire une grève de la faim, l’an passé, pour protester contre l’incarcération de son père, de son mari et de son beau-frère :

Si mon père meurt, je veux mourir aussi. Notre père nous a toujours appris qu’il valait mieux mourir dignement que vivre comme des esclaves.

Zainab a grandi, en exil, dans ce qu’elle qualifie de “famille d’activistes“, et porte une admiration sans borne à son père. Abdulhadi al-Khawaja, recherché par les autorités parce qu’il militait dans un comité de défense des prisonniers politiques à Barheïn, a vécu à Londres dans les années 80, avant d’obtenir l’asile politique au Danemark, puis la nationalité danoise. Co-fondateur du Centre bahreïni des Droits humains (BHCR), il est retourné vivre dans son pays en 2001, à la faveur d’une loi d’amnistie, et de l’engagement de la monarchie d’autoriser les ONG de défense des droits de l’homme. En 2004, le BHCR était interdit, et il a depuis été de nombreuses fois harcelé, frappé, interdit de voyager, incarcéré et torturé.

En janvier 2009, il avait ainsi osé dénoncer publiquement la corruption du régime, les arrestations arbitraires, le recours régulier à la torture, et appelé à la désobéissance civile non violente, ce qui lui avait valu d’être poursuivi pour “propagande” visant à renverser le régime.

Le site web du BHCR fait partie du millier de sites dont l’accès est censuré par les autorités à Barheïn, qui n’hésitent pas à attaquer journalistes et médias. Le site documente (attention : images choquantes) ainsi les nombreux cas de torture et les blessures imputables aux policiers. Des dizaines d’enfants et adolescents ont été maltraités, et des dizaines de manifestants, dont de nombreux enfants, adolescents et personnes âgées, ont été tués par les policiers qui n’hésitent pas à tirer des grenades lacrymogènes, ou à la chevrotine, dans leurs jambes ou dans leurs têtes.

Manifestation de soutien à Abdulhadi al-Khawaja organisée par Amnesty International au Danemark

Manifestation de soutien à Abdulhadi al-Khawaja organisée par Amnesty International au Danemark

Abdulhadi al-Khawaja fait aujourd’hui partie des 13 de Barheïn, du nom donné aux treize figures de l’opposition, défenseurs des droits de l’homme blogueurs et démocrates incarcérés au printemps 2011. Le 9 avril 2011, il était arrêté chez lui, en pleine nuit, par une vingtaine de policiers cagoulés, frappé jusqu’au sang par cinq d’entre eux, traîné par le cou dans l’escalier et emmené, inconscient, au poste de police, avec ses deux gendres, sans que sa famille n’apprenne ce qui leur était reproché.

Abdulhadi al-Khawaja a été condamné en juin 2011 par la justice militaire barheïnie à la prison à perpétuité pour avoir “organisé et dirigé une organisation terroriste“, “tenté de renverser le gouvernement par la force et en lien avec une organisation terroriste travaillant pour un pays étranger” et “collecte d’argent destiné à une organisation terroriste“, au terme d’une parodie de procès dénoncée par de nombreuses ONG, les Nations unies, l’Union européenne, la France ou encore les États-Unis. Le 25 mai 2012, il cessait une grève de la faim qui aura duré 110 jours, après avoir enfin été autorisé à venir témoigner, sur un fauteuil roulant, devant la Cour suprême de Barheïn.

Son témoignage est terrifiant : les coups qui lui ont été portés par les policiers ont entraîné des fractures de la mâchoire et du nez ; opéré dans un hôpital militaire, on lui a placé 18 plaques métalliques et 40 vis pour ressouder les os cassés ; sa convalescence aurait dû durer trois mois, mais après avoir passé 6 jours à l’hôpital, les yeux bandés, menottés à son lit, harcelé la nuit par des hommes le menaçant de viol et lui faisant subir des attouchements sexuels, il fut placé à l’isolement pendant deux mois dans une cellule non éclairée, sans sortir et sans contact avec l’extérieur d’une prison militaire. Toutes les nuits, après minuit, des gardiens masqués entraient dans les cellules, faisant subir des violences physiques, verbales et sexuelles à chacun des détenus, un par un, afin que tous les autres puissent entendre leurs cris.

Un jour, il fut autorisé à se raser et à porter un costume, afin de rencontrer un “représentant personnel” du roi qui lui proposa de “demander pardon au roi pour ce que j’avais fait” devant une caméra de télévision, ce qu’il refusa. Déshabillé de force par ses tortionnaires, qui commençaient à le violer, Abdulhadi al-Khawaja explique que pour que ces violences cessent, “je ne pouvais faire qu’une seule chose” : leur échapper, et se cogner la tête contre le sol jusqu’à perdre conscience, et alors que ses fractures n’avaient pas encore cicatrisé.

Ce 4 septembre 2012, la justice barheïnie a confirmé les peines de prison infligées aux “13 de Barheïn“. Sept d’entre eux, dont al-Khawaja, sont condamnés à la prison à vie. A l’annonce du verdict, des affrontements ont opposés manifestants et policiers, les premiers étant dispersés à coups de bombes assourdissantes, grenades lacrymogènes et tirs de chevrotine.

Fond d'écran du profil Twitter de Nabeel Rajab

Fond d'écran du profil Twitter de Nabeel Rajab

Assange interroge les révoltes arabes

Assange interroge les révoltes arabes

Julian Assange poursuit sa carrière de journaliste sur la télévision russe RT. Ce nouvel épisode de "The World Tomorrow" ...

Nabeel Rajab (@NabeelRajab, 171 000 abonnés sur Twitter), est le successeur d’Abdulhadi al-Khawaja à la tête du Centre bahreïni des Droits humains. Il a lui aussi été plusieurs fois poursuivi, ou incarcéré, notamment en raison de ce qu’il publiait sur Twitter. En avril 2011, il était ainsi accusé d’avoir “fabriqué” la photographie d’un manifestant mort sous la torture en prison. L’accusation fut finalement abandonnée après l’inculpation des cinq gardiens responsables de sa mort.

En mai 2012, il écrivait, sur Twitter, qu’il allait accorder une interview à Julian Assange. Dans la foulée, sa maison était “encerclée par près de 100 policiers armés avec des mitrailleuses“, comme il l’a expliqué au fondateur de WikiLeaks, apparemment amusé d’avoir ainsi pu berner les autorités, qui n’avaient pas pu l’empêcher d’aller à Londres pour témoigner dans l’émission télévisée d’Assange :

Quand ils ont réalisé que je n’étais pas à la maison, ils ont demandé à ma famille de me dire d’aller au ministère public aujourd’hui à 4h. Mais je suis ici.

C’était la nuit dernière, mais je suis habitué. Je dois y retourner, je dois y faire face. Vous savez ce n’est pas la première fois mais c’est aussi ça la lutte. C’est pour la liberté, c’est pour la démocratie que nous nous battons. Tout ça a un prix et nous devons le payer, et ce prix pourrait être votre vie, mais nous sommes prêts à payer pour les changements que nous revendiquons.

Interrogé sur ses deux enfants, de 9 et 14 ans, Nabeel Rajab explique avoir été contraint de les changer d’école parce qu’ils étaient harcelés par d’autres enfants de membres de la famille au pouvoir, et qu’ils sont à la tête de chaque manifestation, avec lui, parce que leur maison a été aspergée de gaz lacrymogène plus de 20 fois l’an passé, et parce qu’ils ont vu leur père être tiré de son lit et roué de coups en pleine nuit, devant eux.

De retour à Barheïn, Nabeel Rajab était arrêté dès sa descente d’avion, et incarcéré pendant 2 semaines pour avoir, sur Twitter, accusé le ministre de l’Intérieur de n’avoir pas suffisamment enquêté sur la mort de plusieurs civils.

Le 9 juillet, il était de nouveau arrêté par des hommes masqués et incarcéré à cause d’un tweet qualifié de “diffamatoire” : il avait osé écrire que le premier ministre n’était pas “populaire“, ce qui lu a valu d’être condamné à 3 mois de prison, peine qui a depuis été cassée. Accusé d’avoir participé à trois manifestations non autorisées, il a par ailleurs écopé d’une peine de trois ans d’emprisonnement, et sera jugé en appel le 10 septembre prochain.

Les noms de ces défenseurs des droits de l’homme, et les actes de torture dont ils ont été les victimes, ont été exploités de façon particulièrement cynique dans une tentative d’espionnage d’opposants politiques impliquant un marchand d’armes britannique spécialisé dans les technologies de surveillance numérique (voir Colères d’Arabie : le logiciel espion).

Nabeel Rajab, Abdulhadi et Zainab Al-Khawaja

Nabeel Rajab, Abdulhadi et Zainab Al-Khawaja


Pour en savoir plus sur la situation à Barheïn, vous pouvez également suivre @maryamalkhawaja, la soeur d’@angryarabiya, fille de Abdulhadi al-Khawaja, qui a pris la succession de Nabeel Rajab à la tête du Centre bahreïni des Droits de l’homme.

La galerie est visible ici. Les photos et légendes proviennent du compte twitter d’@angryarabiya sauf mention contraire. Réalisée avec l’aide d’Ophelia Noor.

Colères d’Arabie : le logiciel espion

Colères d’Arabie : la passionnaria

Colères d’Arabie : la passionnaria

Le Barheïn vient de condamner le principal défenseur des droits de l'homme barheïni à la prison à perpétuité, après ...

Au printemps dernier, un Bahreïni exilé à Londres, une économiste britannique résidant à Barheïn et le propriétaire d’une station service en Alabama, naturalisé Américain, recevaient un petit e-mail émanant apparemment d’une journaliste d’Al-Jazeera.

Il y était question d’un rapport rédigé par Zainab Al-Khawaja au sujet des tortures infligées à Nabeel Rajab, deux des défenseurs des droits de l’homme incarcérés à Barheïn, suivi de cette précision :

Merci de vérifier le rapport détaillé en pièces jointe, avec des images de torture.

Quelques jours plus tard, ils recevaient d’autres emails évoquant l’arrestation d’opposants barheïnis, ou encore l’agenda du roi de Barheïn, et systématiquement accompagnés de fichiers compressés en pièce jointe, laissant penser qu’il pourrait s’agir de virus informatiques.

Ces e-mails, transmis au journaliste de Bloomberg Vernon Silver (qui a particulièrement suivi l’utilisation de technologies de surveillance occidentales par les dictatures arabes), ont ensuite été analysés par deux chercheurs associés au Citizen Lab, un laboratoire de recherche canadien qui étudie notamment les technologies de surveillance politique.

Morgan Marquis-Boire, un ingénieur en sécurité informatique travaillant chez Google, est un spécialiste (.pdf) des logiciels espions utilisés par les barbouzes libyens et syriens pour pirater les ordinateurs des cyber-dissidents. Bill Marczak, un doctorant en informatique de Berkeley, fait quant à lui partie de Bahrain Watch, qui veut promouvoir la transparence au Bahreïn, et dont le site tient la comptabilité des manifestants et civils tués par les autorités, des armes (chevrotine, grenades et gaz lacrymogènes) achetées à des entreprises occidentales, et des entreprises de relations publiques anglo-saxonnes financées par le régime.

Un gros requin de l’intrusion

Un gros requin de l’intrusion

En partenariat avec WikiLeaks, OWNI révèle le fonctionnement de FinFisher, l'une de ces redoutables armes d'espionnage ...

En analysant les e-mails envoyés aux défenseurs des droits de l’homme barheïnis, les deux chercheurs ont découvert un logiciel espion particulièrement perfectionné, utilisant une “myriade de techniques destinées à échapper à toute forme de détection“, notamment par les antivirus, dont le code n’en mentionnait pas moins, et plusieurs fois, le mot FinSpy, la société Gamma International, et le nom de plusieurs de ses responsables.

FinSpy, à en croire cette proposition de contrat trouvée en mars 2011 dans l’un des bâtiments de la sécurité égyptienne après la chute du régime Moubharak, est vendu près de 300 000 euros. C’est l’un des produits phares de la gamme d’outils de “lutte informatique offensive” commercialisés par FinFisher (aileron de requin, en anglais), filiale de la société britannique Gamma, spécialisée dans les systèmes de surveillance et d’interception des télécommunications. Owni avait déjà eu l’occasion de présenter sa gamme de produits, et même de réaliser un montage vidéo à partir des clips promotionnels expliquant le fonctionnement de ses logiciels.

Cliquer ici pour voir la vidéo.

Des chevaux de Troie dans nos démocraties

Des chevaux de Troie dans nos démocraties

OWNI lève le voile sur les chevaux de Troie. Ces logiciels d'intrusion vendus aux États, en particulier en France et en ...

A l’occasion de l’opération SpyFiles, WikiLeaks et Privacy International avaient révélé que FinFisher faisait partie des cinq marchands d’armes de surveillance numérique spécialisés dans les chevaux de Troie. Derrière ce nom, des logiciels espions créés pour prendre le contrôle des ordinateurs qu’ils infectent afin d’activer micro et caméra, d’enregistrer toutes les touches tapées sur le clavier (et donc les mots de passe) ou encore les conversations sur Skype, par messagerie instantanée, par e-mail etc. avant de renvoyer, de façon furtive et chiffrée, les données interceptées via des serveurs situés dans plusieurs pays étranger.

Un autre chercheur en sécurité informatique a ainsi réussi à identifier des serveurs utilisés pour contrôler FinSpy, et donc espionner des ordinateurs, en Estonie, Éthiopie, Indonésie, Lettonie, Mongolie, au Qatar, en république tchèque et aux USA, mais également en Australie, ainsi qu’à Dubai, deux des pays placés “sous surveillance” dans le classement des Ennemis d’Internet émis par Reporters sans frontières.

Dans une seconde note, publiée fin août, CitizenLab révèle avoir identifié d’autres serveurs dans 2 des 12 pays considérés comme des “Ennemis d’Internet” par RSF : l’un au Barheïn, l’autre contrôlé par le ministère des télécommunications du Turkménistan, considéré comme l’un des régimes les plus répressifs au monde.

Les deux chercheurs détaillent par ailleurs le fonctionnement de FinSpy Mobile, qui permet d’infecter les iPhone et autres téléphones portables Android, Symbian, Windows et Blackberry, afin de pouvoir espionner les SMS, emails et télécommunications, exfiltrer les contacts et autres données, géolocaliser le mobile, et même d’activer, à distance, le téléphone à la manière d’un micro espion, sans que l’utilisateur ne s’aperçoive de la manipulation.

A Bloomberg, qui l’interrogeait, Martin J. Muench, 31 ans, le concepteur de FinFisher, a nié avoir vendu son cheval de Troie à Barheïn, tout en reconnaissant qu’il pourrait s’agir d’une version de démonstration de son logiciel espion qui aurait été volée à Gamma.

Au New York Times, où il démentait toute espèce d’implication, expliquant, tout comme l’avait fait Amesys, que ses produits ne servaient qu’à combattre les criminels, à commencer par les pédophiles :

Les utilisations les plus fréquentes visent les pédophiles, les terroristes, le crime organisé, le kidnapping et le trafic d’être humain.

Dans une déclaration publiée moins d’une heure après la publication de la deuxième note de Citizen Lab, Martin J. Muench envoyait un communiqué mentionné par le New York Times pour expliquer que l’un des serveurs de Gamma aurait été piraté, et que des versions de démonstrations de FinSpy auraient bien été dérobées. Dans la foulée, plusieurs des serveurs utilisés par FinFisher pour permettre aux données siphonnées de remonter jusqu’à leurs donneurs d’ordre ont disparu des réseaux.

Comme notre enquête sur Amesys, le marchand d’armes français qui avait créé un système de surveillance généralisé d’Internet à la demande de Kadhafi (voir Au pays de Candy) l’avait démontré, les logiciels espions et systèmes d’interception et de surveillance des télécommunications ne font pas partie des armes dont l’exportation est juridiquement encadrée (voir Le droit français tordu pour Kadhafi). Aucune loi n’interdit donc à un marchand d’armes occidental de faire commerce avec une dictature ou un pays dont on sait qu’il se servira de ces outils pour espionner opposants politiques et défenseurs des droits humains.

François Hollande recevant le roi Hamed ben Issa al-Khalifa de Barheïn

François Hollande recevant le roi Hamed ben Issa al-Khalifa de Barheïn

Interrogé lors d’un point presse ce 4 septembre, le porte-parole de l’ambassade de France à Barheïn a expliqué avoir “appris avec déception les décisions de la Cour d’appel du Bahreïn qui confirment les lourdes peines infligées à ces opposants” :

Le cas de Monsieur Khawaja nous préoccupe tout spécialement. Nous espérons vivement qu’un réexamen de ces condamnations aura lieu lors d’un éventuel pourvoi en cassation.

Nous restons préoccupés par la persistance des tensions dans le royaume de Bahreïn et rappelons notre profond attachement aux principes de liberté d’expression et de droit à manifester pacifiquement.

Le 23 juillet dernier, François Hollande recevait très discrètement le roi du Bahreïn, Hamed ben Issa Al Khalifa, à Paris. Etrangement, cette visite officielle ne figurait pas sur l’agenda du président, et n’a été connue que parce qu’une journaliste de l’AFP a tweeté, interloquée, leur poignée de main sur le perron de l’Elysée. Officiellement, côté français, il a été question de la situation en Syrie, et de la menace nucléaire en Iran. Jean-Paul Burdy, maître de conférences à l’Institut d’Etudes Politiques de Grenoble, relève cela dit que l’agence de presse de Barheïn avance que de nombreux autres sujets ont été abordés, y compris la coopération entre les deux pays en matière de lutte contre “toutes les formes de terrorisme et d’extrémisme“, ainsi que de “l’importance de la promotion de la démocratie et des droits humains“.

Au lendemain de cette visite, la presse barheïnie salue en “une” l’accord de coopération signé entre la France et le Barheïn, et visant à mettre en place, souligne Le Monde, des réformes dans les secteurs de la presse et de la justice, ce qui fait bondir l’opposition :

La France prend le risque de devenir la complice des tours de passe-passe de la monarchie, s’indigne Abdel Nabi Al-Ekry, un vieil opposant de gauche. Comment peut-elle prétendre réformer la justice bahreïnie alors que 21 des dirigeants de l’opposition croupissent en prison, au terme de procès bidons ? C’est décevant de la part d’un socialiste comme Hollande.

Au pays de Candy

Au pays de Candy

Candy : c'est le nom de code de l'opération organisée depuis la France et consistant à aider le régime de Kadhafi à ...

L’agenda de l’Élysée, dépiauté par Rue89, révèle qu’”au moins six autres représentants de pays autoritaires ou franchement dictatoriaux ont été reçus par François Hollande depuis son élection“, alors même que François Hollande avait pourtant promis de “ne pas inviter de dictateurs à Paris“. Cinq d’entre eux sont soupçonnés d’avoir voulu acheter le système Eagle de surveillance généralisé de l’Internet conçu par la société française Amesys à la demande de Kadhafi, et dont le nom de code, en interne, était Candy, comme bonbon, en anglais.

À la manière d’un mauvais polar, les autres contrats négociés par Amesys portent en effet tous un nom de code inspiré de célèbres marques de friandises, bonbons, chocolats, crèmes glacées ou sodas : “Finger” pour le Qatar (sa capitale s’appelle… Doha), “Pop Corn” pour le Maroc, “Kinder” en Arabie Saoudite, “Oasis” à Dubai, “Crocodile” au Gabon, et “Miko” au Kazakhstan, dont le dictateur-président est le seul à ne pas avoir encore été reçu par François Hollande, quand bien même il utiliserait par contre le système FinSpy de FinFisher.

Depuis le classement sans suite de la plainte déposée à l’encontre d’Amesys, à la veille de la présidentielle, le nouveau gouvernement ne s’est jamais prononcé sur cette affaire, par plus que sur l’implication de Claude Guéant, Brice Hortefeux et des services secrets français, non plus que sur une éventuelle interdiction, à l’exportation, de la commercialisation des armes de surveillance numérique.

Petit manuel de contre-espionnage informatique

Petit manuel de contre-espionnage informatique

GPS, téléphones portables, logiciels espions: les outils de la surveillance se démocratisent. Conseils utiles pour s'en ...

Pour se prémunir de ce genre de chevaux de Troie, Citizen Lab rappelle tout d’abord que ces logiciels espions ne peuvent être installés que si le pirate a un accès physique à la machine (ordinateur ou téléphone portable), ou si la victime accepte d’ouvrir une pièce jointe ou une application que les espions prennent cela dit généralement soin de maquiller de sorte qu’elle émane d’une personne ou institution de confiance. Les chercheurs recommandent également de régulièrement mettre à jour systèmes d’exploitation et logiciels -à commencer par l’anti-virus, les suites Office, Acrobat, Java, Flash, en vérifiant que les mises à jour proviennent de sources légitimes et de confiance-, mais également d’installer des fonds d’écran protégés par mot de passe (pour éviter à un intrus de profiter d’une pause pipi pour pirater votre système), et enfin d’utiliser si possible des mots de passe forts, et des logiciels de chiffrement. Voir aussi, à ce titre, notre petit manuel de contre-espionnage informatique.


Illustration de couverture par Cédric Audinot pour Owni ~~~~=:)
Photo de requin par scubaden (cc-byncnd)

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