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6 février 2011 7 06 /02 /février /2011 14:16

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CHRONIQUE DU MONDE ARABE

La peur au ventre

Tous les régimes arabes passeront irréversiblement à la casserole tôt ou tard

Chronique du monde arabe

par Chérif BOUDELAL - 4 février 2011 - immigrationstorys@yahoo.fr

Quand les peuples se réveilleront leurs bourreaux trembleront.

Laissez-nous juste terminer nos mandats, nous ne nous représenteront plus aux élections présidentielles, nos enfants ne se présenteront pas non plus. Nous levons l’état d’urgence, nous faisons baisser les prix, luttons contre la corruption et proclamons même la démocratie, etc. Telles sont les implorations et promesses des tyrans arabes aujourd’hui après le tsunami de la Tunisie et de l’Egypte notamment. Ces promesses ont été d’abord faites par le sanguinaire Ben Ali, le bourreau du peuple tunisien (vingt trois ans au pouvoir), puis par Moubarak, le tyran des Egyptiens (trente ans au pouvoir), et puis par Ali Abdellah Salah (trente deux ans au pouvoir), ou encore la volte face de Bouteflika qui a fait baisser les prix et fait d’autres concessions pour calmer le peuple en colère. Tous ces présidents cités sont des ex-militaires « travestis en civils » dont la carrière présidentielle est illimitée ; et même quand la
constitution limite les mandats, ils l’arrangent à leur profit pour demeurer au pouvoir à vie, ou le donner à un héritier lorsqu’ils ne peuvent plus bouger.

Ils sont des monarques sans titre et/ou des présidents sans légitimité. Quant aux monarques attitrés, où un semblant de démocratie existe, leurs peuples vident leur colère sur les gouvernements élus « démocratiquement » dont les dirigeants proviennent souvent des partis dits d’opposition, comme en Jordanie ou au Maroc. Dans ces pays, on est certes libre de critiquer les gouvernements tant qu’on ne dépasse pas la ligne rouge, c’est-à-dire de critiquer les rois, puisque ces derniers sont généralement des descendants directs de la famille du prophète, ou prétendant l’être ; et donc ils ne sont pas sujets aux critiques. C’est une règle dans l’islam, ou plutôt ce qu’est inculqué aux peuples ; on n’a pas le droit de critiquer tout ce qui vient du côté de la famille du prophète (c’est le cas des royaumes d’Arabie Saoudite, de Jordanie et du Maroc). Et dans ce cas précis, l’immunité de la famille royale est totale,
les sujets doivent s’abstenir de la critiquer même si ses membres commettent des injustices les plus aveugles ou des crimes moraux ou physiques les plus barbares.

Que les royalistes me pardonnent de dire que leurs rois, s’ils persistent dans leurs politiques de mépris envers leurs peuples dont la majorité d’entre eux ne mangent pas à leur faim, ils finiront tôt ou tard par passer casserole comme les autres bourreaux de leurs acabits. Comme dit l’adage « trop de pression provoque l’explosion », et les peuples arabes, en majorité écrasante, en ont déjà beaucoup trop que le seuil tolérable.

Dernières nouvelles

Egypte

En Egypte, ce « vendredi de la colère » a vu manifester encore des millions dans toutes les villes du pays. Sur la place Tahrir, au centre du Caire, il y avait plus de deux millions de manifestants ; à Alexandrie environ un million et dans les autres villes le nombre varie entre des dizaines et des centaines de milliers. Malgré la détermination des manifestants, la situation reste inchangée au palais « royaliste » de Moubarak. Lors d’un entretien téléphonique avec Obama, Moubarak aurait affirmé (d’après Al Jazeera) qu’il était prêt à démissionner, mais il a « peur que le pouvoir tombe entre les mains des frères musulmans qui mèneront le pays à la dérive ». Moubarak joue désespérément sa dernière carte en jouant sur les sentiments des « anti-terroristes » occidentaux, en espérant faire changer d’avis des USA et de ses alliés pour renverser la vapeur en sa faveur. Mais ces derniers voient en lui un cadavre encombrant,
ils essaient plutôt de s’accrocher aux fringues des futurs nouveaux dirigeants qui accéderont au pouvoir instamment afin de préserver leurs intérêts, et peut-être leur domination sur la politique du nouveau régime.

Pour rassurer les occidentaux et mettre Moubarak dos au mur, les dirigeants des frères musulmans ont affirmé qu’ils n’ont aucunement l’intention de présenter une candidature aux élections présidentielles, ni ne participer au prochain gouvernement. Quant aux peuple égyptien, il est déterminé à continuer ses manifestations et rassemblements jusqu’à la victoire totale, c’est-à-dire jusqu’à ce que Moubarak démissionne des ses fonctions de président. Les manifestations de soutien à la révolution égyptienne se multiplient à travers le monde, aussi bien en en Occident qu’en Orient.

Les milices de Moubarak font la chasse aux journalistes en général, et aux journalistes étrangers en particulier, car ils ne veulent pas qu’ils montrent les marées humaines qui rejettent le système et réclament la démission de leur bourreau. Ils ont une haine particulière envers les journalistes d’Al Jazeera, car cette chaîne couvre les événements vingt quatre heures sur vingt quatre, et passe les images en direct. Le régime ne veut pas non plus qu’ils montrent la brutalité que ces milices exercent contre les manifestants. Le vice président, Omar Sulaiman, a « regretté » que « des pays amis permettent à des chaînes de télévision de dénigrer l’Egypte », sans nommer toutefois la chaîne qatarie.

Dernière nouvelles du Caire

Le ministère de la santé donne les nombres de morts et de blessés de la semaine : onze morts dans les affrontements d’hier jeudi, lors de l’attaque des milices du régime contre les manifestants de la place Tahrir, cinq mille blessés comptabilisés (depuis vendredi dernier) dont beaucoup d’entre eux sont dans un état grave, d’autres dans un état très graves. La chaine de TV Al Jazeera a montré pour la première fois une voiture portant la plaque diplomatique fonçant à toute allure sur la foule, tuant et blessant plusieurs personnes. Cette image a été prise le 28 janvier, près de la place Tahrir, par un amateur d’Internet qui l’a publiée sur Facebook. Elle a montré aussi un fourgon de police qui fonçait sur des manifestants en renversant plusieurs d’entre eux. Les manifestants ont arrêté plusieurs miliciens du régime dont certains avaient des cartes de policiers sur eux, occupant des voitures bourrées d’armes.

Yémen

Au Yémen, les manifestations continuent de façon sporadique depuis plusieurs semaines. Ce vendredi il y aurait plus de cent mille manifestants à Sanaa qui réclament le départ de leur bourreau, Ali Abdellah Salah. Bien que ce dernier ait promis de ne plus se présenter aux élections présidentielles prochaines, les manifestants veulent sa démission immédiate. Les policiers et miliciens du régime ont agressé les manifestants et arrêté plusieurs s d’entre eux.

Algérie

Le président algérien, Abdelaziz Bouteflika a créé la surprise par sa déclaration, quelque peu tardive, de lever l’état d’urgence (en place depuis 1992). Par ailleurs, il a donné l’ordre aux médias étatiques (radios et télévisions notamment) « d’assurer » désormais la couverture des activités de l'ensemble des partis politiques légaux, entre autres, en leur ouvrant de « façon équitable » leurs canaux, selon l'Agence de presse APS. Sachant que ces médias n’avaient pour rôle que de vanter le pouvoir en place et les partis qui le soutiennent.

La surprise ne vient pas du fait qu’il ait déclaré la levée de l’état d’urgence, mais elle vient plutôt de sa reconnaissance implicite d’avoir exercé une politique antidémocratique sur son peuple depuis son arrivée au pouvoir en 1999.

Par cet ordre officiel donné aux médias pour ouvrir leurs canaux à l’opposition, il a reconnu avoir muselé le peuple algérien durant sa présidence dont le troisième mandat encours expirera en 2014. Il convient de rappeler quand même que Bouteflika est le plus démuni en matière d’ancienneté au pouvoir par rapport au aux autres présidents arabes, puisqu’il n’aura (meskine) que quinze ans au pouvoir au terme de son mandat !

Bouteflika a fait une erreur monumentale, celle d’avoir exclu la capitale, Alger, de cette levée de l’état d’urgence ; mais aussi d’avoir marginalisé des partis politiques « non reconnus », notamment « les islamistes », comme si leurs adhérents n’étaient pas des citoyens comme les autres. Ceci montre qu’il n’a rien compris dans la politique sociale et sociologique du peuple algérien qui n’a fait qu’une hibernation passagère dont le réveil ne doit pas tarder si les injustices sociales et politiques continuaient à sévir au sein des masses populaires laissées pour compte.

Si j’ai un conseil à donner à Bouteflika, en tant que citoyen algérien, c’est de lui recommander de lever toute interdiction sur le peuple ; mais aussi de s’adresser aux Algériens pour leur dire qu’il ne se présentera plus aux élections présidentielles à venir. De leur dire également qu’il n’est qu’un pion entre les mains de quelques généraux qui se partagent les secteurs économiques du pays, provoquant le chômage chez beaucoup de citoyens, obligeant nombre d’entre eux à fuir le pays quand ils le peuvent, et d’autres à se résigner à faire le « trabando » pour faire vivre leurs familles.

Le tsunami populaire mettra fin aux dictateurs du monde arabe

Tous les rois et président-rois dits arabes ont perdu leur sommeil en voyant le raz de marée qui a emporté Ben Ali, mais aussi Moubarak qui est en train de faire ses valises et négocie son départ avec ses maître d’hier (les dirigeant des USA) qui le remercient cyniquement pour ses bons et loyaux services.

Tous ces régimes gouvernent leurs peuples avec une main de fer, se croyant propriétaires éternels de leur pays, alors qu’ils ne sont que des tigres en papier, comme disait Mao Zedong. Dans tous ces pays où les peuples veulent en finir avec leurs tortionnaires, on assiste à un changement à bâton rompu dans les discours des dirigeants arabes ; chacun de ces tyrans au pouvoir espère qu’il en soit épargné, en prenant des initiatives de « réformer leurs politiques ». Il a fallu que des centaines de morts et des milliers de blessés (en Tunisie et en Egypte) pour que ces bourreaux acceptent « d‘instaurer la démocratie », alors qu’ils étaient sourds aux nombreux appels de détresse de leurs peuples qui souffraient de leurs jougs. De qui se moque-t-on ? Peut-on croire que les dictateurs d’hier puissent devenir des démocrates aujourd’hui ou demain ?

Après les Tunisiens, les Egyptiens et les Yéménites sont en train de transformer le visage de leurs systèmes politique, voire de leurs sociétés. A qui sera le tour dans les jours, les semaines ou les mois à venir ? C’est difficile de répondre à cette question puisque le tsunami est généralement imprévisible et prend de cout toutes les prévisions. Mais on peut imaginer que tous les bourreaux sont en trin de préparer leurs valises, car « Arrahil - le départ » est devenu irréversible pour eux tôt ou tard. Il n’y a plus de palace aux tyrans dans ce monde arabe dont les peuples n’en peuvent plus.

Les peuples veulent s’émanciper et pouvoir choisir démocratiquement ceux qui les gouvernent ; ils veulent vivre libres et dignes, ayant un pouvoir qui instaure une justice pour tous sur le même pied d’égalité. Ils ne veulent plus que leurs richesses soient partagées entre des bandes de voleurs au pouvoir qui n’ont aucune gêne de vivre dans l’opulence, alors que la majorité du peuple vit en dessous du seuil de pauvreté. Enfin, ils veulent vivre dans un système politique et social juste, où les richesses nationales doivent être réparties équitablement sur l’ensemble des citoyens.

L’Histoire nous a appris que les justes luttes des peuples sont invincibles, et la victoire de chacune d’entre elle est irréversible. Que le combat pour l’émancipation des peuples arabes continue jusqu’à la victoire finale, car les droits ne se donnent pas mais ils s’arrachent.

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