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3 janvier 2013 4 03 /01 /janvier /2013 11:16

PARTIE 2

Bourguiba a entamé une politique d'ouverture envers les dirigeants du Mouvement des Démocrates Socialistes, politique d'ouverture qui a été déjà préconisée en 1979.

Il faut dire que Bourguiba a vu cette nécessité d'ouverture de son parti le P.S.D. à d'autres sensibilités politiques pour mieux les encadrer politiquement surtout que la Tunisie avait connu le 26 janvier 1978 de grandes manifestations menées par l'organisation syndicale l' U.G.T.T. Les évènements du commando de Gafsa survenus le 26 janvier 1980 et la maladie de Hédi Nouira un mois plus tard, ont pesé lourdement sur les intentions de Bourguiba, l'incitant davantage vers l'ouverture politique de son parti à des éléments de l'opposition. Mais cette ouverture politique est très timide, car ne pouvant se faire que dans le respect du monopole du P.S.D. et du régime de Bourguiba...

Faisant suite à cette ouverture politique, le 8 mars 1980, Bourguiba a présidé au Palais de Carthage, la réunion du bureau politique du P.S.D. Et à l'initiative du Président, le bureau politique du P.S.D. par la voix de son Président Mohamed Sayah a arrêté trois résolutions dont la troisième a entériné cette ouverture politique dans les termes suivants :
" Levée de la décision d'exclusion du Parti en date du 21 janvier 1972 prise à l'encontre de M.Ahmed Mestiri, de la décision en date du 10 mars 1974 portant suspension des activités de Mme. Radhia Haddad au sein du Parti et de la décision d'exclusion du Parti émanant du 9ème Congrès du parti en septembre 1974 à l'encontre de MM.Béji Caïd Essebsi, Mohamed Ben Amara, Hassib Ben Ammar, Sadok Ben Jemaa, Habib Boularès, Mohamed Salah Belhaj et Mohamed Moada. En vertu de la levée de ces décisions, les sus-nommés recouvrent leurs droits en tant que membres actifs du Parti" .
Ahmed Mestiri et Mohamed Moâda qui appartiennent au M.D.S. ont répondu défavorablement à l'appel de Bourguiba estimant que le geste de Bourguiba bien qu'il procède de "bonnes intentions", " ne modifie pas fondamentalement les données des problèmes qui se posent au pays à l'heure actuelles".
En effet, Ahmed Mestiri a eu un entretien avec Bourguiba le 6 mars 1980 au sujet de son intégration dans le gouvernement de Bourguiba et son parti le P.S.D. mais Ahmed Mestiri dans sa réplique a décliné cette proposition en soulignant : " la nécessité de dresser un bilan complet et sincère de la situation et de procéder aux changements substantiels et indispensables répondant aux aspirations du peuple tunisien et aux impératifs de l'avenir."
Toutefois, d'autres dirigeants du M.D.S. n'ont pas été opposés au geste de Bourguiba préconisant l'ouverture politique comme : Habib Boularès, Radhia Haddad, Béji Caïd Essebsi, Mohamed Amara, Hassib Ben Ammar, Sadok Ben Jemaâ et Mohamed Salah Belhaj.
L'ouverture politique de Bourguiba visait en réalité l'intégration des dirigeants du M.D.S. non seulement au Gouvernement mais aussi au P.S.D. de Bourguiba. C'était la meilleur solution pour affaiblir le M.D.S et l'encadrer politiquement.
Toutefois, parmi les membres du M.D.S., il y avait uniquement deux membres qui ont accepté de rejoindre le Gouvernement de Mohamed Mzali et d'intégrer le P.S.D. : il s'agissait de Sadok Ben Jemaâ et Béji Caïd Essebsi. Mais Bourguiba a exigé de Sadok Ben Jemaâ et de Béji Caïd Essebsi d'intégrer le parti politique du P.S.D. comme condition préalable à leur nomination au sein du Gouvernement de Mohamed Mzali.
Cette condition a été acceptée par Béji Caïd Essebsi et Sadok Ben Jemaâ impliquant ainsi leur démission du "Mouvement des Démocrates Socialistes", mouvement qui n'a pas encore reçu l'autorisation de se constituer en parti politique, au cours de l'année 1980.
En ce qui concerne Béji Caïd Essebsi, celui-ci a rapidement répondu positivement à l'appel de Bourguiba et a été reçu par ce dernier le 17 mars 1980. ( voir le quotidien tunisien "La Presse" du 18 mars 1980 ).
Dans une interview publiée par le journal français " l'express " en date du 16 juillet 2009, intitulée : Béji Caïd Essebsi : Bourguiba, " ni despote...ni démocrate " propos recueillis par la journaliste Dominique Lagarde, Béji Caïd Essebsi a déclaré à propos de son entretien qu'il a eu avec Bourguiba le 17 mars 1980 concernant son intégration au gouvernement et au P.S.D., que : "... Bourguiba est un pragmatique qui sait composer avec les forces en présence. Lorsqu'il m'a demandé, après la nomination en 1980 de Mohamed Mzali au poste de Premier ministre, de revenir au gouvernement - où je n'étais plus depuis le début des années 1970 - j'ai d'abord refusé. Il m'a demandé pourquoi. Je lui ai alors expliqué que je ne croyais plus au parti unique. Je voulais rester destourien, contrairement à Mestiri, mais je pensais que d'autres formations que la nôtre devaient pouvoir exister..."
D'abord, Béji Caïd Essebsi pour sauver son honneur a fait semblant d'avoir refusé la proposition de Bourguiba d'intégrer le Gouvernement et le P.S.D : ce qui d'ailleurs n'est pas véridique puisqu'il a accepté cette proposition au motif qu'il veut rester "destourien, contrairement à Ahmed Mestiri".
Ainsi, Béji Caïd Essebsi tourne son dos à Ahmed Mestiri et à son M.D.S, le 17 mars 1980 en acceptant d'intégrer le gouvernement de Bourguiba, oubliant toutes ses critiques formulées de 1971 à 1974 contre Bourguiba et à son régime, période durant laquelle Béji Caïd Essebsi ne se revendiquait pas de sa qualité de destourien mais se revendiquait de son appartenance à l'aile libérale au sein du M.D.S. en rejoignant le combat d'Ahmed Mestiri... Quant à son argument de vouloir intégrer le gouvernement de Bourguiba parce qu'il voulait rester destourien, cette argumentation a été d'ailleurs critiquée par Bourguiba qui dénonçait en 1974 le recours à cette référence de la qualité de destourien invoquée par l'aile libérale dont faisait partie Béji Caïd Essebsi. Lors de sa conférence de presse du 15 septembre 1974, Bourguiba a dénonçé le recours à l'étiquette de destourien invoquée par l'aile libérale dont faisait partie Béji Caïd Essebsi( voir supra sous VI), en soulignant : "" Je ne pense pas qu'un Parti aussi ouvert au dialogue que le nôtre doive se plier aux caprices des trois tondus et de quatre pelés dont le rôle se limite à créer des diversions. J'estime en toute conscience qu'il faudrait se débarrasser de ces personnes qui se servent de leurs qualité de Destouriens comme couverture pour saboter les travaux de ce congrès et pour s'imposer une seconde fois en usant des mêmes méthodes détournées que lors du précédent congrès.Si réellement, Béji Caïd Essebsi prétendait défendre le pluralisme et la démocratie, pourquoi a-t-il accepté d'intégrer le P.S.D. de Bourguiba ainsi que son gouvernement en 1980 et pourquoi s'il voulait défendre le pluralisme et la démocratie, n'a--t-il pas réagi en refusant d'intégrer le gouvernement comme cela a été fait parAhmed Mestiri ? On ne peut pas défendre le pluralisme en intégrant le P.S.D. et en quittant le M.D.S. car Bourguiba ne voulait pas réellement introduire le pluralisme...
D'ailleurs, à ce sujet, Ahmed Mestiri a eu un entretien avec Bourguiba le 6 mars 1980 au sujet de son intégration dans le gouvernement de Bourguiba et son parti le P.S.D. Cependant, contrairement à Béji Caïd Essebsi, Ahmed Mestiri dans sa réplique a décliné cette proposition au motif de la : " la necessité de dresser un bilan complet et sincère de la situation et de procéder aux changements substantiels et indispensables répondant aux aspirations du peuple tunisien et aux impératifs de l'avenir." ( déclaration rapportée par l'Agence TAP du samedi 8 mars 1980 )
En acceptant d'intégrer le P.S.D. de Bourguiba, Sadok Ben Jemaâ a été nommé le 15 avril 1980 comme Ministre des Transports et des Communications en remplacement de Hassan Belkhoja. Il en est de même pour Béji Caïd Essebsi qui a été nommé le 4 septembre 1980 comme Ministre délégué auprès du Premier Ministre.Cette première désignation de Béji Caïd Essebsi dépendant directement du premier Ministre Mohamed Mzali était un test pour contrôler les futurs agissements de Béji Caïd Essebsi, notamment à l'égard du M.D.S. Lors du 11ème Congrès extraordinaire des 10-11 avril 1981, Béji Caïd Essebsi a été élu comme membre du Comité Central du P.S.D. Également, le 15 avril 1981, Bourguiba en désignant les membres du Bureau politique du P.S.D., a désigné Béji Caïd Essebsi comme nouveau membre de ce Bureau politique.Ce même jour du 15 avril 1981, Bourguiba a nommé Béji Caïd Essebsi comme Ministre des affaires étrangères, fonction qu'il avait occupé jusqu'au 15 septembre 1986, connaissant lors de son Ministère beaucoup d'évènements maléfiques ( menaces militaires de Kadhafi sur la Tunisie avec exclusion des travailleurs tunisiens de la Lybie en 1985, raid d'Israël en 1985 sur le quartier de l'O.L.P. de Yasser Arafat à Hammam-Chatt, aux environs de Tunis, etc...). Cette nouvelle nomination était destinée à éloigner Béji Caïd Essebsi des affaires intérieures pour éviter le scénario d'Amed Ben Salah lorsque Béji Caïd Essebsi était Ministre de l'intérieur de 1965 à 1970 (voir supra sous II).
Lors des élections législatives anticipées du 1er Novembre 1981, Béji Caïd Essebsi a été élu député à la Chambre des Députés. Cependant, les élections législatives ont été truquées pour ne pas permettre aux mouvements d'opposition, notamment le "Mouvement des Démocrates Socialistes" (M.D.S.), et le "Mouvement de l'Unité Populaire" (M.U.P.) d'Ahmed Ben Salah, ainsi que le mouvement du Parti Communiste, d'avoir les 5% des voix votants, leur permettant d'être reconnus légalement . Lors de l'interview précitée publiée dans le journal français " l'Express" en date du 16 juillet 2009, la journaliste Dominique Lagarde avait demandé à Béji Caïd Essebsi sa réaction devant les élections législatives du 1er novembre 1981 qui étaient truquées et pourquoi n'a-t-il pas démissionné ? Voici la réponse de Béji Caïd Essebsi en reproduisant le questionnaire de la journaliste Dominique Lagarde :
question de Dominique Lagarde :
" Mais la tentative d'ouverture du régime, que l'on attendait à l'occasion des élections législatives de 1981, échoue lamentablement. On bourre les urnes pour empêcher les partisans de Mestiri d'entrer au Parlement et d'obtenir les 5 % qui permettraient au MDS d'avoir une existence légale. Sans qu'aucun des partisans de la démocratisation du régime ne démissionne..."
Réponse de Béji Caïd Essebsi :
"On n'a pas bourré les urnes. On a décidé, avant même l'ouverture du scrutin, d'ignorer le vote des électeurs et de publier des résultats fabriqués de toutes pièces. Le gouvernement était divisé sur cette question du multipartisme et, malheureusement, nous n'avons pas tous tenu le même discours à Bourguiba. Moi, je n'étais plus en première ligne, car le chef de l'Etat m'avait entre-temps demandé de prendre le poste de ministre des Affaires étrangères, ce qui était aussi une façon de m'éloigner de la politique intérieure. Le ministre de l'Intérieur, Driss Guiga, était, lui, convaincu que Bourguiba, en dépit de ses déclarations devant le congrès du parti, ne voulait pas du multipartisme. J'ignore quelle a été la teneur exacte de ses conversations avec le président, je ne sais pas non plus s'il a reçu de sa part des instructions précises, ou s'il a interprété ses désirs. Il a en tout cas concouru à altérer la portée de ces élections, qui dev aient être le moment de vérité du gouvernement Mzali."
Question de Dominique Lagarde :
"Pourtant, personne n'a démissionné, même pas vous, qui aviez quitté avec fracas, en 1972, votre poste d'ambassadeur en France..."
Réponse de Béji Caïd Essebsi :

"Non. Mzali, le chef du gouvernement, informé par Guiga la veille même des élections, a publiquement regretté par la suite de ne pas avoir claqué la porte à l'occasion de cet échec. Nous, les autres ministres de l'ouverture, n'avons appris que plusieurs mois plus tard ce qui s'était réellement passé, même si nous étions conscients que le crédit du gouvernement était atteint"...
En faisant le commentaire de ces déclarations, Béji Caïd Essebsi a affirmé qu'il n'était pas en première ligne lors de ces élections législatives du 1er novembre 1981 parce qu'il a été nommé Ministre des affaires étrangères. Néanmoins, il convenait de rappeler que Béji Caïd Essebsi avait oublié qu'il était candidat lors de ces élections législatives du 1er novembre 1981 et qu'il était également élu député à l'issue de ces élections. Par conséquent, étant élu député lors de ces élections législatives du 1er novembre 1981, Béji Caîd Essebsi a bien suivi le déroulement de ces élections tout en étant bien placé pour connaître de la réalité du trucage de ces élections, trucage qui va à l'encontre de la politique tendant au pluralisme préconisée par Bourguiba et par son Premier Ministre Mohamed Mzali... Mais alors que Béji Caïd Essebsi avait toujours prétendu défendre le pluralisme et la démocratie, si telle a été ses intentions pourquoi n'a-t-il pas démissionné de son siège de député, siège obtenu d'une élection truquée allant à l'encontre du pluralisme et de la démocratie ?...! Selon ses dires, Béji Caïd Essebsi n'avait appris que quelques mois plus tard de la réalité du trucage des élections législatives du 1er novembre 1981. Si réellement Béji Caïd Essebsi était honnête, il devrait démissionner lorsqu'il avait pris connaissance du trucage de ces élections et non pas conservé son siège de député jusqu'au 2 novembre 1986, sachant bien que son mandat a été obtenu grâce à des élections truquées...! ?
Dès le début de l'année 1986, la course à la succession de Bourguiba s'est confirmée par des remaniements ministériels. Les émeutes du pain en 1984, les manifestations incessantes du Syndicat U.G..T.T durant les années 1982-1985, les menaces de la Lybie sur la Tunisie durant les années 1984-1985 et le raid d'Israël en 1985 sur le quartier de l'O.L.P, près de Tunis, et l'ensemble de ces évènements ont affaibli le régime de Bourguiba. A cela, il convient d'ajouter le vieillissement de Bourguiba qui de plus en plus a du mal à contrer ses adversaires qui sans cesse cherchent à lui succéder...
C'est dans ce contexte que le 8 juillet 1986, sous l'influence du clan Hédi Baccouche et le général Ben Ali ( le président déchu), le Président Bourguiba a démis Mohamed Mzali de sa fonction de Premier Ministre lui reprochant d'être laxiste envers les islamistes et a nommé Rachid Sfar pour assurer désormais cette fonction de Premier Ministre.
Avec la destitution de Mohamed Mzali, le Président Bourguiba a procédé à des remaniements ministériels. Ainsi, Bourguiba avait mis fin le 15 septembre 1986 à la fonction de Béji Caïd Essebsi en tant que Ministre des affaires étrangères le remplaçant à cette fonction par Hédi Mabrouk. Et dès le début de l'année 1987, Bourguiba avait nommé Béji Caïd Essebsi comme Ambassadeur en Allemagne de l'Ouest. Ainsi, Béji Caïd Essebsi s'est trouvé pour la troisième fois nommé Ambassadeur, mesure qu'il a toujours considéré comme une sanction l'éloignant du territoire tunisien.
VIII- Sous le régime du président déchu Ben Ali, Béji Caïd Essebsi adhère rapidement en 1988, au parti de Ben Ali en tant que membre du Comité Central du "Rassemblement Constitutionnel Démocratique" (R.C.D.), en étant élu député et désigné Président de l'Assemblée Nationale...
Le président Ben Ali qui est militaire de carrière au grade de général a adhéré tardivement au P.S.D. durant les années 80, Il a été introduit au P.S.D par Hédi Baccouche qui d'ailleurs a participé le 7 novembre 1987 à la destitution de Bourguiba, conjointement avec Kamel Eltaïef, Mohamed Chokri, le Général Habib Ammar et le Général Abdel.Hamid Bescheikh

Le régime de Ben Ali et son parti politique le "R.C.D". ne doivent pas se confondre avec le parti le "P.S.D" de Bourguiba.

L'année 1988 a connu une certaine ouverture politique notamment à des anciens destouriens de Bourguiba et des opposants du M.D.S. Cependant, cette ouverture politique a pris fin rapidement après les élections présidentielles et législatives du 2 avril 1989 lorsque Ben Ali a commencé sa purge à l'encontre de tous les éléments opposés à sa politique, notamment les islamistes, les partis politiques de gauche, les avocats défendant les droits de l'homme, et les anciens bourguibistes et anciens destouriens, notamment les amis de Mohamed Mzali, etc...
Il faut rappeler que le président déchu Ben Ali et Béji Caïd Essebsi se connaissait depuis les années 60 et ont travaillé ensemble lorsque du 7 novembre 1969 au 12 juin 1970, Béji Caïd Essebsi a été nommé Ministre d'Etat, délégué auprès du Premier Ministre Bahi Ladgham, chargé de la défense. Durant cette période, Ben Ali qui était au grade militaire de Commandant, occupait le poste de Directeur de la Sécurité militaire placé sous les ordres de Béji Caïd Essebsi et de Bahi Ladgham. Dès l'arrivée de Ben Ali, le 7 novembre 1987, certains Ministres de Ben Ali comme Hédi Baccouche, Hamed Karoui, Abderrahim Zouari, Abdelaziz Ben Dhia et Chedly Neffati ont participé activement à mettre fin au parti du P.S.D. de Bourguiba pour donner naissance le 27 février 1988 à un nouveau parti baptisé le "Rassemblement Constitutionnel Démocratique" (R.C.D. ) . Lors de la première réunion du Congrès du R.C.D baptisé le Congrès du Salut qui s'est tenue du 29 au 31 juillet 1988, Béji Caïd Essebsi a été désigné par Ben Ali comme membre de ce comité central R.C.D pour 5 ans. D'ailleurs sur les 200 membres de ce Comité Central du R.C.D, 122 membres ont été désignés directement par Ben Ali. De même, Béji Caïd Essebsi a été membre du Comité central du R.C.D lors des élections du Comité Central en 1993 et en 1998 qui ont lieu respectivement du 29 juillet 1993 au 1er août 1993 réunissant le 2ème Congrès du R.C.D., baptisé le Congrès de la persévérance et du 30 juillet 1998 au 2 août 1998 , réunissant le 3ème Congrès du R.C.D, baptisé le Congrès de l'Excellence.
De même, lors des élections législatives du 2 avril 1989, Béji Caïd Essebsi a été élu député d'appartenance R.C.D., à la Chambre des Députés, dans la criconscription de Tunis pour une durée de cinq ans expirant le 20 mars1994. Et pourtant ces élections législatives ont été largement truquées en faveur du R.C.D., mettant Béji Caïd Essebsi en contradiction avec ses déclarations en faveur du respect des urnes et de la démocratie. En effet, ces élections du 2 avril 1989 combinaient à la fois l'élection présidentielle et législatives. Les résultats de ces élections ont été sans doute en faveur d'un plébiscite du président Ben Ali qui a été proclamé élu à 99,27 % des suffrages exprimés, en remportant sans opposition le mandat présidentiel de 5 ans.Tandis que les résultats des élections législatives qui se sont déroulées en même temps que les présidentielles ont fait apparaître la victoire du parti de Ben Ali le "R.C.D." qui a raflé la totalité des 140 sièges de la Chambre des Députés. Les partis politiques d'opposition, notamment le M.D.S. d'Ahmed Mestiri, le P.U.P., le R.S.P., l'U.D.U. et les listes indépendantes des islamistes n'ont obtenu aucun siège. Et pourtant, lors de ces élections législatives, les islamistes ont obtenu entre 13 et 16,7 % des voix exprimés. Ce qui a poussé l'ensemble de l'opposition à crier au trucage des urnes.
En plus de son mandat de député acquis grâce au trucage des élections du 2 avril 1989, Béji Caïd Essebsi a été désigné par Ben Ali comme Président de la Chambre des Députés, fonction qui a débuté le 14 mars 1990 et qui s'est achevée le 9 octobre 1991. Comme il a été souligné supra, la totalité des 141 sièges formant la Chambre des Députés issus des élections législatives du 2 avril 1989 sont d'appartenance du parti de Ben Ali, le R.C.D. L'opposition n'a obtenu aucun siège. Et pourtant, Béji Caïd Essebsi qui prétendait défendre le multipartisme a quand même accepté de présider une Chambre des Députés monocolore intégralement à dominante R.C.D, ne comportant aucun siège issu de l'opposition...!.
A ce sujet, dans un entretien paru dans l'hebdomadaire tunisien "Réalités" portant sur la semaine allant du 27 septembre 1991 au 3 octobre 1991, réalisé par Moncef Mahroug, Béji Caïd Essebsi qui était à l'époque, le Président de l'Assemblée Nationale sous la Présidence de Ben Ali avait déclaré qu'il s'accommodait très bien de l'état monocolore de l'Assemblée dominée intégralement par le R.C.D et que les élections législatives de 1989 étaient issues des urnes d'une manière démocratique , tout en faisant l'éloge de Ben Ali et de son régime marqué par la date du 7 novembre de la manière suivante : "J'ai alors affirmé que personnellement cela ne me gênait pas d'être à la tête d'une chambre monocolore dans la mesure où c'est en raison d'une volonté populaire, où c'est le verdict des urnes.... Mais comme je suis légaliste, j'accepte le verdict des urnes. Et à ce titre, j'estime que notre Assemblée a été légalement et légitimement élue...
D'ailleurs, à l'usage, nous avons remarqué que le fait que tous les députés appartiennent au R.C.D. ,ne les a pas empêchés d'user de leur franc parler... Je dois à la vérité et à l'honnêteté de dire, que depuis que le choix démocratique a été fait et annoncé par le Chef d'Etat ( Ben Ali ) dans son adresse au peuple le 7 novembre 1987, un long chemin a été parcouru, jalonné de réformes dans des domaines les plus variés..."
Mais la présidence de la Chambre des Députés par Béji Caïd Essebsi n'a pas duré logntemps puisque Ben Ali a mis fin à sa fonction le 3 octobre 1991. Les raisons du limogeage de Béji Caïd Essebsi de la présidence de la Chambre des Députés n'ont pas été précisées, ne sachant pas si c'est pour mettre fin aux ambitions de Béji Caïd Essebsi visant la Présidence ou est-ce pour mettre fin aux déclarations politiques intempestives de Béji Caïd Essebsi ?
Dans un article intitulé : " la révolution, ce n'est pas la démocratie ", paru à la revue "Jeune Afrique" en date du 12 avril 2011, Béji Caïd Essebsi a eu un entretien avec le journaliste Marwane Ben Yahmed dans lequel il s'expliquait sur son limogeage de la présidence de la Chambre des Députés en date du 3 octobre 1991, en déclarant que : "J’avais accepté, un peu malgré moi, mais j’assume, la présidence de la Chambre des députés. J’ai souhaité alors instiller une certaine ouverture, en laissant les députés s’exprimer et voter librement. Nous ne risquions pas grand-chose, d’ailleurs, puisqu’ils étaient tous destouriens. On parlait alors du Printemps de Tunis. Il n’aura duré qu’une saison… C’est alors que l’on m’a proposé de quitter l’Assemblée pour la présidence du Conseil constitutionnel. J’ai répondu que je ne cherchais pas du travail, que s’ils voulaient ma place, ils pouvaient la prendre. Et je suis parti"
Ces explications n'apportent guère de conviction. Toujours est-il que le président déchu Ben Ali a mis fin à la fonction de Béji Caïd Essebsi en tant que Président de la Chambre des Députés puisque selon ses dires, il lui a proposé la Présidence du Conseil Constitutionnel...
IX- Sous la révolution tunisienne du 14 janvier 2011, Béji Caïd Essebsi a été nommé Premier Ministre, le 27 février 2011. Il se présente comme Bourguibiste.
Le 27 février 2011, le Président par intérim Foued Mebazzaâ a nommé comme Premier Ministre Béji Caïd Essebsi, en remplacement de Mohamed Ghannouchi qui a été démissionnaire. Il est à rappeler que Foued Mebazza et Béji Caïd Essebsi se connaissaient très bien depuis 1965 et ont travaillé ensemble lorsque Béji Caîd Essebsi a été désigné Ministre de l'intérieur le 5 juillet 1965, Foued Mebazzaä a été désigné aussi ce jour du 5 juillet 1965 comme Directeur de la Sûreté Nationale sous l'autorité de Béji Caïd Essebsi.
A peine installé au pouvoir, Béji Caïd Essebsi a fait semblant de défendre la révolution, en critiquant le président déchu Ben Ali et son régime alors qu'auparavant, sous le régime de Ben Ali, Béji Caïd Essebsi était un vrai défenseur de la cause de Ben Ali, notamment, lorsqu'il était Président de la Chambre des Députés en 1990 et membre du Comité Central du parti de Ben Ali, le R.C.D durant 15 ans, sans compter sa collaboration en 1969 avec le Commandant Ben Ali lorsqu'il était Ministre de la Défense....! (Voir supra sous VIII).
De même, dès sa prise en fonction le 27 février 2011, Béji Caïd Essebsi s'est présenté au peuple tunisien comme étant un ancien Bourguibiste, un ancien destourien. Lors du meeting de Monsatir (Tunisie) du 24 mars 2012, Béji Caïd Essebsi avait exprimé son intention de regrouper, sous l'égide de l'héritage de Bourguiba, les partis politiques tunisien qui sont opposés au Gouvernement de la "Troîka" dominé actuellement par le parti islamiste "Ennahdha". Seulement, Béji Caïd Essebsi avait certainement oublié son ancien parcours politique lorsqu'il était au M.D.S. avec l'aile libérale d'Ahmed Mestiri de 1972 à 1980, critiquant sans cesse et de long en large le bourguibisme, critiques d'ailleurs qui lui ont valu en 1974 son expulsion du parti de Bourguiba, à savoir le "Parti Socialiste Destourien" (P.S.D.) (Voir supra sous VI).
Lors de la révolution tunisienne du 14 janvier 2011, Béji Caïd Essebsi a été toujours fidèle à son habitude de retourner sa veste et de se positionner politiquement comme un Caméléon qui change de couleur au grès de son environnement....
Dans l'article précité intitulé : " la révolution, ce n'est pas la démocratie ", paru à la revue "Jeune Afrique" en date du 12 avril 2011, Béji Caïd Essebsi répondait aux questions du journaliste Marwane Ben Yahmed sur ses relations avec Ben Ali, de la manière suivante :
- Question de Marwane Ben Yahmed : comment avez-vous vécu ce fameux 14 janvier et la fuite de Ben Ali ?

- Réponse de Béji Caïd Essebsi :
" Croyez-moi ou non, je savais que Ben Ali allait s’enfuir. On m’a beaucoup consulté pendant la révolte. Certains chefs de partis politiques sont venus me voir et m’ont dit : « Comment va-t-on s’en sortir ? » Je leur répondais : « Ne vous inquiétez pas, Ben Ali va vous aider. Il va s’enfuir… » Je ne suis pas Madame Soleil, mais c’était dans l’ordre des choses. Cet homme n’avait aucune éthique. Il n’avait pas plus de courage. Mais son départ a été un énorme soulagement. "
De même, dans le magazine français d'information intitulé "Marianne", Béji Caîd Essebsi a eu un entretien avec le journaliste Guy Sitbon, entretien intitulé : "la libye est une affaire intérieure tunisienne" . Au cours de cet entretien, Béji Caïd Essebsi a répondu à la question consistant de savoir s'il n'a pas été surpris par la fuite de Ben Ali en distant ainsi :

"Oh, non ! Je connaissais un peu le bonhomme. Inculte et lâche. Trop corrompu pour s’intéresser à autre chose qu’à sa fortune. Les hommes d’argent n’ont souvent pas d’autre cause que l’argent."
Si aujourd'hui, Béji Caïd Essebsi juge le président Ben Ali comme étant un bonhomme inculte, lâche et corrompu, pourquoi alors il a adhéré durant 15 ans à son parti le R.C.D, comme membre du Comité Central de ce parti, et a été élu député d'appartenance R.C.D en 1989 et a accepté même d'être Président de la Chambre des Députés en 1990-1991, sous le régime de Ben Ali...?
Entré en fonction le 27 février 2011, Béji Caïd Essebsi s'est prononcé contre les manifestations des rues et les grèves arguant qu'il faut restaurer la dignité de l'Etat ( Haybet Eddawla...).
Dans son discours prononcé au Palais des Congrès, à Tunis, le mercredi 8 juin 2011 Béji Caïd Essebsi explicite sa conception de la légitimité.
"Ce gouvernement, à qui on adresse des reproches, est le fait qu’il n’a pas de légitimité.
En vérité, personne n’a de légitimité. Mais si la légitimité est de cours, le gouvernement en en a plus que le reste.
Pourquoi ?
Parce qu’il a une légitimité fonctionnelle. Il n’y a pas un État sans un gouvernement. Il est l’interlocuteur homologue pour tout autre gouvernement dans tout autre État .Malgré ce fait , il n’a pas de légitimité électorale .
C’est en effet un manque , mais sa légitimité est conventionnelle. Deux choses valent mieux qu’une".
La légitimité gouvernementale importe peu pour Béji Caïd Essebsi tout en défendant le gouvernement provisoire formé le 7 mars 2011 comme ayant une légitimité fonctionnelle. Cette conception de la légitimité fonctionnelle de Béji Caïd Essebsi reflète son autoritarisme et son goût à vouloir gouverner au mépris des urnes et du choix du peuple... Dans les pays de démocratie, il est inconcevable de rencontrer un gouvernement qui ne tire pas sa légitimité des élections mais de sa fonction et de sa finalité... La légitimité fonctionnelle d'un gouvernement se rencontre très souvent dans le régime totalitaire et de dictature.... Le Président Bourguiba s'est érigé de 1956 à fin 1987, comme étant le Combattant Suprême, cumulant entre ses mains tous les pouvoirs en prétendant justifier sa légitimité en se fondant sur sa fonction présumée selon lui de "sauveur" du peuple tunisien, méprisant les élections et des urnes, en osant se proclamer Président à vie... Cette légitimité fonctionnelle d'un gouvernement est une conception totalitaire qui refuse la légitimité des élections et des urnes reflétant le choix du peuple...On peut rencontrer une légitimité fonctionnelle pour un Conseil Constitutionnel par exemple mais, il est inconcevable de la reconnaître pour un gouvernement, ne serait-ce que provisoire, qui désire s'imposer au peuple, sous couvert de sa fonctionnalité, sans passer par les urnes....
Le 7 mars 2011, Béji Caïd Essebsi et Foued Mebazzaa sur recommandation d'un homme d'affaires Kamel Eltaïef, ont procédé à la désignation de nouveaux Ministres pour former le gouvernement. Des anciennes figures du temps de Ben Ali ont fait partie du gouvernement Essebsi, comme Habib Essid qui était dans les années 90 au Ministère de l'intérieur ou comme Rafaa Ben Achour qui était en 2002 Secrétaire d'Etat à l'Education Nationale, etc..
De même, dès le mois de mars 2011, des anciens cadres du Ministère de l'intérieur du temps de Ben Ali ont été désignés de nouveau par Béji Caïd Essebsi comme des Directeurs de Sécurité au sein du Ministère de l'intérieur comme Nabil Abid, Taoufik Dimassi, Yassine Tayeb, Ali Jelassi, Imed Daghar,etc...
La désignation de ces responsables de la Police et de la Garde Nationale au Ministère de l'intérieur en 2011 par Béji Caïd Essebsi et Habib Essid en concertation avec Kamel Eltaëf prouvaient que Béji Caïd Essebsi ne voulait pas mettre fin au régime de Ben Ali puisque ces hauts responsables du Ministère de l'intérieur avaient occupé des postes importants sous Ben Ali.
Dans l'ensemble, lorsque Béji Caïd Essebsi était premier ministre du 27 février 2011 au 24 décembre 2011, il a essayé de mener une politique caractérisée par les traits suivants :
- en réprimant les manifestations,
- en renforçant le régime policier comme au temps de Ben Ali, en leur octroyant la promotion et l'augmentation des salaires,

- en maintenant la torture dans les centres de détention et dans les prisons,

- en défendant le maintien en fonction des responsables et des fonctionnaires de la haute administration appartenant au R.C.D du temps de Ben Ali telles que les Gouverneurs, les délégués, les Omdas, les directeurs de la police et de la gendarmerie, les directeurs de la police politique et de la Sûreté nationale, les Commissaires des centres de police et de la gendarmerie, les directeurs de la Douane, les directeurs des écoles primaires, les directeurs des lycées et collèges, les surveillants généraux et censeurs des lycées, ainsi que les doyens des Universités, les hauts fonctionnaires des ministères et des administrations, les procureurs de la République, les hauts magistrats, ainsi que les fonctionnaires des tribunaux, les ambassadeurs et Consuls, les anciens directeurs des journaux, des télévisions et de la radio,etc...

- en défendant les Ex-Rcédistes se prononçant contre leurs inéligibilité à la Constituante..
X- Après son échec aux élections de la Constituante tunisienne, et très assoiffé pour reprendre le pouvoir, Béji Caïd Essebsi fonde son parti " l'appel de la Tunisie ".
Lorsqu'il était premier ministre en 2011, Béji Caïd Essebsi a prononcé un discours au Palais des Congrès, à Tunis, le mercredi 8 juin 2011 dans lequel il a confirmé son engagement de laisser le pouvoir à ceux qui sont élus par la Constituante en précisant de la manière suivante :
"Parce que ce gouvernement, quand il s’est constitué, il a eu une feuille de route. C’est-à-dire, le président de la république, avant la constitution du gouvernement, s’est adressé au peuple et il a dit : « Voilà la mission de ce gouvernement ! » .

Le gouvernement est tenu par cette chose. Le gouvernement, et parmi ses objectifs, est de veiller à faire élire une Assemblée constituante, avec pour jour de vote le 24 juillet 2011. Ceci est notre engagement.

Ce gouvernement dont les membres sont ici présents, s’est engagé à faire en sorte que le 24 juillet 2011, soit le jour des élections de l’Assemblée constituante .

Ainsi, le gouvernement vous dit : « Au revoir ! ». Il laisse, ainsi, les affaires aux personnes élues de manière légitime."

Malgré sa perte des élections de la Constituante tunisienne qui n'ont pas eu lieu le 24 juillet 2011 mais le 23 octobre 2011, Béji Caïd Essebsi n'a pas tenu sa parole en refusant de dire "au revoir" au gouvernement actuel de la "Troïka" et en refusant également de laisser les affaires aux personnes élues d'une manière légitime.
Ce qui est surprenant, c'est que Béji Caïd Essebsi compte aujourd'hui se représenter aux élections présidentielles. En effet, dans une interview parue au journal Émirati "Al Bayane" en date du 26 décembre 2012, Béji Caïd Essebsi a affirmé qu'il se présentera aux prochaines élections présidentielles, accédant ainsi au désir des Tunisiens...Seulement, Béji Caïd Essebsi a oublié son âge de 86 ans, faisant de lui l'homme du passé, dépassant l'âge limite de 75 ans prévu dans la nouvelle Constitution tunisienne.
En effet, au sujet des élections de la Constituante le 23 octobre 2011, les urnes se sont exprimées démocratiquement le 23 octobre 2011 pour l'élection de l'Assemblée Nationale Constituante qui a été chargée de l'élaboration d'une nouvelle Constitution tunisienne et contrairement à ce qui a été attendu, le peuple tunisien a voté lors de ces élections en grande partie pour :

1- le parti islamiste ENNAHDHA qui a obtenu à la Constituante 89 sièges sur 217 sièges de la Constituante,

2- le parti " le Congrès pour la République" de Moncef MARZOUGUI (C.P.R) qui a obtenu 29 sièges sur les 217 sièges

de la Constituante.

3- les listes indépendantes de la pétition populaire qui ont obtenues 27 sièges à la Constituante tunisienne

4- le parti " Ettakatol" de Moustafa BEN JAAFAR qui a obtenu 20 sièges sur les 217 sièges de la Constituante.

Les trois partis politiques Ennahdha, le C.P.R. et Ettakattol ont réparti le pouvoir où Moncef Marzouki du C.P.R. est à la Présidence de la République , Hamadi Jebali d'Ennahdha est Premier Ministre et Moustafa Ben Jaafar d'Ettakattol est à la Présidence de la Constituante. Les membres des partis politiques d'opposition (P.D.M), (P.D.P);Initiative, etc... ont refusé de faire partie de ce gouvernement dit "Troïka".

Réagissant contre sa défaite aux élections de la Constituante tunisienne du 23 octobre 2011, Béji Caïd Essebsi procèdele 16 juin 2012 à la création de son parti politique appelé "L'Appel de la Tunisie" qui a été légalisé le 6 juillet 2012.

Ce parti politique dénommé " l'Appel de la Tunisie " regroupe parmi ses adhérents des Ex-Rcédistes et des anciens Bourguibistes ainsi que des membres de la gauche...

Parmi les membres du Comité Exécutif du parti " L'Appel de la Tunisie" on y trouve les membres suivants :

Taïeb Baccouche, Lazhar Karoui Chebbi, Selma Elloumi Rekik, Ridha Belhaj, Mohsen Marzouk, Rafaa Ben Achour,

Lazhar Akremi, Hédi Ghodhbani, Abdelmajid Sahraoui, Khemaïes Ksila, Mohamed Raouf Khammassi, Boujemâa Remili, Slim Chaker, Wafa Makhlouf Sayadi, Samah Dammak, Anis Ghedira, Abdelmajid Chaker, Faouzi Elloumi, Mahmoud Ben Romdhane, Mondher Belhaj Ali, Hafedh Caïd Essebsi, Leïla Hamrouni, Najoua Makhlouf, Abdelaziz Mzoughi, Taher Ben Hassine, Bochra Belhaj Hmida, Mustapha Ben Ahmed, Amina Rekik, Amina Ben Gaddour, Olfa Khelil, Saïda Garrache et Souha Ben Othmen.

Une dizaine de députés à l'Assemblée Constituante ont démissionné de leurs partis politiques et ont décidé de rejoindre le parti de " l'Appel de la Tunisie" de Béji Caïd Essebsi comme : Ibrahim Kassa, Abdelazi Kotti, Dhamir Mannaï, Mohamed Ali Nasri,, Khemaïs Ksila, Jamel Gargouri, Chokri Yaïche, Abdelmomen Krir, Rabiaä Najlaoui.
Malgré que les élections de la Constituante ont été très démocratiques, Béji Caïd Essebsi a contesté la légitimité du gouvernement de la "Troika", émanation de l'Assemblée Nationale Constituante tunisienne, élue d'une manière démocratique !
Contrairement à son engagement pris lors de son discours du 8 juin 2011 précité, Béji Caïd Essebsi tente aujourd'hui de réintégrer le Gouvernement en s'imposant par la force et en se fondant sur le fait que ce gouvernement actuel de la "Troïka" , en demeurant après le 23 octobre 2012, n'est pas légitime.
Dans une Conférence de presse tenue le jeudi 20 septembre 2012, Béji Caïd Essebsi a affirmé à ce sujet que :

"Nous avons fait un premier pas vers la démocratie en organisant les élections du 23 octobre. La feuille de route a été signée par environ 15 leaders de partis, tels que Rached Ghannouchi, Maya Jeribi et Ahmed Brahim. Sauf Marzouki, habitué à être un cas à part. Finalement, cette feuille n'a pas été appliquée et aucune date des élections n'a été fixée jusque-là. La nouvelle ISIE n'a également pas été constituée. Je ne sais pas pourquoi ils ne gardent pas l'ancienne surtout qu'ils n'ont pas été capables de constituer une autre. Le processus démocratique s'est donc arrêté. La légitimité électorale prendra fin le 23 octobre. Ils n'ont pas d'autre choix à part la légitimité consensuelle". ( Pour cette déclaration, voir le site électronique tunisien "Gnet-Temps Fort", article publié le 20 septembre 2012 intitulée "Tunisie/Beji Caied Essebsi : "La Troika est finie").
Ce raisonnement juridique a été soutenu par les membres du parti "Appel de la Tunisie" de Béji Caïd Essebsi, notamment ses juristes Rafaa Ben Achour et son frère Yadh Ben Achour, et autres... Dans un article paru sur le site électronique "Leaders" en date du 12 décembre 2012, intitulé " Remédier aux dangers du vote et du gouvernement majoritaires : le recours au tawâfuq", Yadh Ben Achour critique la légitimité majoritaire du gouvernement Hamadi Jebali, lui préférant une légitimité consensuelle (en Arabe Tawafuq), en critiquant les élections de la Constituante comportant de l'absentéisme ainsi que le système électoral de vote qui a conduit à l'éparpillement des voix exprimées. Seulement, Yadh Ben Achour oublie que ce système électoral a fait l'objet du décret-loi N° 2011-35 qui a été élaboré par son Groupe des Experts au sein de la Haute Instance pour la réalisation des objectifs de la révolution (ISROR), présidée d'ailleurs par Yadh Ben Acho ur. Dans ce décret-loi N° 2011-35 relatif aux élections de la Constituante, c'est bien Yadh Ben Achour et son groupe d'Experts de l'ISROR ( Farhat Horchani, Slim Laghmani,etc...) qui ont prévu le mode de scrutin proportionnel, et également la parité ainsi que la multiplication des candidatures ouvertes aux candidats libres et aux partis politiques...C'est bien ce système conçu par Yadh Ben Achour et son groupe d'Experts de l'ISROR qui était prévu pour barrer la route à la Constituante au parti islamique Ennahdha qui a été la cause principale de l'échec des partis politiques comme le P.D.P, le P.D.M., l'Initiative, etc...Après avoir fait l'objet du vote du peuple tunisien, Yadh Ben Achour mécontent des résultats des élections, préfère dévier les conséquences de ce résultat électoral en imposant le consensus dans la composition du gouvernement au détriment des résultats des urnes, le seul moyen démocratique, véritable expression du peuple...


Cependant, ce raisonnement juridique de Béji Caïd Essebsi contestant la légitimité du Gouvernement Hamadi Jebali n'est pas fondé et ne peut être soutenu juridiquement pour les raisons suivantes :



1- le gouvernement actuel de Hamadi Jebali tire sa légitimité de l'Assemblée Nationale Constituante qui a adopté le 10 décembre 2011, par 141 voix pour et 37 voix contre, la loi constituante N° 2011-6 relative à l'organisation provisoire des pouvoirs publics. Cette loi constitutionnelle a été promulguée le 16 décembre 2011 et publiée au Journal officiel de la République tunisienne N° 97, le 23 décembre 2011


Selon l'article 10 de cette loi constitutionnelle relative à l'organisation provisoire des pouvoirs publics:

" L'Assemblée nationale constituante choisit le Président de la République, par vote secret, à la majorité absolue de ses membres, parmi des candidats parrainés par au moins 15 membres de l'Assemblée nationale constituante, et ce immédiatement après l'adoption de la présente loi."



En application des dispositions de cet article 10 de cette loi constitutionnelle relative à l'organisation provisoire des pouvoirs publics, l'Assemblée Nationale Constituante a procédé le 12 décembre 2011 à l'élection du nouveau Président provisoire de la République parmi les 10 candidats ayant présenté leurs candidatures. Seul Moncef Marzouki du parti du Congrès Pour la République remplissait les conditions requises et par conséquent, il a été élu par 153 voix et a prêté serment le 17 décembre 2011 devant les élus de l'Assemblée Nationale Constituante.



Quant à la formation du Gouvernement, cette formation est prévue par les dispositions de l'article 15 de cette loi constituante sur l'organisation provisoire des pouvoirs publics qui dispose :

"Le président de la République, après concertation, charge le candidat du parti ayant obtenu le plus grand nombre de sièges au sein de l'Assemblée nationale constituante de former le Gouvernement.

Le président du Gouvernement, mandaté conformément au premier alinéa, forme le Gouvernement et soumet ses travaux au Président de la République dans un délai ne dépassant pas 15 jours de la date de son mandat. Le dossier contient la composition du Gouvernement et un exposé récapitulatif de son programme.

Le Président de la République soumet, dès sa réception, le dossier de formation du Gouvernement au président de l'Assemblée nationale constituante.

Le président de l'Assemblée nationale constituante, convoque une assemblée générale au plus tard 3 jours après la date de la réception dudit dossier de formation du Gouvernement, en vue de lui accorder la confiance à la majorité absolue des membres."



En application de cet article 15 de la loi sur l'organisation provisoire des pouvoirs publics, le Président Moncef Marzouki a nommé le 14 décembre 2011 Hamadi Jebali du parti "Ennahdha" comme Président du Gouvernement étant donné qu'il est issu du parti qui a obtenu le plus grand nombre de sièges au sein de l'Assemblée Constituante au termes de l'alinéa 1 de cet article 15 en question.

La composition du gouvernement a été soumise au Président Moncef Marzouki et ensuite à l'Assemblée Nationale Constituante le 22 décembre 2011. A son tour, Le 23 décembre 2011, l'Assemblée Nationale Constituante a voté la confiance du gouvernement Hamadi Jebali



Par conséquent, il apparaît clairement, que tout remaniement profond dans la composition du Gouvernement de Hamadi Jebali doit avoir le vote de confiance de l'Assemblée Nationale Constituante en vertu des dispositions de l'article 15 de la la loi constitutionnelle relative à l'organisation provisoire des pouvoirs publics.



2- la légitimité de l'Assemblée Nationale Constituante est incontestable car c'est le peuple tunisien qui s'est exprimé démocratiquement à travers les élections et qui a désigné le 23 octobre 2011, ses 217 élus de la Constituante. La légitimité de l'Assemblée Nationale Constituante est incontestable, légitimité reflétant l'expression du peuple tunisien.



3- l'Assemblée Nationale Constituante issue des élections du peuple tunisien du 23 octobre 2011 est souveraine et sa souveraineté ne peut pas être subordonnée à la signature de la déclaration du processus transitoire signée le 15 septembre 2011 par 11 partis politiques limitant à une année les travaux de la l'Assemblée Constituante en ce qui concerne la rédaction de la nouvelle Constitution tunisienne. La souveraineté de l'Assemblée Constituante est inaliénable. Elle ne peut être mise en cause que par le même moyen du vote populaire. Les 11 partis politiques signataires de la déclaration du processus transitoire en date du 15 septembre 2011 ne représentent pas l'ensemble du peuple tunisien et par conséquent, les effets juridiques de cette déclaration du processus transitoire ne peuvent pas l'emporter sur les décisions de l'Assemblée Constituante dont les 217 élus représentent l'ensemble du peuple tunisien. L'Assemblée Nationale Constituante légitime et souveraine, émanation de l'expression du peuple tunisien n'est pas du tout liée par la déclaration du processus transitoire signée le 15 septembre 2011, uniquement par 11 partis politiques qui ne représentent pas l'ensemble du peuple tunisien, à l'instar de la Constituante, d'autant plus que sur les 11 partis politiques signataires de cette déclaration, seuls quelques partis ont réussi à avoir des élus à la Constituante : ce qui met en cause la représentativité de la déclaration en comparaison à l'Assemblée Nationale Constituante.

Il en est de même de l'article 6 du décret N° 2011-1086 du 3 Août 2011 portant convocation des électeurs d'élire les membres de l'Assemblée nationale constituante qui charge l'Assemblée Nationale Constituante d'élaborer une constitution dans un délai maximum d'un an à compter de la date de son élection. En effet, d'abord ce décret N° 2011-1086 a été pris unilatéralement par le président intérimaire de l'époque Foued Mebazzaa. Si le décret N° 2011-1086 est un décret d'application visant la convocation des électeurs, les dispositions de l'article 6 n'entrent pas dans le cadre des mesures d'application visées par ce décret de convocation des électeurs et Foued Mebazzaa semble être en excès de pouvoir pour imposer à la future Assemblée Constituante, la méthode de travail à suivre dans le futur, de surcroît une Assemblée Constituante souveraine, élue démocratiquement par le peuple tunisien.

Au point de vue de la hiérarchie des normes, le pouvoir constituant et ses décisions l'emportent sur les dispositions de l'article 6 du décret N° 2011-1086 précité...



D'autre part, la durée d'une année imposée à l'Assemblée Nationale Constituante pour achever la rédaction de la nouvelle Constitution est impossible à tenir en raison des difficultés rencontrées au sein de la Constituante pour pouvoir mener les travaux à terme en raison de l'opposition constante des députés de l'opposition qui à chaque vote d'un texte n'hésitent pas à soumettre des centaines de propositions de modification du texte en question : ce qui entraîne la perte du temps dans le déroulement des travaux de la Constituante...Également, les députés de l'opposition se retirent en bloc et s'absentent souvent pour boycotter les travaux de la Constituante : ce qui contraint la Constituante à reporter ses travaux pour défaut de quorum.

Il est à rappeler que la rédaction de la Constitution tunisienne de juin 1959 a duré environ trois années.



Fait par Mounir Ben Aïcha,

le 02 janvier 2013.

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