
"...Au Moyen Orient il y a "élections" et élections.
La majorité des élections, quand il y en a effectivement, tombe invariablement dans la première catégorie. Il y en a quelques unes
néanmoins, qui se classent dans la seconde - des élections transparentes, légitimes, ayant du sens, qui ont à la fois des implications internes et régionales...
" C'est dans l'intérêt du Liban et de sa stabilité qu'il y ait un accord et un partenariat entre les Libanais pour gérer les
affaires de leur pays". Sayyid Hassan Nasrallah, dirigeant du Hezbollah à propos des prochaines élections parlementaires
"Nous ne voulons pas faire partie du gouvernement si l' Alliance du 8 Mars (menée par le Hezbollah) gagne les élections". Saad Hariri, dirigeant de l'actuelle majorité parlementaire.
Au Moyen Orient il y a " élections" et élections. La majorité des élections, quand il y en a effectivement, tombe invariablement dans la première catégorie. Il y en a quelques unes
néanmoins, qui se classent dans la seconde - des élections transparentes, légitimes, ayant du sens, qui ont à la fois des implications internes et régionales.
L'une de ces élections les plus connues est celle qui s'est tenue en Janvier 2006 quand le Hamas a remporté les élections parlementaires palestiniennes, obtenant la majorité au Conseil National
de Palestine et la capacité de former un gouvernement.
Surveillée par le Centre Carter, l'ancien Président US, Jimmy Carter a dit d'elles qu'elles avaient été des élections
"ouvertes, honnêtes, et justes". Inutile de disserter sur la réaction qu'elles ont provoquée aux US, Israël et en Egypte - et en conséquence la punition subie par l'électorat .
En Juin prochain, deux pays du Moyen Orient vont tenir des élections qui auront des conséquences régionales, à quelque 5 jours d'intervalle; le Liban le 7 Juin et l'Iran le 12 Juin.
On a récemment discuté (http://www.
Compte tenu du cadre politique libanais complexe basé sur le sectarisme c'est plus compliqué de comprendre les mécanismes et dynamismes derrière le vote parlementaire à venir.
8 Mars 8 versus 14 Mars
Actuellement au Liban il y a deux principales coalitions politiques, dénommées 8 Mars et 14 Mars.
L'Alliance du 8 Mars est ainsi dénommée suite à la manifestation de masse de 2005 à Beyrouth organisée par le Hezbollah pour exprimer son opposition à son désarmement, en soutien à la Syrie et à
la résistance à Israël. La coalition comprend principalement le Hezbollah, le parti Amal de Nabih Berri et le Mouvement Free Patriotic (FPM) séculier du général Michel Aoun. Alors que Nasrallah
et Berri sont des Musulmans Shi'ites, Aoun est un Chrétien Maronite et par conséquent bénéficie du soutien des Maronites et d'autres groupes chrétiens.
L' Alliance du 14 Mars, a été nommée après l'énorme manifestation du 14 Mars 2005 à Beyrouth, mais elle carrément anti syrienne. Elle a eu lieu exactement un mois après l'assassinat du Premier
Ministre Rafiq Hariri et a marqué le début de la " Révolution des Cèdres". Cela a finalement mené au retrait de toutes les troupes syriennes du Liban après 29 ans de présence. le 14 Mars est
l'actuelle coalition au pouvoir soutenue par les pays occidentaux et comprend principalement les partis sunnite druze et chrétien. Elle est conduite par Saad Hariri, milliardaire et fils de
Rafiq, et son parti, le Future Movement, en constitue le principal bloc.
La tension et les récriminations mutuelles entre les coalitions du 8 Mars et du 14 Mars se ont augmenté dramatiquement après l'attaque israélienne de Juillet 2006 contre le Liban. Cela a mené à
une impasse politique de 18 mois au cours de laquelle le pays est resté sans président et les craintes d'un retour de la guerre civile se sont de nouveau répandues.
Cette longue impasse s'est finalement terminée après que des représentants des deux camps se soient rencontrés au Qatar en Mai 2008 et que l' Accord de Doha ait été accepté. Dans l' Accord,
l'Alliance du 8 Mars a obtenu un droit de véto sur les décisions du cabinet. Une fois que cet obstacle et d'autres ont été surmontés, le candidat de consensus Michel Suleiman a rapidement été élu
Président.
Arithmétique parlementaire
La Chambre des Députés, ou Assemblée Nationale, comprend 128 sièges répartis à égalité entre Chrétiens et Musulmans. Ces sièges sont en plus sous divisés entre les 18 groupes religieux reconnus
du pays ( les Chrétiens Maronites Disposent de 34 sièges, les Orthodoxes 14, les Sunnites 27 et les Shi'ites 27 etc...) On doit faire remarquer que cette répartition n'est basée sur aucune
information démographique récente; le dernier recensement au Liban a eu lieu en 1932 et aucun n'a été réalisé depuis.
A l'Assemblée Nationale, l' Alliance du 14 Mars détient 70 sièges et celle du 8 Mars, 58.
En tenant compte que la plupart des candidats sunnites et shi'ites appartiennent respectivement au 8 Mars et au 14 Mars, les sièges détenus par ces deux communautés ont peu de chance de changer
de mains et de faire pencher la balance d'un côté ou de l'autre.
En fait, le facteur décisif dans les élections législatives dépendra en grande partie de la répartition des votes chrétiens; pour le FPM d'Aoun ou pour les autres partis chrétiens affiliés au 14
Mars. Cela vaut aussi pour le vote druze qui a aussi, mais dans une moindre mesure, des partis dans les deux coalitions.
Des analystes croient qu'il y aura seulement 30 sièges en jeu, et le 8 Mars n'a besoin que de remporter 7 sièges supplémentaires pour obtenir une majorité parlementaire.
Libération des généraux.
Cette semaine, un évènement s'est passé qui pourrait les aider à atteindre leur but. 4 généraux détenus sans preuve pendant presque 4 ans après l'assassinat d' Hariri ont été relâché
inconditionnellemen
"Notre détention était motivée politiquement et a été exploitée pendant 4 ans par la majorité. Nous avons été emprisonnés à cause d'une décision politique mais avons été libérés par une
décision de jusitice" a dit l'un d'eux lors de sa libération.
Les responsables judiciaires libanais qui ont d'abord ordonné leur détention, sont de proches alliés d' Hariri, et ce dernier pourrait effectivement en pâtir politiquement car les demandes
appelant à leur démission commencent à se développer.
Le temps est-il venu du changement ?
Compte tenu de l'étroite marge attendue pour la victoire , aucune communauté religieuse, groupe, parti, ou alliance ne peut seul efficacement gouverner le Liban. La nécessité évidente d'une
allliance parmi les partis politiques et les courants religieux fait du Liban un cas unique parmi les pays arabes et c'est exactement ce qu' Hassan Nasrallah, dans la citation en introduction, a
indiqué. Malheureusement, il semble qu' Hariri ne pense pas comme cela si le 14 Mars ne gagne pas.
La possibilité de remplacer un gouvernement pro US au Liban, enfant adoptif identique au nexus pro américain Egypte Jordanie Arabie Saoudite, a obligé la secrétaire d'état Hillary Clinton a faire
une visite imprévue à Beyrouth le weekend dernier. Interférant dans une élection pour laquelle elle a appelé à ne pas interférer, elle a également menacé implicitement d'une réduction de l'aide
si le 8 Mars gagnait. Israël prévoit également des exercices militaires de grande ampleur sur la frontière libanaise une semaine avant le vote.
Mis à part l'intimidation et les menaces, les élections du printemps au Liban serve encore d'exemple de l'influence déclinante des dirigeants qui se sont alignés inconditionnellemen
Dans ce dernier cas de figure, le Liban est certainement l'exception. Et le 7 Juin, il a la capacité de divorcer de l'axe US Israël Egypte Jordanie Arabie Saoudite et d'envoyer un puissant
message au reste du Monde Arabe : si le petit Liban peut le faire, vous aussi.
R. Amiri est un commentateur indépendant sur le Moyen Orient.
Edition du Weekend www.counterpunch.
Traduction Mireille Delamarre
Georges Corm : « Au Liban, le problème n’est ni l’Iran… ni le Hezbollah ! ».
Georges Corm estime que telles qu’elles sont posées, les élections législatives libanaises, qui doivent avoir lieu aujourd’hui, se
situent loin des véritables enjeux. Pour cet observateur avisé, le problème n’est ni l’Iran ni le Hezbollah, mais le fait que depuis 17 ans, sous prétexte de reconstruction, le pays a été mis en
coupe réglée, au profit de groupes restreints de privilégiés soutenus par l’extérieur.
- De vives tensions entourent les élections législatives libanaises.
A ce propos, beaucoup craignent le réveil des vieux démons de la guerre civile. A quoi sont dues ces tensions, selon vous
?
- Il ne faut pas exagérer. Pour le moment, sur le terrain tout est calme.
Cependant, les interférences de certains Etats arabes et occidentaux ont transformé ces élections en confrontation régionale
d’envergure, comme si une victoire de la coalition des partis d’opposition incluant le Hezbollah serait une catastrophe pour le pays et pour les intérêts occidentaux et arabes anti-iraniens.
C’est absurde.
En 2005, le Hezbollah a gagné les élections avec ses alliés qui incluaient le Courant du futur à cette époque, sans que cela ne suscite aucun émoi.
Bien plus, le Hezbollah a participé à toutes les élections depuis 1992. C’est bien la première fois qu’un tel chahut est fait, non
sans arrière-pensées bien sûr, à savoir œuvrer pour un désarmement du Hezbollah qui tranquillise Israël.
- Pensez-vous
que ce climat délétère découle, entre autres, de la possibilité de voir le Hezbollah et ses alliés du moment effectuer une percée lors de ces élections ?
- La victoire militaire du Hezbollah en 2006 contre l’armée israélienne a été un événement historique majeur dans l’histoire de la région.
Depuis cette date, il ne s’agit plus que de décrédibiliser cette résistance victorieuse et de lui faire payer le prix d’une telle atteinte de lèse-majesté de l’Etat d’Israël. Il faut aussi porter
atteinte au prestige du Courant patriotique libre du général Aoun dont l’alliance avec le Hezbollah, dès avant la guerre de 2006, a assuré la solidité du front interne et conforté la légitimité
du Hezbollah, lors de la confrontation avec l’armée israélienne.
- Pour certains observateurs, les tensions dont on parle ne sont pas justifiées dans la mesure où une partie importante des sièges est déjà pourvue et où la place de chacun des acteurs politiques
est prévue à l’avance... Quel est votre point de vue sur la question ?
- Dans certains districts électoraux, cela est vrai, mais pas dans d’autres et puis les électeurs peuvent se révolter lorsque les arrangements sont contre nature.
- Que pensez-vous de l’intrusion, dans ces élections, des Etats-Unis qui affichent un soutien franc au parti de Hariri ?
- La campagne électorale du courant Hariri et de ses alliés du 14 Mars a été largement faite par l’étranger. Des accusations contre le Hezbollah en Egypte, en Allemagne, en Azerbaïdjan, aux
visites de dirigeants occidentaux dont le vice-président américain et ses menaces à peine voilées, au nombre invraisemblable d’observateurs venus surveiller le scrutin. Sans parler du
déchaînement contre le général Aoun et des prises de position du patriarche maronite en faveur du 14 Mars. Il s’agit d’angoisser et d’effrayer les électeurs et de donner l’impression qu’une
victoire de l’opposition serait une catastrophe pour le Liban. En arrière-plan, la possibilité d’une répétition d’un scénario des élections palestiniennes de fin 2006 où la victoire du Hamas a
entraîné un blocus et un état de quasi-guerre civile entre Palestiniens. Mais les conditions ne sont pas du tout les mêmes au Liban, même si les des Etats arabes et occidentaux ont fait monter
les enchères et les tensions de façon tout à fait irresponsable.
- Quel est, d’après vous, le principal enjeu de ces
élections législatives ?
- Il est regrettable que les féroces débats électoraux se soient tous centrés sur la question des armes du Hezbollah et de l’Iran au lieu de débattre des vrais problèmes économiques et sociaux
des Libanais, dont la dette publique qui ne cesse d’augmenter, la paupérisation croissante de la population – 50% vivent au seuil de pauvreté ou en dessous–, et la corruption massive sont le
résultat de 17 ans de règne du Haririsme.
Rappelons ici que la dette libanaise est invraisemblable, plus de 50 milliards de dollars (180% du PIB) et son service absorbe plus de 60% des recettes de l’Etat. Au quotidien, les gens sont
encore privés, 19 ans après la fin de la guerre (1975-1990), d’électricité courante : 3 heures par jour de coupure à Beyrouth, mais jusqu’à 12 heures ailleurs.
Il n’y a pas d’eau potable, le chômage est élevé et l’exode des cerveaux est massif.
Alors les malheureux Libanais doivent en plus payer pour boire de l’eau non polluée, payer pour s’acheter des générateurs électriques et les alimenter en fuel…
Le problème est le fait que depuis 17 ans sous prétexte de reconstruction le pays a été mis en coupe réglée au profit de groupes
restreints de privilégiés soutenus par l’extérieur.
http://www.elwatan.
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