Mardi 6 janvier 2009

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J.A

Ben Jaafar aussi

Ben Jaafar aussiBen Jaafar aussi© Jeune Afrique

Alors que Ben Ali n’avait jusqu’à présent aucun concurrent crédible, la très probable candidature de l’opposant le plus respecté sur la scène politique donne un nouveau relief au scrutin de 2009.

Coup de théâtre à moins d’un an de l’élection présidentielle tunisienne d’octobre 2009. Le Forum démocratique pour le travail et les libertés (FDTL) envisage de présenter la candidature de son secrétaire général, Mustapha Ben Jaafar. « La loi dit qu’il faut être élu, et je le suis, a déclaré Ben Jaafar lors d’un entretien avec Jeune Afrique, le 8 décembre. Mes pairs du FDTL m’ont choisi en tant que numéro un du mouvement. Je suis donc habilité à me porter candidat à la candidature pour l’élection présidentielle de 2009 dans le strict respect de la loi (lire encadré p. 40). Au stade actuel, précise-t-il, je me considère comme un candidat possible. Nous sommes en train de discuter au sein du FDTL pour prendre la décision politique relative à cette candidature, une fois achevées nos consultations avec nos amis indépendants au sein de la société civile. »

Appelée de ses vœux par une bonne partie de l’élite, l’entrée en lice de Mustapha Ben Jaafar marque l’arrivée d’une personnalité politique de premier plan au sein des candidatures de l’opposition pour 2009. Elle donnera à la prochaine présidentielle un tout autre relief par rapport à celles qui l’ont précédée. Jusque-là, la compétition devait mettre aux prises le président Zine el-Abidine Ben Ali, patron du Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD), qui brigue un cinquième mandat de cinq ans, Mohamed Bouchiha, pour le Parti de l’unité populaire (PUP), Ahmed Brahim, pour le mouvement Ettajdid (Le Renouveau, ex-Parti communiste), et Ahmed Inoubli, pour l’Union démocratique unioniste (UDU). Soit pratiquement le même casting que lors de l’élection présidentielle de 2004.

 

A la fois ferme et pondéré

À vrai dire, voilà plusieurs années que la classe politique voyait en Ben Jaafar, 68 ans, un candidat de choix pour la présidentielle. À la fois ferme et pondéré, ce professeur de médecine formé en France et fondateur du Syndicat des médecins hospitalo-universitaires en Tunisie est probablement l’opposant le plus respecté sur la scène politique actuelle.

Entraîné très jeune par sa famille dans l’action politique, il milite au sein du Parti socialiste destourien (PSD, ancêtre du RCD), dirigé à l’époque par Habib Bourguiba. Réagissant à la dérive autoritaire du Combattant suprême au début des années 1970, il quitte le PSD pour cofonder, en 1975, avec d’autres démocrates, la Ligue tunisienne de défense des droits de l’homme (LTDH). En 1978, il participe à la création du Mouvement des démocrates socialistes (MDS), dont il intègre le bureau politique sous la conduite d’un autre dissident célèbre, Ahmed Mestiri, qui choisira de se retirer de la vie politique en 1991. Mais Mohamed Moada, successeur de Mestiri, change la ligne du parti pour se rapprocher du pouvoir et exclut ses rivaux, dont Ben Jaafar, en 1992. Ces derniers s’allient avec des démocrates indépendants de la société civile pour fonder, en 1994, le FDTL, un parti social-démocrate moderne. « Ma candidature pour 2009, dit aujourd’hui Ben Jaafar, ne relève pas d’un quelconque électoralisme, mais a pour objectif essentiel de mobiliser et rassembler toutes les forces à l’occasion de ce rendez-vous électoral pour changer les règles du jeu sur le thème consensuel de la démocratie. »

L’entrée en jeu de Mustapha Ben Jaafar aux côtés des autres candidats ne devrait cependant pas changer la donne : Ben Ali est quasi certain de l’emporter compte tenu du rapport des forces (il a été réélu avec 94,49 % des suffrages en 2004) et de l’enracinement du RCD, seul parti de masse, qui est assuré de remporter 75 % des sièges lors des prochaines législatives. Aucun candidat ne se fait d’illusions à ce sujet. Mais bien que l’alternance ne soit pas à l’ordre du jour, ils participent à cette élection pour accélérer le processus de transition démocratique.

Pour Ahmed Brahim, 61 ans, le positionnement d’Ettajdid dans ce scrutin « est celui d’une opposition ferme et résolue à l’autoritarisme » et, « en même temps, celui d’une force de proposition constamment ouverte au dialogue et soucieuse de présenter des solutions constructives… » Selon lui, « il faut tout faire pour que l’élection ne soit pas une pâle réédition des consultations précédentes, qui relevaient plus du plébiscite que de la véritable compétition. Aujourd’hui, la priorité numéro un est de garantir pour ce scrutin les conditions minimales de transparence et de crédibilité. Le système électoral doit être radicalement modifié ; la monopolisation des médias et des espaces publics par un seul candidat et un seul parti doit cesser… » Premier secrétaire d’Ettajdid depuis 2007, à la suite du retrait de Mohamed Harmel, Ahmed Brahim a été l’un des principaux initiateurs du changement de nom (et de cap) de l’ex-Parti communiste tunisien en 1993. Entre 1994 et 2001, il gèle ses activités en signe de protestation contre le pouvoir personnel de Harmel au sein du mouvement, affaibli comme la plupart des autres ex-Partis communistes dans le monde. En 2003, on le retrouve à la tête d’une tendance minoritaire qui va agir de concert avec un Harmel qui s’est entre-temps ressaisi pour redresser le parti. Ettajdid retrouve son indépendance et s’ouvre, en 2004, à des alliances avec des groupes actifs et des « indépendants » au sein de l’« Initiative démocratique », qui soutiendra la candidature de Mohamed Ali Halouani à la présidentielle de 2004. Mais ce dernier ne recueillera qu’un peu moins de 1 % des suffrages. En 2007, grâce à l’entrée massive d’indépendants et au retour en force d’ex-communistes qui s’étaient éloignés du mouvement, le courant emmené par Brahim est désormais majoritaire et dispose de la moitié des sièges au bureau politique. Brahim sauve Ettajdid de la scission et instaure un consensus entre les deux tendances. Professeur de français à l’université de Tunis, où il dirigeait une unité de linguistique, pétri de culture et doté d’un sens politique certain, Brahim est décrit par ses amis comme un homme simple qui abhorre le culte de la personnalité.

 

Casser les tabous

Mohamed Bouchiha et Ahmed Inoubli, les deux candidats de partis membres de la « mouvance présidentielle », ne comptent pas pour leur part se cantonner aux rôles de simples figurants, comme le supposent leurs adversaires. Bouchiha, 60 ans, fonctionnaire, a débuté dans le journalisme après une maîtrise d’histoire-géographie. Il est à la tête du PUP depuis 2000. C’est un homme de conviction, comme l’atteste son long parcours de militant, qui débute à l’université dans les années 1968-1969 avant de se poursuivre au sein du MUP (futur-PUP) à partir de 1979-1980. Candidat à l’élection présidentielle de 2004, il arrive en tête des trois candidats de l’opposition avec 3,78 % des suffrages. « Ma participation à la présidentielle, déclare-t-il dans un entretien avec Jeune Afrique, vise à renforcer le processus démocratique et à casser les tabous. Notre participation est davantage politique qu’électoraliste. » À certains radicaux qui décrivent son parti comme l’élément d’un décor destiné à donner l’illusion du pluralisme, Bouchiha répond avec flegme que c’est insulter les centaines de milliers de citoyens qui votent pour lui. L’action du PUP, dit-il, consiste à « dialoguer avec le pouvoir afin d’insister sur les réformes nécessaires pour ancrer davantage la démocratie et le multipartisme au niveau des lois régissant la vie politique, le code électoral et le code de la presse pour plus de libertés… »

Ahmed Inoubli, un avocat au verbe haut, est, depuis 2004, à la tête de l’UDU, à laquelle il a adhéré en 1992. Son mouvement, qui se réclame du nationalisme progressiste arabe et qui s’oppose à toute ingérence étrangère dans la politique intérieure du pays, est favorable « à un changement plus profond et plus rapide en matière démocratique. Notre programme politique, ajoute-t-il, est celui d’un parti d’opposition. Il est différent de celui du RCD, mais nous avons des convergences avec le président Ben Ali, dont nous soutenons plusieurs des choix relatifs aux intérêts nationaux. »

Pluraliste, la présidentielle de 2009, année du cinquantenaire de la promulgation de la Constitution de la République, restera-t-elle dans l’Histoire comme la première à se distinguer par la qualité des débats entre ses candidats ?

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Candidature, mode d’emploi

Pour défendre sa candidature, Ben Jaafar s’appuie sur l’analyse de juristes qui ont examiné un amendement de la Constitution voté à l’initiative du président Ben Ali en juillet dernier et visant à permettre aux chefs de partis politiques non représentés au Parlement de briguer la présidence. Auparavant, il fallait obtenir le parrainage de trente membres de la Chambre des députés ou présidents de conseils municipaux. Condition difficile à remplir pour certains candidats de l’opposition, puisque le RCD dispose de 80 % des sièges au Parlement et préside la totalité des municipalités. Le troisième paragraphe de l’article 40 de la Constitution adopté à titre exceptionnel pour l’élection de 2009 dispose qu’il est permis au président, secrétaire général ou secrétaire permanent d’un parti qui ne serait pas en mesure de réunir les parrainages de présenter sa candidature à la magistrature suprême. À la double condition qu’il ait été « élu » à cette fonction et qu’il soit, à la date de présentation de sa candidature, en exercice depuis au moins deux ans. Ben Jaafar dirige le FDTL depuis 1994 et s’est vu remettre personnellement le visa légal du ministère de l’Intérieur le 25 octobre 2002.
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Néjib Chebbi engage le bras de fer

Inéligible aux termes d’un amendement constitutionnel voté en juillet, le patron du PDP maintient sa candidature à la présidentielle de 2009.

Inflexible. Néjib Chebbi, 64 ans, avocat et leader historique du Parti démocratique progressiste (PDP), la plus remuante et la mieux structurée des formations de l’opposition tunisienne, a obtenu, le 10 novembre, le feu vert de son parti pour maintenir sa candidature à l’élection présidentielle d’octobre 2009, au cours de laquelle le président Zine el-Abidine Ben Ali briguera un cinquième mandat. Par 39 voix contre 16, les membres du comité central de cette organisation légale mais non représentée au Parlement ont réaffirmé le « droit souverain du parti à désigner lui-même celui qui défendrait ses couleurs lors de la prochaine présidentielle ».
Néjib Chebbi avait pris les devants en annonçant, dès février 2008, son intention de se présenter, mais un amendement constitutionnel « exceptionnel », voté en juillet et limitant l’éligibilité aux seuls chefs de partis politiques en poste depuis au moins deux années successives, l’avait de facto écarté de la course, car il avait cédé, en décembre 2006, la direction du PDP à Maya Jéribi. S’est alors posée la question de la nouvelle ligne stratégique à adopter. Les tenants de la motion minoritaire plaidaient, eux, pour une candidature de Mme Jéribi, pourtant elle-même favorable à la candidature de Chebbi. « Nous aurions pu, par réalisme, envisager collégialement de présenter Maya Jéribi et “jouer le jeu” si l’amendement constitutionnel de juillet 2008 avait apporté des garanties crédibles en matière de transparence et de sincérité des élections, et d’égal accès des concurrents aux médias nationaux, explique Me Chebbi. Mais nous n’avons constaté aucune ouverture significative. » Pourquoi alors ne pas boycotter purement et simplement le scrutin ? « C’eût été démissionner, alors que les circonstances requièrent au contraire davantage d’engagement citoyen et de participation politique. Ma démarche n’est pas vaine. Internet et les télévisions par satellite permettent de toucher les Tunisiens et de diffuser nos idées auprès du plus grand nombre. »
L’avocat entend mener campagne sur le terrain des libertés publiques et de la réforme institutionnelle pour mettre fin à la confusion et à la concentration des pouvoirs au profit du seul président de la République, limiter le nombre des mandats et garantir la neutralité de l’administration et l’indépendance de la magis­trature. Il veut aussi mettre l’accent sur la situation économique et sociale, marquée par les troubles dans le bassin minier de Gafsa, la cherté de la vie et la stagnation des salaires.

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Par elkhadra
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