Sans valise ni cercueil, les pieds-noirs restés en Algérie
Depuis quarante-cinq ans, les rapatriés ont toujours soutenu l'idée
qu'ils avaient été « obligés » de quitter l'Algérie au moment de
l'indépendance en 1962, car, menacés physiquement par les « Arabes »,
ils n'auraient pas eu d'autre choix. Pourtant, à la fin de la guerre,
deux cent mille pieds-noirs ont décidé de demeurer dans le nouvel
Etat. Témoignages de personnes qui y vivent encore aujourd'hui.
Par Aurel et Pierre Daum
jeudi 3 juillet 2008
Alger, janvier 2008. Pour trouver la maison où habite Cécile Serra, il
vaut mieux ne pas se fier aux numéros désordonnés de la rue. En
revanche, demandez à n'importe quel voisin : « Mme Serra ? C'est
facile, c'est la maison avec les orangers et la vieille voiture ! »
Cécile Serra reçoit chaque visiteur avec une hospitalité enjouée. Dans
son jardin magnifiquement entretenu par M. Mesaour, son voisin, trône
la carcasse rouillée d'une Simca Aronde modèle 1961. « Ah ! On en a
fait des balades dans cette voiture avec mon mari ! Tous les
week-ends, on partait à la pêche avec un groupe d'amis ; il y avait M.
Gabrière et M. Cripo, avec leur femme. Jusqu'en 1981. Puis mon mari a
commencé à être fatigué. Mais du bon temps, on en a eu ! »
A écouter les récits de cette délicieuse dame de 90 ans à l'esprit vif
et plein d'humour, on aurait presque l'impression que la « révolution
» de 1962 n'a guère changé le cours de son existence de modeste
couturière du quartier du Golf, à Alger. « Et pourquoi voulez-vous que
ça ait changé quelque chose ? vous apostrophe-t-
J'étais bien avec tout le monde. Les Algériens, si vous les respectez,
ils vous respectent. Moi, j'ai jamais tutoyé mon marchand de légumes.
Et aujourd'hui encore, je ne le tutoie pas. »
La grand-mère maternelle de Cécile Serra est née à Cherchell, en 1858.
Son père, tailleur de pierre, a déménagé à Alger dans les années 1920.
« Il a fait construire cette petite maison en 1929 et, depuis, je n'en
suis jamais partie. » Comment se fait-il qu'elle n'ait pas quitté
l'Algérie en 1962 ? « Mais pourquoi serais-je partie ? Ici, c'est
notre pays. Tout est beau. Il y a le soleil, la mer, les gens. Pas une
seconde je n'ai regretté d'être restée. » Son mari, Valère Serra,
était tourneur dans une entreprise pied-noire [1]. « Pendant la
guerre, il se déplaçait souvent pour vendre des produits. Il disait à
nos voisins [arabes] : "Je vous laisse ma femme et mon fils !" Et il
ne nous est jamais rien arrivé. Sauf quand y a eu l'OAS [Organisation
armée secrète] [2]. La vérité, c'est que c'est eux qui ont mis la
pagaille ! Mais "La valise ou le cercueil", c'est pas vrai. Ma
belle-sœur, par exemple, elle est partie parce qu'elle avait peur.
Mais je peux vous affirmer que personne ne l'a jamais menacée. »
En 1962, les ateliers où travaillait Valère ont été liquidés, et il a
pris sa retraite. Cécile a continué sa couture. « En 1964, avec
l'Aronde, on est partis faire un tour en France. Pour voir, au cas
où... A chaque fois qu'on rencontrait des pieds-noirs, qu'est-ce qu'on
n'entendait pas ! "Comment ! Vous êtes toujours là-bas ! Vous allez
vivre avec ces gens-là !" Alors on s'est dépêchés de rentrer chez nous. »
Cécile Serra fait partie des deux cent mille pieds-noirs qui n'ont pas
quitté l'Algérie en 1962 [3]. Etonnant ? Non, tout à fait logique.
Comme le souligne Benjamin Stora, un des meilleurs historiens de
l'Algérie, « depuis qu'ils sont rentrés en France, les rapatriés ont
toujours cherché à faire croire que la seule raison de leur départ
était le risque qu'ils couraient pour leur vie et celle de leurs
enfants. Et qu'ils avaient donc nécessairement tous été obligés de
partir. Or cela ne correspond que très partiellement à la réalité [4] ».
Jean-Bernard Vialin avait 12 ans en 1962. Originaire de Ouled Fayet,
petite commune proche d'Alger, son père était technicien dans une
entreprise de traitement de métaux et sa mère institutrice. Ancien
pilote de ligne à Air Algérie, il nous reçoit sur son bateau, amarré
dans le ravissant port de Sidi Fredj (ex-Sidi-Ferruch)
d'Alger. « Mes parents appartenaient à ceux qu'on appelait les
libéraux. Ni engagés dans le FLN [Front de libération nationale] ni du
côté des partisans jusqu'au-boutistes de l'Algérie française. Juste
des gens, malheureusement très minoritaires, qui refusaient d'accepter
le statut réservé aux "musulmans" et les injustices incroyables qui en
résultaient. On s'imagine mal aujourd'hui à quel point le racisme
régnait en Algérie. A Ouled Fayet, tous les Européens habitaient les
maisons en dur du centre-ville, et les "musulmans" pataugeaient dans
des gourbis, en périphérie. » Des habitations précaires faites de murs
en roseau plantés dans le sol et tenus entre eux par des bouts de
ficelle, sur lesquels reposaient quelques tôles ondulées en guise de
toiture. « Ce n'était pas l'Afrique du Sud, mais presque. »
En janvier 1962, une image s'est gravée dans les yeux du jeune garçon.
« C'était à El-Biar [un quartier des hauteurs d'Alger]. Deux Français
buvaient l'anisette à une terrasse de café. Un Algérien passe. L'un
des deux se lève, sort un pistolet, abat le malheureux, et revient
finir son verre avec son copain, tandis que l'homme se vide de son
sang dans le caniveau. Après ça, que ces mecs aient eu peur de rester
après l'indépendance, je veux bien le croire... » Pour ses parents, en
revanche, « il n'a pas été question une seconde de partir. C'était la
continuité. Ils avaient toujours désiré une vraie égalité entre tout
le monde, ils étaient contents de pouvoir la vivre ».
En septembre 1962, ses deux mille Européens ont déserté Ouled Fayet,
sauf les Vialin. Les petites maisons coloniales se sont retrouvées
rapidement occupées par les Algériens des gourbis alentour - « ce qui
est tout à fait naturel », précise l'ancien pilote. Sa mère rouvre
seule l'école du village. Dès 1965, la famille acquiert la nationalité
algérienne. « Et finalement, je me sens algérien avant tout. A Air
Algérie, ma carrière s'est déroulée dans des conditions parfaitement
normales ; on m'a toujours admis comme étant d'une autre origine, mais
sans faire pour autant la moindre différence. »
André Bouhana, lui non plus, n'a jamais craint de demeurer là. « J'ai
grandi à Ville Nouvelle, un des quartiers musulmans d'Oran. Je parlais
l'espagnol, comme mes parents, mais aussi l'arabe dialectal, puisque
tous mes copains étaient arabes. Ce n'est pas comme les Européens qui
habitaient le centre-ville. Donc, au moment de l'indépendance,
pourquoi j'aurais eu peur ? » Aujourd'hui, à 70 ans, Bouhana habite
dans une misérable maison à Cap Caxine, à l'ouest d'Alger. Entouré de
nombreux chiens et chats, il survit grâce aux 200 euros de
l'allocation-
quarantaine de vieux pieds-noirs sans ressources. « Mais, surtout,
j'ai des amis algériens, des anciens voisins, qui vivent en France, et
qui m'envoient un peu d'argent. » Et sa famille rapatriée ? « Vous
rigolez ! Pas un euro ! Ils ne me parlent plus. Ils ne m'ont jamais
pardonné de ne pas avoir quitté l'Algérie. »
Et puis, il y a Félix Colozzi, 77 ans, communiste, engagé dans le
maquis aux côtés du FLN, prisonnier six ans dans les geôles françaises
(dont la terrible prison de Lambèse, près de Batna), devenu ingénieur
économiste dans des entreprises d'Etat. Et André Lopez, 78 ans, le
dernier pied-noir de Sig (anciennement Saint-Denis-
cinquante kilomètres d'Oran, qui a repris l'entreprise d'olives créée
par son grand-père, et qui y produit à présent des champignons en
conserve. Et le père Denis Gonzalez, 76 ans, à l'intelligence toujours
très vive, « vrai pied-noir depuis plusieurs générations », qui, dans
le sillage de Mgr Duval, le célèbre évêque d'Alger honni par l'OAS, a
choisi de « rester au service du peuple algérien ».
Et même Prosper Chetrit, 78 ans, le dernier juif d'Oran depuis la mort
de sa mère, qui rappelle que « trois mille juifs sont demeurés à Oran
après 1962 », et que, « pour eux, la situation n'a commencé à se
détériorer qu'à partir de 1971, quand les autorités ont confisqué la
synagogue pour la transformer en mosquée, et que le dernier rabbin est
parti. Mais moi, précise-t-il, tout le monde sait que je suis juif, et
tout le monde m'estime ».
« On a eu ce qu'on voulait, maintenant on oublie le passé et on ne
s'occupe que de l'avenir »
Il était donc possible d'être français et de continuer à vivre dans
l'Algérie indépendante ? « Bien sûr ! », s'exclame Germaine Ripoll, 82
ans, qui tient toujours avec son fils le petit restaurant que ses
parents ont ouvert en 1932, à Arzew, près d'Oran. « Et je vais même
vous dire une chose : pour nous, la situation n'a guère bougé. Le seul
vrai changement, c'est quand on a dû fermer l'entrepôt de vin, en
1966, lorsque la vente d'alcool est devenue interdite. Mais ça ne m'a
jamais empêchée de servir du vin à mes clients. »
Au fur et à mesure de ces entretiens avec des pieds-noirs, ou «
Algériens d'origine européenne », comme certains préfèrent se nommer,
une nouvelle image apparaît, iconoclaste par rapport à celle qui est
véhiculée en France. L'inquiétude des Européens était-elle toujours
justifiée ? La question demeure difficile à trancher, sauf dans le cas
des harkis [5]. Certes, les déclarations de certains leaders
nationalistes ont pu paraître inquiétantes. En premier lieu, la
proclamation du 1er novembre 1954, qui affirme la volonté du FLN
d'ériger une Algérie démocratique « dans le cadre des principes
islamiques ». Toutefois, la plupart des pieds-noirs de France semblent
avoir complètement oublié que durant cette guerre, la direction du FLN
a pris soin, à plusieurs reprises, de s'adresser à eux afin de les
rassurer. « Moi, je les lisais avec délectation », se souvient très
bien Jean-Paul Grangaud, petit-fils d'instituteurs protestants arrivés
en Kabylie au XIXe siècle et qui est devenu, après l'indépendance,
professeur de pédiatrie à l'hôpital Mustapha d'Alger, puis conseiller
du ministre de la santé. Dans le plus célèbre de ces appels, lancé de
Tunis, siège du gouvernement provisoire, le 17 février 1960 aux «
Européens d'Algérie », on peut lire : « L'Algérie est le patrimoine de
tous (...). Si les patriotes algériens se refusent à être des hommes
de seconde catégorie, s'ils se refusent à reconnaître en vous des
supercitoyens, par contre, ils sont prêts à vous considérer comme
d'authentiques Algériens. L'Algérie aux Algériens, à tous les
Algériens, quelle que soit leur origine. Cette formule n'est pas une
fiction. Elle traduit une réalité vivante, basée sur une vie commune.
» La seule déception qu'ont pu ressentir ceux qui ne sont pas partis
est liée à l'obtention de la nationalité algérienne, puisqu'ils furent
obligés de la demander, alors qu'elle devenait automatique pour les
Algériens musulmans. Mais c'était en 1963, donc bien après le grand
départ des pieds-noirs.
En ce qui concerne leurs biens, les Européens qui sont restés n'ont
que rarement été inquiétés. « Personne ne s'est jamais avisé de venir
nous déloger de notre villa ! », s'exclame Guy Bonifacio, oranais
depuis trois générations, à l'unisson de toutes les personnes
rencontrées. Quant au décret de nationalisation des terres, promulgué
en 1963 par le nouvel Etat socialiste, il n'a concerné que les très
gros domaines, les petites parcelles laissées vacantes, et
éventuellement les terres des Français qui, bien que demeurés sur
place, ont refusé de prendre la nationalité algérienne. Vieille
Oranaise pourtant toujours très remontée contre les Algériens, Jeanine
Degand est formelle : « J'ai un oncle qui possédait une trentaine
d'hectares du côté de Boutlélis. En 1963, les Algériens lui ont dit :
"Ou tu te fais algérien, et tu gardes ta ferme ; ou tu refuses, et on
te la prend." Il avait sa fierté, il a refusé, et on la lui a prise.
C'est sûr que, s'il avait adopté la nationalité, il l'aurait toujours. »
Il n'a non plus jamais été suffisamment souligné avec quelle rapidité
la paix complète est revenue en Algérie. « Je suis arrivé dans le pays
à l'été 1963, raconte Jean-Robert Henri, historien à la Maison
méditerranéenne des sciences de l'homme, à Aix-en-Provence. Avec ma
vieille voiture, j'ai traversé le pays d'est en ouest, dormant dans
les coins les plus reculés. Non seulement, avec ma tête de Français,
il ne m'est rien arrivé, mais à aucun moment je n'ai ressenti le
moindre regard d'hostilité. J'ai rencontré des pieds-noirs isolés dans
leur ferme qui n'éprouvaient aucune peur. » « C'est vrai que, dès août
1962, plus un seul coup de feu n'a été tiré en Algérie, affirme F. S.
[6], l'un des historiens algériens les plus reconnus de cette période.
C'est comme si, le lendemain de l'indépendance, les Algériens
s'étaient dit : "On a eu ce qu'on voulait, maintenant on oublie le
passé et on ne s'occupe que de l'avenir." » Marie-France Grangaud
confirme : « Nous n'avons jamais ressenti le moindre esprit de
revanche, alors que presque chaque famille avait été touchée. Au
contraire, les Algériens nous témoignaient une véritable
reconnaissance, comme s'ils nous disaient : "Merci de rester pour nous
aider" ! »
Finalement, on en vient à se demander pourquoi tant de « Français
d'Algérie » ont décidé de quitter un pays auquel ils étaient aussi
charnellement attachés. Lorsqu'on leur pose cette question, en France,
ils évoquent presque toujours la peur, alimentée par le climat de
violence générale qui régnait en Algérie dans les derniers mois de la
guerre - avec, mis en exergue, trois faits dramatiques de 1962 : la
fusillade de la rue d'Isly, le 26 mars à Alger ; le massacre du 5
juillet à Oran ; et les enlèvements d'Européens (lire « Trois
événements traumatisants »).
« Le déchaînement de violence, fin 1961 - début 1962, venait
essentiellement de l'OAS, rectifie André Bouhana. A cause de l'OAS, un
fossé de haine a été creusé entre Arabes et Européens, qui n'aurait
pas existé sinon. » Et tous d'insister plutôt sur l'extrême modération
avec laquelle le FLN a répondu aux assassinats de l'OAS. « A Arzew, se
souvient Germaine Ripoll, l'OAS était présente, mais les Algériens
n'ont jamais menacé aucun Français. » Quant aux enlèvements (deux
mille deux cents Européens disparus entre 1954 et 1962, sur une
population d'un million), un certain nombre d'entre eux étaient «
ciblés ». « Dans mon village, affirme Jean-Bernard Vialin, seuls les
activistes de l'OAS ont été enlevés. »
« Les Européens ont eu très peur, analyse Stora. Mais peur de quoi ?
Peur surtout des représailles aveugles, d'autant que les pieds-noirs
savaient, et savent toujours, que le rapport entre leurs morts et ceux
des Algériens était d'au moins un pour dix [7] ! Quand l'OAS est
venue, un grand nombre d'entre eux l'a plébiscitée. Ils avaient donc
peur des exactions de militants du FLN, en réponse à celles de l'OAS.
Pourtant, une grande majorité d'Algériens n'a pas manifesté d'esprit
de vengeance, et leur étonnement était grand au moment du départ en
masse des Européens. »
« Nous vivions de facto avec un sentiment de supériorité. Nous nous
sentions plus civilisés »
Mais, si la raison véritable de cet exode massif n'était pas le risque
encouru pour leur vie et leurs biens, qu'y a-t-il eu d'autre ? Chez
Jean-Bernard Vialin, la réponse fuse : « La grande majorité des
pieds-noirs a quitté l'Algérie non parce qu'elle était directement
menacée, mais parce qu'elle ne supportait pas la perspective de vivre
à égalité avec les Algériens ! » Marie-France Grangaud, fille de la
bourgeoisie protestante algéroise (d'avant 1962), devenue ensuite
directrice de la section sociale à l'Office national algérien des
statistiques, tient des propos plus modérés, mais qui vont dans le
même sens : « Peut-être que l'idée d'être commandés par des Arabes
faisait peur à ces pieds-noirs. Nous vivions de facto avec un
sentiment de supériorité. Nous nous sentions plus civilisés. Et puis,
surtout, nous n'avions aucun rapport normal avec les musulmans. Ils
étaient là, autour de nous, mais en tant que simple décor. Ce
sentiment de supériorité était une évidence. Au fond, c'est ça la
colonisation. Moi-même, j'ai dû faire des efforts pour me débarrasser
de ce regard... »
Entre 1992 et 1993, la chercheuse Hélène Bracco a parcouru l'Algérie à
la recherche de pieds-noirs encore vivants. Elle a recueilli une
soixantaine de témoignages, dont elle a fait un livre, L'Autre Face :
« Européens » en Algérie indépendante [8]. Pour cette chercheuse, « la
vraie raison du départ vers la France se trouve dans leur incapacité à
effectuer une réversion mentale. Les Européens d'Algérie, quels qu'ils
soient, même ceux situés au plus bas de l'échelle sociale, se
sentaient supérieurs aux plus élevés des musulmans. Pour rester, il
fallait être capable, du jour au lendemain, de partager toutes choses
avec des gens qu'ils avaient l'habitude de commander ou de mépriser ».
La réalité offre des cas parfois surprenants. Certains des pieds-noirs
rencontrés en Algérie tiennent encore des propos colonialistes et
racistes. S'ils sont encore là, c'est autant pour protéger leurs biens
(appartements, immeubles, entreprises) que parce que « l'Algérie,
c'est [leur] pays ».
Conséquence logique de ces différences de mentalité : la plupart des
pieds-noirs demeurés au sud de la Méditerranée n'ont que très peu de
contacts avec ceux de France. « En 1979, à la naissance de ma fille,
dont la mère est algérienne, je suis allé en France, se souvient
Jean-Bernard Vialin. Dans ma propre famille, on m'a lancé : "Quoi ! Tu
vas nous obliger à bercer une petite Arabe ?" » Lorsqu'il est en
France, Guy Bonifacio évite de rencontrer certains rapatriés : « Ils
nous considèrent comme des collabos, constate-t-il avec un soupir.
Combien de fois ai-je entendu : "Comment tu peux vivre avec ces
gens-là, ce sont des sauvages !" » Néanmoins, Marie-France Grangaud
amorce un sourire : « Depuis quelques années, de nombreux pieds-noirs
reviennent en Algérie sur les traces de leur passé. L'été dernier,
l'un d'eux, que je connaissais, m'a dit en repartant : "Si j'avais su,
je serais peut-être resté." »
Aurel et Pierre Daum.
Source : http://www.monde-
[1] L'origine de l'expression « pieds-noirs » continue d'être l'objet
de nombreuses hypothèses. Apparu très tardivement - quasiment au
moment du rapatriement des Français d'Algérie -, ce mot désigne les
Européens (y compris les juifs naturalisés par le décret Crémieux en
1870) nés en Algérie avant 1962. Par extension, certains l'utilisent
en parlant des Français nés en Tunisie et au Maroc avant
l'indépendance de ces deux pays.
[2] Apparue en 1961, l'Organisation armée secrète (OAS) regroupait les
partisans de l'Algérie française les plus extrémistes. Posant des
bombes et assassinant en pleine rue des musulmans et des Français
modérés, l'OAS a joui du soutien d'une majorité de pieds-noirs.
[3] Cf. Bruno Etienne, Les Problèmes juridiques des minorités
européennes au Maghreb, Editions du CNRS, Paris, 1968, p. 236 et
suivantes.
[4] On trouve un nouvel exemple de cette vision mythifiée de
l'histoire dans le long documentaire de Gilles Perez, Les Pieds-Noirs.
Histoire d'une blessure, diffusé sur France 3 en novembre 2006, et
largement rediffusé par la suite.
[5] Plusieurs milliers, voire des dizaines de milliers, d'entre eux
ont été massacrés sans pitié au moment de l'indépendance. Lire à ce
sujet le tout récent ouvrage de Fatima Besnaci-Lancou et Gilles
Manceron, Les Harkis dans la colonisation et ses suites, L'Atelier,
Ivry-sur-Seine, 2008. Lire également « Le hurlement des torturés », Le
Monde diplomatique, août 1992.
[6] Parce qu'il occupe de hautes responsabilité
culture, cet homme nous a demandé de masquer son identité.
[7] Sur la guerre d'Algérie, chaque chiffre fait l'objet d'importants
débats. Pour avoir un ordre de grandeur, on peut cependant avancer,
côté français : quinze mille soldats morts au combat (plus neuf mille
par accident !), deux mille huit cents civils tués et deux mille deux
cents disparus. Côté algérien : cent cinquante mille combattants tués
par l'armée française (et plusieurs dizaines de milliers de victimes
de purges internes), environ soixante mille civils morts, plus de
treize mille civils disparus, entre quarante mille et cent vingt mille
harkis tués, et un million de paysans déplacés. Cf. Guy Pervillé, « La
guerre d'Algérie : combien de morts ? », dans Mohammed Harbi et
Benjamin Stora (sous la dir. de), La Guerre d'Algérie, Robert Laffont,
Paris, 2007, p. 477 et suivantes.
[8] Paris-Méditerrané
http://www.indigene
(merci à Djamal qui nous a transmis ce texte)
Je ne suis absolument pas contre ceux qui sont restés mais la vérité ne doit pas être déformée.