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8 mars 2014 6 08 /03 /mars /2014 10:51

Peut-on être féministe et défendre le voile, le porno ou la garde alternée ?

ALICE GÉRAUD, CATHERINE MALLAVAL ET QUENTIN GIRARD 8 MARS 2014 À 09:03

DÉCRYPTAGE

A ces trois questions, les mouvements féministes traditionnels ont tendance à répondre «non». Et pourtant...

A chacune son féminisme ? De grands sujets de société traversent, secouent et finalement fracturent ce mouvement. Confrontations autour de trois grands thèmes.

PEUT-ON ÊTRE FÉMINISTE ET DÉFENDRE LE PORT DU VOILE ?

La question a émergé en France au début de la décennie 2000 lors des premiers débats sur le voile à l’école. Soudain, des jeunes filles françaises revendiquaient le droit de porter le foulard islamique. Revendication déstabilisante pour le mouvement féministe français : les religions, historiquement, n’ont pas vraiment été les meilleures amies de la cause des femmes. La fracture a été immédiate. Evidente. Elle est encore présente aujourd’hui. Lors de l’affaire Baby Loup, par exemple, c’est au nom «des valeurs féministes», qu’Elisabeth Badinter a soutenu la directrice de la crèche de Chanteloup-les-Vignes contre sa salariée voilée. Pour Anne-Cécile Mailfert, porte-parole d’Osez le féminisme, les revendications pro voile «ne correspondent pas à (notre) définition du féminisme et de la liberté. Car le voile reste un symbole d’oppression faite aux femmes, une manière de différencier les hommes et les femmes».

Pourtant, selon la sociologue et anthropologue Nacira Guénif-Souilamas (auteur notamment de Les féministes et le garçon arabe), «ce n’est pas seulement une question de religion» : «L’émergence d’un féminisme minoritaire, multiculturel et multiconfessionnel a été vécue contre une sorte de contresens féministe. Etre féministe et voilée serait un oxymore.» Peut-être aussi, ajoute-elle, «parce qu’être française et musulmane est aussi parfois considéré comme un oxymore». Selon la sociologue, «il est évident qu’au nom de l’antisexisme, on a nourri une forme de racisme».

Louiza Belhamici, du Collectif des féministes pour l’égalité (CFPE), qui défend le droit à porter le voile, a le sentiment qu’il existe une «injonction de ce féminisme traditionnel à défendre un seul modèle d’émancipation, qui exclut de fait la femme musulmane». Le collectif des féministes pour l’égalité est né au moment desdiscussions autour de la loi de 2004 sur l’interdiction des signes religieux à l’école par une pétition dénonçant la stigmatisation des femmes musulmanes («Un voile sur les discriminations») qui n’avait trouvé quasi aucun écho chez les féministes.

L’an dernier, ces femmes, pour certains voilées, pour d’autres pas, croyantes ou athées, se sont retrouvées autour d’un autre combat, celui contre la circulaire Chatel, qui permet d’interdire aux mères d’élèves portant le voile d’être accompagnatrices lors des sorties scolaires. Combat qui a donné lieu à une autre pétition, «Nous sommes toutes des femmes voilées», sur laquelle se sont greffées quelques illustres signatures internationales comme celle d’Angela Davis, figure du mouvement pour les droits civiques américains. Mais aucune grande figure du féminisme français.

Selon Nacira Guénif-Souilamas,«la France a une position très à part sur ce sujet. On est en complet décalage horaire». Selon la sociologue, «il y a des tas de pays où la question ne se pose pas. Où des femmes portant le voile sont considérées comme féministes». Pour Louiza Belhacimi, «la crispation française autour du voile a donné un sens nouveau port du voile». Jusqu’à pousser paradoxalement au développement de féminismes musulmans qui n’auraient peut-être jamais vu le jour.

«Pour certaines jeunes femmes, c’est devenu un signe d’émancipation. On ne veut pas que je porte le foulard ? Je le porte aussi pour montrer que je suis libre», explique Louiza Belhamici. Ces dernières années, on a d’ailleurs vu l’émergence de mouvements comme «Femmes dans la Mosquée» qui défend des positions féministes d’un point de vue religieux au sein des communautés de croyants. Ce 8 mars, des femmes portant le voile ou défendant le droit de le porter vont défiler… mais du côté de la manifestation alternative du «8 mars pour toutes».

PEUT-ON ÊTRE FÉMINISTE ET POUR LA GARDE ALTERNÉE ?

Les plus intrépides escaladent des grues. Les plus radicaux crient au «papartheid»ou à l'«aliénation parentale». Objet de la grogne montante de ces hordes de pèresdont les mouvements ne cessent de faire des petits : douze ans après la loi portée par Ségolène Royal, la solution de la garde alternée des enfants en cas de divorce est loin d’être la règle. Selon les dernières statistiques (1), seuls 20% des enfants sont en garde alternée alors que, dans 7 cas sur 10, l’enfant est confié à sa mère. Une injustice criante entre les hommes et les femmes ? Une question à soumettre à toutes celles (et ceux) qui brandissent à l’envi le mot égalité ?

Cette affaire devient un gros caillou dans la chaussure des féministes. Et un point de friction. Déjà, en 2002, lors des débats sur la loi Royal, les féministes avaient joué profil bas, voire avaient critiqué ouvertement cette initiative. Compliqué à gérer ce retour de revendication des pères qui réclament des droits, plus de quarante ans après la suppression de la «puissance paternelle» (remplacée en 1970 par l’autorité parentale partagée).

«Une bande de masculinistes, ces pères sur les grues», persiflent certaines aujourd’hui. «Attention aux situations de violence. Un père oui, un homme violent non !», a très vite réagi la Fédération nationale Solidarité Femmes. Même prévention d'Anne-Cécile Mailfert, d'Osez le féminisme, «il faut rappeler les chiffres des violences faites aux femmes avant de penser que l’on puisse faire de la garde alternée une règle. Il faut faire du cas par cas». Outre la violence de certains hommes, un autre argument est invoqué, un chiffre coup de poing : dans 80% des cas, c’est le couple, dont le père, qui a décidé d’un commun accord de fixer la résidence principale de l’enfant chez la mère. Pour la porte-parole d’Osez le féminisme, «ce n’est pas au moment du divorce qu’il faut demander l’égalité. Les pères devraient assumer dès la naissance le partage des tâches».

Dans son projet de loi pour l’égalité entre les femmes et les hommes adopté à l’Assemblée en début d’année, si la ministre des Droits des femmes, Najat Vallaud-Belkacem, encourage le congé paternité, la résidence alternée comme principe de base est tombée dans un trou noir. Au grand dam de certains défenseurs de l’égalité comme le sociologue François de Singly : «Je trouve triste que le mouvement des pères ne soit pas récupéré par les féministes. Il s’agit de revendications égalitaires»,affirmait-il à Libération en septembre 2013. C’est bien l’avis aussi du Laboratoire de l’égalité, association mixte qui défend, elle aussi, un «vrai» partage équitable de la garde des enfants entre pères et mères.

Sur la même longueur d’ondes aussi, l’eurodéputée Sophie Auconie, dont le groupe UDI compte bien tenter à nouveau sa chance via un amendement lorsqu’il sera question d’adopter définitivement la loi au Sénat après les municipales : «C’est parce que je suis féministe que je défends la garde alternée. C’est un principe de base. Quand on défend l’égalité femmes-hommes, on défend aussi l’égalité hommes-femmes. L’égalité ne marche pas que dans un sens.» L’eurodéputée n’est pas seule sur cette ligne à croire les 1 317 signatures recueillies par sa pétition sur cette question. Parmi, elles, la militante féministe Clémentine Autain ou encore la philosophe Geneviève Fraisse, historienne de la pensée féministe.

Peut-on être féministe et défendre le voile, le porno ou la garde alternée ?

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