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3 août 2014 7 03 /08 /août /2014 09:24

Israël : guide du boycotteur efficace

La situation plus que critique à Gaza a poussé plusieurs d’entre vous à revoir leur engagement au quotidien pour la cause palestinienne, et c’est une excellente chose. Au delà des manifestations, des dons ponctuels ou permanents, vous êtes nombreux à vous demander comment agir concrètement à votre niveau. L’une des solutions efficaces pour manifester votre désapprobation de la politique israélienne est de taper là où ça fait mal : le Boycott.


Aussi simple que puisse paraître cet acte de conscience, nombreux sont ceux qui se perdent dans la liste des produits à boycotter qui circule sur le web, ou qui ne savent tout simplement pas quoi répondre aux « démotivants » qui souhaitent libérer leur conscience de leur inaction.


Nous vous proposons donc ce guide du boycotteur efficace, un guide simple, qui fera de vous un boycotteur engagé et averti !

1 ) Le Boycott c’est quoi ?

Le boycott est le fait de ne plus commercer, ou échanger avec une société, un groupe ou un pays, afin d’exercer une pression sur lui. Ce boycott peut être commercial, académique (le boycott d’intervenants universitaires par exemple), ou culturel.

Dans le cas du boycott d’Israël, les formes de boycott peuvent être multiples en fonction de la situation rencontrée :

Cas n°1 : Boycott d’un produit dont l’usine se situe dans les territoires occupés, ou d’un produit agricole cultivé dans les territoires occupés.

Cas n° 2 : Boycott d’une entreprise qui permet le développement de l’état colon par un apport financier, ou qui commerce avec Israël permettant son développement (fournisseur de bulldozers , ou de matériaux pour la construction des colonies illégales, par exemple).

Cas n°3 : Boycott d’artistes, de sportifs ou d’universitaires qui possèdent le libre droit de circuler à l’étranger, quand les palestiniens circulent difficilement à l’intérieur et à l’extérieur de leur propre pays.

2 ) Comprendre et faire comprendre l’intérêt du Boycott.

La règle de base qui prévaut est : les actes ne valent que par leurs intentions. Or, pour clarifier son intention autant comprendre la nature de l’acte que l’on entreprend.
L’argument préféré du « démotivant » est : « De toute façon, le boycott ne sert à rien, ce n’est pas toi qui va faire couler cette entreprise. »

Pourquoi donc boycotter ?

- Je boycotte car : Les actions de boycott n’ont pas vraiment pour vocation de « faire couler » une entreprise. Elles sont aussi un moyen de pression collective pour les inciter à ne plus investir, ni commercer avec Israël. Et ça marche…

En Janvier 2014, le fond PGGM qui gère des fonds de pension, le plus grand aux Pays-bas a mis fin à ses investissements dans les produits de cinq banques israéliennes car elles financent la construction des colonies dans les Territoires occupés.(1)

En décembre 2013 : Une autre société des Pays Bas : la société d’eau Vitens, a mis fin à sa collaboration avec son homologue israélien Mekorot, accusée de discriminer les Palestiniens dans leur accès à l’eau.

En 2011 : La campagne européenne BDS (boycott désinvestissement sanction) a enregistré l’un de ses plus grands succès. Agrexco, une société israélienne d’importation de fruits et légumes a été placée en liquidation judiciaire suite à des difficultés financières provoquées en outre par l’immense campagne de Boycott autour de cette société d’importation.

En décembre 2013 : Les membres de la plus ancienne association dédiée aux études américaines, l’ASA, qui regroupe 5 000 professeurs américains, ont voté en faveur du boycott universitaire d’Israël. Une action qui n’a pas manquée d’inquiéter Israel.

N’oublions pas non plus l’exemple de l’Afrique du Sud, investir en Israël fait clairement aujourd’hui mauvaise publicité. A nous donc de le faire sentir aux entreprises qui investissent dans un état d’apartheid !

- Je boycotte car : c’est légal ! Malgré les intimidations des gouvernements, notamment de la France, pour interdire les actions de boycott, en témoignent les nombreux procès envers les militants des actions BDS.

- Je boycotte car : Le boycott est aussi et surtout un acte de conscience. Peut-on critiquer et dénoncer les agissements d’Israël, tout en continuant à participer à son développement ? Se taire c’est accepter et collaborer, alors soyons des consommateurs avertis et conscients, car nous aurons des comptes à rendre auprès d’Allah swt !

3 ) Quels sont les produits à boycotter ?

Il est souvent difficile de s’y retrouver dans les longues listes de produits à boycotter qui circulent sur le web. Il faut se souvenir que le boycott est une action d’intimidation.

La méthode la plus efficace est donc de boycotter un petit nombre de marques, mais de boycotter EN MASSE !

Les campagnes BDS préconisent le boycott des produits fabriqués ou cultivés dans les territoires occupés, ainsi que les produits d’entreprises qui participent clairement au développement d’Israel et de la colonisation. Voici donc, selon nous, la liste des produits que nous devrions TOUS boycotter :

Macdonald : Figure de l’impérialisme américain qui prend soin de ne pas laisser filtrer d’information sur son soutien à Israël. Plusieurs éléments pourtant doivent nous pousser à boycotter ce géant de la malnutrition : Plus de 170 restaurants sont présents sur le territoire dans lesquels il est formellement interdit aux employés de parler arabe. Par ailleurs, Macdonald est soupçonné de participer au financement de la « Jewish united fund », une influente association sioniste américaine qui participe et finance la promotion d’Israël. En 2000 cette association a félicité Macdonald pour son partenariat (2). Le site internet de la « Jewish united fund » (3) nous renseigne également que Macdonald fait aujourd’hui partie des nombreuses entreprises qui participe au « Matching gift program » au profit de cette association. Ce programme américain a pour principe de faire doubler par l’entreprise partenaire la somme d’un don effectué à une association par l’un de ses employés.

Coca cola : Deuxième figure de l’impérialisme américain aux effets ravageurs sur la santé, et à la politique sociale désastreuse ! Ces deux seules raisons devraient nous pousser à ne plus consommer la célèbre boisson à l’étiquette rouge. Si les informations sont également discrètement diffusées par Coca-cola, de nombreuses sources affirment le partenariat de longue date entre Coca-cola et Israël, dont vous trouverez une liste en cliquant ici. La plus récente de ces collaborations est celle qui lie Coca-cola à HP-israel. Coca-cola a en effet fait appel à cette entreprise israélienne pour répondre au besoin d’impression des 800 millions d’étiquettes personnalisées portant plus de 150 prénoms (cf la campagne « Partage un coca avec… »). Cette impression a été rendue possible grâce aux imprimantes HP Indigo développées en Israël. Depuis les événements récents à Gaza, une récente campagne de boycott en Turquie commence à faire parler d’elle dans les médias, car de nombreux commerçants et restaurateurs ont décidé de ne plus vendre de coca-cola. A nous de suivre !

Attention, Coca-cola Compagnie c’est aussi : Fanta, Sprite, Nestea, Minute Maid, Powerade, Burn, Finley et Chaudfontaine.

Sodastream : Ce n’est aujourd’hui plus un secret pour personne. La machine a faire des bulles est fabriquée dans une usine située à l’intérieure même des colonies illégales (selon les résolutions de 1967). Sodastream possède aujourd’hui le monopole dans ce secteur. Il n’y a donc pas d’autre mot pour le dire : acheter Sodastream c’est donc directement financer et supporter la colonisation de la Palestine !

TEVA : cette entreprise est la première entreprise mondiale de production de médicaments génériques! Elle est implantée dans la ville industrielle de Petah Tikva. Ce sont donc des médicaments Made in Israel qui nous sont proposés dans nos pharmacies, sans que l’on s’en aperçoive. Peut-on se soigner avec des médicaments produits par un état qui limite l’accès aux soins aux palestiniens, et qui asphyxie Gaza ? Trois conseils donc pour un boycott efficace de TEVA :

1) Vérifier TOUJOURS la marque des médicaments génériques que votre pharmacien vous propose.

2) Refusez de prendre du TEVA et demandez une autre marque : vous en avez le droit.

3) Si votre pharmacien refuse ou n’a pas d’autre marque : changez de pharmacie. Quoi qu’il se passe n’hésitez pas toujours expliquer au pharmacien la raison de votre refus. Il se peut qu’il ne soit pas averti et change de fournisseur (cela est déjà arrivé !)

Fruits et légumes Mehadrin … Agrexco est mort, mais Mehadrin a repris une grande part de ses exportations. De manière générale, faites toujours attention à l’origine des fruits et légumes que vous achetez, attention à « Origine : Israël » ! La réglementation oblige le commerçant à afficher l’origine du produit, n’hésitez pas à le lui rappeler si ce n’est pas le cas !

Carmel , Jaffa, Jordan River et King Solomon : Les dattes israéliennes sont nombreuses! Toutes les dattes vendues par Israël sont cultivées dans les colonies illégales de la vallée du Jourdain. Israël détourne les ressources en eau au détriment de la population de la vallée.(4) Nous avons la chance de trouver de nombreuses dattes en provenance du Maghreb. Privilégiez donc celles-ci et surtout, prévenez votre commerçant ou primeur que ces dattes proviennent de colonies illégales. L’efficacité du boycott repose surtout sur le dialogue avec le commerçant, quelque soit le produit !

AHAVA : Marque de produits de beauté qui exploite les ressources de la mer morte. L’usine est située dans la colonie illégale de Mitspe Shalem, et elle appartient à cette même colonie pour 44 % des parts, et à la colonie Kalia pour le reste. Les profits de ces produits sont donc utilisés directement par ces colonies ! Ahava est distribué par Sephora, mais nous l’avons également trouvé chez Monoprix, comme le témoigne cette photo prise il y a quelques semaines dans un Monoprix de Marseille :



Les lingettes marques Carrefour, Auchan et autres : Les paquets mentionnent en tout petit « fabriqué en Israël ». Soyez attentifs ! Il s’agit de lingettes nettoyantes pour bébé, pour démaquiller, ou pour ménage.

729 et récemment 871… De manière général, tous les produits dont les codes barre comment par ces trois chiffres sont fabriqués en Israël ! Soyez attentifs.

4 ) Boycotter c’est bien, communiquer c’est mieux !

Quel que soit le produit concerné, ne manquez pas une occasion de communiquer votre action de conscience. Votre primeur, votre pharmacien, vos parents, vos amis… l’efficacité du boycott reposera sur la communication que vous en faites. Armez -vous des informations que nous vous avons donné sur chacun de ces produits, vous êtes dans votre bon droit, et le boycott des produits cités ci dessus n’est pas un choix, mais une obligation pour chacun de nous ! Peut -on financer des entreprises installées sur les territoires occupés ? Peut – on sans conscience consommer les produits de l’apartheid et du crime de nos frères et sœurs ? Sachez aussi dire aux « démotivants » que l’appel vient des palestiniens eux même, et que même si certains sont employés par les entreprises des colonies, ils sont exploités, tout comme leurs terres !

Pour conclure, un argument de taille aux « démotivants » qui vous diront que seul vous n’arriverez à rien : Si chacun de vous engage seulement 5 de vos proches, qui à leur tour engagerons 5 des leurs proches au bout 10 maillons de chaines nous aurons motivé presque 10 millions de personnes !

Alors, ne pouvons nous réellement pas changer les choses ?

Pour suivre les campagnes de boycott, visitez le site internet du mouvement BDS (boycott, désinvestissement, sanction).

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(1) source : http://www.rtbf.be/info/monde/detail_l-extension-du-boycott-inquiete-de-plus-en-plus-israel?id=8173262

(2) http://www.inminds.co.uk/boycott-mcdonalds.html.

(3) http://www.juf.org/donate/matching_gifts.aspx

(4) http://www.bdsfrance.org/index.php

Assiba

Cet article a été publié dans Havre de savoir le 1 août 2014

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8 mai 2014 4 08 /05 /mai /2014 10:58

Pourquoi le régime syrien a tenu bon

Par Bruno Guigue |

Les responsabilités de Damas dans la genèse de l’affrontement actuel sont évidentes. Régime autoritaire, dont la légitimité idéologique s’est diluée dans les travers d’un système clanique, il s’est montré incapable d’offrir une alternative au statu quo.

A propos de l'auteur

Bruno Guigue

Normalien, énarque, aujourd'hui professeur de philosophie, auteur de plusieurs ouvrages, dont "Aux origines du conflit israélo-arabe, l'invisible remords de l'Occident (L'Harmattan, 2002).

Peut-on encore parler de la crise syrienne de façon rationnelle ? A entendre cette incessante litanie de mensonges assénés, comme s’ils étaient des vérités premières, par des médias aux ordres, on en douterait aisément. Pourtant les faits sont là, ils sont « têtus » et résistent aux dénégations les plus insistantes.

L’effondrement d’un récit édifiant

Depuis l’été 2011, les éditoriaux de la presse occidentale célèbrent en chœur les funérailles anticipées du pouvoir damascène : « tyran sanguinaire qui extermine son peuple », le président syrien n’est-il pas condamné d’avance ? A les croire, il est sur le point de rendre l’âme. Tant attendu, le collapsus final est désormais une question de mois, voire de semaines. Comme en Tunisie, en Egypte et en Libye, l’insurrection victorieuse va précipiter le despote dans les poubelles de l’histoire.

De cette guerre civile, on a cherché obstinément, par une sorte de « reductio ad simplicissimum », à faire la guerre d’un seul contre tous. Or ce récit édifiant a fini par s’effondrer comme un château de cartes. Plus populaire en Occident que dans les rues de Damas, le scénario de la chute inéluctable d’un régime aux abois, miné par la corruption et la répression, est resté une vue de l’esprit. En dépit d’une pression intérieure et extérieure inouïe, le régime syrien a tenu bon.

Poussée par les pétromonarchies du Golfe et les puissances occidentales, l’opposition syrienne a pris ses désirs pour des réalités. En jetant dans la rue des foules paupérisées par la crise économique, elle a voulu créer un rapport de forces décisif, gage d’une victoire rapide. Aveuglée par le succès étourdissant des révolutions tunisienne et égyptienne, elle n’a vu en Bachar Al-Assad qu’une survivance du passé qu’il fallait balayer par la voie insurrectionnelle.

Ce faisant, l’opposition a poussé le régime baasiste dans ses retranchements, le condamnant à une réaction brutale. Dos au mur, il n’a eu le choix qu’entre vaincre ou mourir. Qu’il ait opté pour la solution militaire n’a rien de surprenant compte tenu de l’attitude oppositionnelle, mais aussi de sa propre histoire. Depuis le coup d’Etat de 1970, le pouvoir est entre les mains d’une caste militaro-civile qui n’entend pas le partager. Le quasi-monopole du parti Baath est organisé dans le cadre d’une coalition qui réunit les différentes familles du nationalisme arabe. Au sommet, le clan Assad est la clef de voûte du pouvoir.

Les responsabilités de Damas dans la genèse de l’affrontement actuel sont évidentes. Régime autoritaire, dont la légitimité idéologique s’est diluée dans les travers d’un système clanique, il s’est montré incapable d’offrir une alternative au statu quo. Depuis dix ans, en outre, il a commis l’erreur d’appliquer les recettes libérales du FMI dans un contexte de crise économique aggravée par une série de sécheresses. De ce point de vue, la guerre civile est aussi le fruit de son incurie.

Pourtant, le régime a fait des concessions significatives au cours du printemps et de l’été 2011 : révision de la Constitution mettant fin au monopole du parti Baath, amnistie et libération de détenus, mesures fiscales et sociales généreuses, organisation d’élections législatives. Rejetées avec dédain par l’opposition, elles n’ont eu aucun effet. Tout se passe, dans cette période, comme si les adversaires du régime, sûrs de l’emporter, avaient choisi l’épreuve de la rue pour obtenir gain de cause.

Les manifestations massives en faveur de Bachar Al-Assad qui se déroulent à Damas, Alep et Tartous entre juin et novembre 2011, toutefois, auraient dû les inciter à la prudence. Même si sa base sociale rurale, ébranlée par la crise économique, s’est effritée, le régime baasiste conserve une légitimité populaire. Ulcérée par la réaction autoritaire des pouvoirs locaux, la population de la périphérie est en ébullition, mais de larges couches urbaines, inquiètes devant la poussée contestataire et la montée de l’islamisme, demeurent fidèles au régime.

La haine confessionnelle, ciment de l’opposition

Se réclamant de l’idéologie laïque du panarabisme baasiste, le pouvoir se heurte depuis ses origines à l’hostilité irréductible des Frères musulmans. Portée par la vague montante de l’islam politique, la confrérie en conteste la légitimité et s’engage, à la fin des années 1970, dans une stratégie insurrectionnelle qui se traduit par une vague spectaculaire d’attentats. Les horreurs de la guerre civile actuelle puisent leurs racines dans ce climat d’affrontement larvé qui oppose la mouvance islamiste et le régime nationaliste depuis trente ans.

Dans le récit des origines de la crise, on oublie généralement un fait majeur : la guerre civile n’a pas commencé en 2011, mais le 16 juin 1979. Ce jour-là, des militants armés des Frères musulmans assassinent 83 élèves-officiers alaouites de l’Ecole d’artillerie d’Alep. Frappant le cœur de l’élite militaire, ce massacre provoque une répression impitoyable. Elle culmine à Hama, en 1982, lorsqu’une insurrection menée par une branche dissidente de la confrérie, après avoir liquidé une centaine de cadres locaux du parti Baath, est écrasée dans le sang par l’armée régulière.

De surcroît, le coup de main perpétré à Alep en 1979 revêt une dimension prémonitoire : il préfigure le climat de haine interconfessionnelle qui règne aujourd’hui en Syrie et en Irak. Epargnant les sunnites, les preneurs d’otages de 1979 se livrent sans vergogne à un « nettoyage confessionnel » dont la guerre actuelle fournit à son tour de sinistres exemples. Il faut être aveugle pour ne pas le voir : dans la tragédie sanglante qui frappe le peuple syrien, la haine de « l’hérésie alaouite » est devenue le ciment idéologique de l’opposition.

Par son jusqu’au-boutisme, celle-ci n’a donc pas seulement fourni au régime le motif rêvé de son intransigeance : lorsqu’on exige votre effacement, qu’y a-t-il à négocier ? Mais plus grave encore, elle a délibérément transformé une lutte politique en guerre de religion. Dans cette montée aux extrêmes justifiée par la pureté doctrinale, dire que les torts sont partagés est une ineptie. Car le régime syrien et ses alliés du Hezbollah n’ont jamais attisé une haine interconfessionnelle que les prédicateurs saoudiens, ivres de vengeance, déversent jour après jour.

Neutre sur le plan confessionnel, le régime syrien bénéficie du soutien sans faille des autorités religieuses sunnites comme des différentes Eglises chrétiennes. Qualifié de « secte alaouite » par une presse occidentale qui reproduit les poncifs wahabites, ce régime n’est pas seulement le protecteur des minorités. Comme les habitants des zones contrôlées par la rébellion en ont fait l’amère expérience, il est aussi leur assurance-vie. Et il est inutile de se demander quel avenir peuvent espérer les alaouites, les chiites, les druzes, les chrétiens et les Kurdes dans un pays qui passerait sous la coupe d’Al-Qaida.

Rompre avec l’hémiplégie du discours dominant

Pour comprendre le conflit syrien, il faut donc rompre avec l’hémiplégie du discours dominant. On veut à tout prix nous persuader que la guerre qui ensanglante la Syrie depuis trois ans oppose un régime de tortionnaires à une opposition férue de démocratie. Diabolisant le régime syrien, voué aux gémonies pour ses crimes abominables, cette fable occidentale accorde à la rébellion armée, dans le même temps, une véritable absolution morale.

On a pu voir, à cet égard, quelle fonction essentielle jouait l’accusation de massacre chimique. Peu importe que Carla del Ponte, haut fonctionnaire de l’ONU, ait incriminé la rébellion armée dès le printemps 2013, que deux experts du prestigieux MIT aient affirmé que l’attaque chimique du 21 août 2013 provenait des zones rebelles, ou que le grand journaliste américain Seymour Hersch ait dénoncé les mensonges de la CIA : la manipulation de l’opinion mondiale exige la culpabilité du régime de Damas.

Simultanément, on s’empresse de couvrir d’un voile pudique les turpitudes de la rébellion. Les atrocités commises par les factions jihadistes, coupeurs de tête et autres mangeurs de foie, passent par pertes et profits d’une couverture médiatique qui fait le tri entre les bonnes et les mauvaises victimes. Chacun a pu lire dans « Le Monde », par exemple, que les exactions des rebelles à Maaloula étaient une invention de Damas, au moment même où la télévision syrienne retransmettait les images des funérailles chrétiennes des victimes civiles de l’attaque perpétrée par le Front Al-Nosra.

Commune à la quasi-totalité des médias occidentaux, cette lecture hémiplégique de la crise syrienne a fait la preuve de son inanité. L’écran de fumée d’une opposition syrienne démocratique et tolérante s’est dissipé, laissant la place à des hordes de fanatiques venus de partout et nulle part pour massacrer les alaouites. Certes, on continue d’exhiber devant les caméras de respectables intellectuels, exilés de longue date, pour accréditer la fiction d’une opposition fréquentable. Mais chacun sait qui dirige la rébellion sur le terrain, et le mythe de « l’Armée syrienne libre », cette coquille vide, est éventé depuis longtemps.

Faut-il, à l’instar des chancelleries occidentales, faire semblant de croire que la rébellion était prête à participer à un processus politique ? Son idéologie sectaire, faite de haine confessionnelle, ses pratiques expéditives et ses dérives mafieuses ont amplement prouvé le contraire. Selon les bilans régulièrement fournis par l’OSDH, organisme proche de l’opposition, ce sont les forces fidèles au régime qui subissent les plus lourdes pertes. On avouera qu’il s’agit d’un curieux génocide, lorsque les bourreaux ont davantage de morts que leurs victimes supposées.

A l’évidence, le régime de Damas trouve encore des soldats prêts à se faire tuer pour défendre un pays agressé par ces desperados du jihad global qui servent de piétaille aux puissances occidentales et aux pétromonarchies corrompues. Depuis l’été 2013, l’armée arabe syrienne reconquiert peu à peu le terrain selon un axe qui relie Damas à Alep via Homs et Lattaquié. Loin de s’effondrer, elle semble reprendre la main, même si le contrôle des frontières du nord et de l’est, voies d’importation des mercenaires wahabites, lui échappe largement.

Certes, la doxa exige que l’on dise que le succès de cette offensive loyaliste est imputable à des facteurs externes. Mais il serait plus juste de dire que l’aide militaire du Hezbollah, l’appui financier de l’Iran et les livraisons d’armes russes ont équilibré l’influence contraire de cette gigantesque coalition internationale qui a juré, depuis trois ans, d’abattre le régime. Maillon central de l’axe de la résistance, la Syrie baasiste figure depuis longtemps, en effet, sur l’agenda de la déstabilisation occidentale des Etats rebelles (cf « Pourquoi la Syrie indispose les maîtres du monde »).

Avalanche de pétrodollars déversée sur les factions jihadistes, livraisons d’armes américaines financées par le Qatar, aide militaire turque à la frontière nord, coopération des services secrets occidentaux, sanctions économiques impitoyables, menaces des USA et de la France, bombardements israéliens : cette extraordinaire débauche de moyens n’a pu faire rendre l’âme au régime baasiste. Il faudra bien finir par admettre que s’il offre une telle résistance, c’est sans doute parce qu’une large partie du peuple syrien, malgré ses erreurs, a trouvé de bonnes raisons de le soutenir.

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2 mai 2014 5 02 /05 /mai /2014 11:07

La Tunisie adopte enfin sa nouvelle loi électorale

L'Assemblée constituante à l'ouverture des débats sur la loi électorale, le 18 avril 2014. © Fethi Belaid/AFP

Les députés de l'Assemblée nationale constituante ont doté jeudi, par 132 voix contre 11, la Tunisie d'une nouvelle loiélectorale. Avec pour objectif d'organiser d'ici à la fin de l'année des élections législatives et présidentielle.

Mieux vaut tard que jamais. Plus de trois ans après la révolution de 2011 et trois mois après l'adoption de la nouvelle Constitution, la nouvelle loi électorale a été enfin adoptée par les députés de l'Assemblée nationale constituante, jeudi 1er mai. Le débat initié le 18 avril, qui a conduit à de nombreuses séances houleuses, a été tranché à une large majorité : 132 voix pour, 11 contre et 9 abstentions, sur 217 élus.

La nouvelle loi organique compte quatre caractéristiques principales : le scrutin des législatives est proportionnel à un tour par circonscription, sans seuil minimal à atteindre ; celui de la présidentielle est majoritaire à deux tours ; l'inéligibilité des cadres du régime déchu de Ben Ali a finalement été rejetée à une voix près, mercredi soir ; l'obligation pour les partis de présenter des listes paritaires hommes-femmes aux législatives est réaffirmée, conformément à la Constitution (qui instaurait une première dans le monde arabe), même si une proposition d'imposer un quota de 50% de femmes têtes de liste a cependant été rejetée.

Éparpillement des voix

Le texte adopté reste cependant critiqué par des députés qui le jugent timoré sur un certain nombre de points. "Je suis partagée entre amertume et soulagement, amertume car elle n'instaure pas de seuil (...) et favorise la dispersion des voix", a dit Karima Souid, élue du parti séculier de gauche Massar, opposée aux islamistes d'Ennahda, qui ajoute aussi regretter que le texte ne donne pas plus de place aux femmes. "Mais soulagement aussi car l'Isie [Instance supérieure indépendante des élections, NDLR] va pouvoir commencer à travailler. Nous étions très en retard, et c'est une étape importante", a-t-elle ajouté.

L'ISIE avait estimé par le passé qu'il lui faudrait entre six et huit mois pour organiser les législatives et la présidentielle une fois la loi adoptée.

L'ISIE avait estimé par le passé qu'il lui faudrait entre six et huit mois pour organiser les législatives et la présidentielle une fois la loi adoptée, ce qui laisse un espoir de voir les élections organisées avant la fin de l'année comme le souhaitaient de nombreux députés qui avaient fixé cette limite.

La balle dans le camp de l'ISIE

Malgré de nombreux doutes sur le respect de cette échéance, le président de l'ISIE, Chafik Sarsar, a exprimé son "soulagement" et son optimisme, se disant "absolument" convaincu que les élections pourraient avoir lieu dans l'année. "Maintenant, nous avons la visibilité nécessaire pour préparer la suite", a-t-il dit. Seul bémol, de taille : son organisme est toujours dans l'attente de bureaux et d'un budget pour accomplir sa mission.

"La nouvelle loi tient la route, ce n'est pas une loi improvisée, (les partis) ont pris le temps d'écouter les experts, la société civile", estime Selim Kharrat, un expert ayant suivi de près les travaux de l'ANC. "Après c'est toujours le même problème, sur le papier ça va mais tout dépendra de la mise en oeuvre. Toute la lumière sera maintenant sur l'ISIE et sur son travail. Et elle n'a que très peu de temps", a-t-il ajouté. Selon lui d'ailleurs, "tous les partis ont commencé depuis un moment à se préparer pour la campagne, à former leurs militants pour faire du porte-à-porte sur le terrain".

(Avec AFP)

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30 avril 2014 3 30 /04 /avril /2014 08:59

« TENDANCES DE L’ORIENT »

Le « Tribunal » spécial pour le Liban (TSL) inculpe des médias

par Pierre Khalaf

PARTENAIRES | BEYROUTH (LIBAN) | 28 AVRIL 2014

Le « Tribunal spécial pour le Liban » contre les médias et la souveraineté

Par Ghaleb Kandil

Le « Tribunal » spécial pour le Liban (TSL), chargé de l’assassinat de l’ancien Premier ministre Rafic Hariri, a ordonné la comparution, le 13 mai prochain, des journalistes libanais Ibrahim el-Amine (journal al-Akhbar) et Karma al-Khayat (chaîne TV al-Jadeed) pour outrage et obstruction à la justice. Les agissements de ce tribunal confirment tous les soupçons entourant cette instance, qui manque de légitimité et de crédibilité depuis sa création [1]. Il s’agit en fait d’un outil au service de l’hégémonie états-unienne et un prétexte pour Washington afin d’intervenir dans les affaires du Liban.
Malgré toutes les plaintes contre les fuites médiatiques dans des médias occidentaux sur les travaux du tribunal, aucune enquête sérieuse n’a été menée par le TSL pour déterminer l’origine de ces fuites. Rappelons que la chaine de télévision CBS et l’hebdomadaire allemand Der Spiegel avaient publié en détail l’acte d’accusation, des mois avant qu’il ne soit rendu public par le tribunal. Les démissions qui se sont succédé au sein du TSL étaient liées à ces fuites, mais aucune explication n’a été apportées à ce sujet. Selon des informations sûres, des milieux liés aux services de renseignement états-uniens, israéliens et français sont responsables de ces fuites médiatiques, afin de servir des objectifs politiques.
En dépit de la gravité de ces fuites, le tribunal n’a rien fait. Aucun des journalistes occidentaux qui ont publié les détails des enquêtes ainsi que le contenu de l’acte d’accusation, n’a été interrogé ou convoqué. Mais ce tribunal n’a pas hésité à sommer deux journalistes libanais à comparaitre à l’extérieur du Liban, ignorant la justice libanais, qui n’est plus qu’un intermédiaire, chargé de transmettre les mandats d’arrêt et autres exigences des juges internationaux.
Le tribunal parle de « transparence », d’« intégrité » et de « justice » lorsqu’il évoque son travail. Cela signifie qu’il devrait accepter de partager avec les médias les informations concernant son action et ses décisions. S’il n’avait rien à se reprocher, il ne devrait pas craindre que les projecteurs soient braqués sur son travail et apporter des réponses claires à une opinion publique qui se pose des questions sur sa création, son financement et son mode de fonctionnement. Cela passe forcément par le renforcement de la liberté d’expression au Liban et du rôle de la presse. Mais que le tribunal prenne pour cible la presse libanaise et la liberté d’expression prouve que ses vrais objectifs sont cachés et n’ont rien à voir avec la recherche de la vérité.
Les médias libanais sont soumis aux lois nationales. Toute tentative d’ignorer cette réalité constitue une atteinte à la souveraineté de l’État libanais et une tentative d’imposer un précédent, destiné à transformer le TSL en puissance tutélaire sur les Libanais et sur leurs lois.
Avant et pendant le processus de formation du tribunal, toutes les institutions et les archives du Liban ont été mises à la disposition des enquêteurs internationaux, qui ont écumé le pays sous prétexte de vouloir démasquer les assassins de Rafic Hariri et les auteurs des autres crimes commis au Liban depuis 2005 (le massacre de 1 500 civils libanais en juillet-août 2006 par l’armée israélienne ne méritait pas, aux yeux de la communauté internationale, une enquête !).
Ces enquêteurs ont violé des centaines de fois la souveraineté libanaise pour élaborer un acte d’accusation répondant à des considérations politiques et non pas de justice. Il est rapidement apparu que le travail de ces enquêteurs visaient à préparer l’agression israélienne de 2006. Mais la défaite israélienne a provoqué l’effondrement de l’ensemble de ce projet. Cependant, le tribunal a été maintenu comme outil de réserve, susceptible d’être renfloué et réutilisé. Aujourd’hui, sa principale mission semble être de pourchasser tous ceux qui oseraient critiquer son action.
Le plus grave est que le pouvoir politique libanais ne réagit pas face aux atteintes contre la liberté d’expression. Le mouvement du 14-Mars, qui s’est posé toutes ces années en défenseur de la liberté, a avalé sa langue ou, carrément, soutenu le TSL. Cependant, de larges pans de la société libanaise refusent cette nouvelle tutelle et sont prêts à défendre la souveraineté du pays jusqu’au bout.

Déclarations et prises de positions

Béchara Raï, patriarche maronite
« Il est nécessaire que les séances électorales se poursuivent jusqu’à ce qu’il soit possible, après concertations et par la voie du vote, d’élire un nouveau président pour le Liban. Le nouveau président doit être accepté de tous, puisqu’il est le président de tous les Libanais. Cela ne veut pas dire comme le prétendent certains qu’il est faible. Sa force réside dans le fait qu’il soit accepté de tous étant donné que nous avons besoin, au Liban, de quelqu’un qui puisse réunifier les Libanais et qui puisse avoir une envergure arabe et internationale. La présence des parlementaires à la réunion électorale est un devoir que dicte la conscience de chaque député. Celui-ci est mandaté par le peuple pour accomplir un certain nombre de devoirs dont l’élection d’un chef de l’État. Il ne peut pas se servir de ce mandat comme d’une propriété privée. Pas besoin donc de les convoquer. Ils doivent se rendre d’eux-mêmes au Parlement et ne peuvent pas s’absenter ou provoquer un défaut de quorum. »

Naïm Kassem, secrétaire général adjoint du Hezbollah
« Le taux le plus important obtenu par un candidat mercredi est de 37 %, c’est-à-dire près d’un tiers des députés. Ce pourcentage faible montre un refus catégorique de cette option par les représentants du peuple. La multiplication de ce genre de manœuvres est une perte de temps et un pas vers le vide. Les parties concernées feraient mieux d’aller vers un accord sérieux sur le président pour que l’échéance se tienne le plus rapidement. Le Hezbollah veut un président disposant d’un passé historique propre. »

Yassine Jaber, député du bloc de Nabih Berry
« Nous sommes attachés à la participation aux séances. Des concertations sont en cours pour s’entendre sur un candidat à la présidence et pourraient donner leurs fruits au début de la semaine. Aoun n’a pas encore décidé de se porter candidat. C’est à lui de prendre sa décision, mais il est encore trop tôt pour savoir dans quelle mesure sa candidature sera adoptée par toutes les parties. »

Gebran Bassil, ministre libanais des Affaires étrangères
« Les Libanais ont besoin d’une stabilité politique, sécuritaire et économique. C’est pour cette raison que nous avons besoin en premier lieu d’un président qui tire sa force de sa représentativité et donc de sa capacité à réunifier les Libanais, ce qui permettra de mettre en place un gouvernement fort, capable de prendre les décisions nécessaires, et un Parlement fort, qui représente tous les Libanais. De ce fait, les institutions officielles libanaises seront formées sur la notion de force dont le principal élément est l’armée qui protège le Liban des attaques diverses. Je mets en garde contre le danger imminent et grandissant qui menace le Liban du fait du terrorisme et de l’afflux des réfugiés, ce qui dépasse les capacités du pays. Le Liban est menacé par un péril majeur, à savoir celui du terrorisme qui dépasse les frontières, car la pensée incontrôlée pourrait menacer le monde entier et pas seulement le Liban et la région. Il est désormais difficile de lutter contre ce mal (le terrorisme), mais, au nom de l’humanité, on n’a d’autre choix que d’y faire face. »

Ahmad Fatfat, député du Courant du futur
« La stratégie du 14-Mars est de préserver son unité, et toutes les décisions liées à la présidentielle sont prises à l’unanimité. Nous sommes en phase de concertations. Nous prendrons à l’unanimité la décision de poursuivre avec la candidature de Geagea. En torpillant le quorum pour le second tour, Aoun est en train de nous dire : "moi ou le chaos". La manière avec laquelle Aoun s’est comportée mercredi dernier prouve qu’il n’est pas le candidat consensuel qu’il prétend être, mais qu’il est celui du 8-Mars, surtout en quittant la séance comme il l’a fait, sur base d’une coordination préalable entre son bloc et celui du Hezbollah. »

Samir Geagea, chef des Forces libanaises
« La séance de mercredi est une grande victoire pour la démocratie, même si d’aucuns ont tenté de la dénaturer par des actes irresponsables. Le camp opposé ne veut pas la tenue de la présidentielle, mais il a commis des actes répugnants en ramenant d’outre-tombe les noms de martyrs dans le seul but de remporter la bataille et non par amour pour ces martyrs. J’aurais souhaité que le camp opposé recoure à des moyens honorables. Dans ce cas un président aurait peut-être été élu et j’aurais été le premier à le féliciter, alors que d’autres, incapables de supporter cette idée, ont choisi de se retirer au deuxième tour de scrutin. Il s’agit clairement d’une tentative de bloquer l’échéance et de ramener les scénarios qui prévalaient précédemment. »

Mohammad Kabbara, député de Tripoli (Courant du futur)
« Il existe une spécificité tripolitaine concernant Samir Geagea, que je respecterai. Je n’étais pas d’accord concernant l’amnistie et je n’accepterai pas son élection à la présidence. Il est accusé du meurtre de Rachid Karamé, jusqu’à preuve du contraire. »

Marwan Hamadé, député du bloc de Walid Joumblatt
« Il y a ceux qui veulent la République et ceux qui veulent un État à l’image du vote blanc qu’ils ont déposé dans l’urne, c’est-à-dire le vide. Ceux qui veulent la persistance du vide souhaitent monopoliser les armes, maintenir leur hégémonie sur l’État, se livrer à des aventures en Syrie et assassiner de nouvelles personnalités. Il est clair qu’ils ont déposé leurs bulletins blancs avant de se casser. Quant aux bulletins annulés, ils sont le fruit d’une haine dont nous ne voulons pas au Parlement. »

Talal Arslan, chef du Parti démocratique libanais
« J’ai voté blanc. La nomination par Walid Joumblatt de Henri Hélou constitue une position audacieuse et claire, en harmonie parfaite avec l’intérêt national et l’opération démocratique. Je suis en coordination totale avec Joumblatt (...). La mention de victimes de la guerre au nom desquels Geagea a été jugé exprime une souffrance du niveau de médiocrité qu’a atteint la politique au Liban. »

Événements

• Deux civils et sept soldats libanais, dont deux officiers, ont été blessés samedi après-midi à la suite de l’explosion d’une grenade dans la ville de Tripoli, dans le nord du Liban, a annoncé l’Agence nationale d’information. L’armée a réussi à arrêter l’agresseur, Omar al-Hakim, dans le quartier de Zahrani. Un fusil a été saisi en sa possession.

• L’armée irakienne a mené dimanche un raid aérien contre un convoi d’extrémistes en Syrie qui tentait d’approcher la frontière de l’Irak, tuant au moins huit personnes, a annoncé le ministère de l’Intérieur. C’est la première fois que l’armée irakienne revendique une attaque en Syrie en proie à la guerre. Des hélicoptères ont mené le raid contre un convoi de camions qui tentaient de pénétrer en Irak pour « délivrer du carburant à Daech ou État islamique en Irak et au Levant (EIIL) », un groupuscule sunnite extrémiste, a précisé le général de brigade Saad Maan, porte-parole du ministère.

• Huit observateurs occidentaux de l’OSCE retenus par les insurgés pro-russes depuis vendredi ont été présentés dimanche à la presse à Slaviansk, bastion séparatiste dans l’est de l’Ukraine, a constaté un journaliste de l’AFP. Suivant le leader séparatiste local Viatcheslav Ponomarev, les huit hommes, habillés en civil et apparemment en bonne santé, sont entrés dans la salle où étaient présents une soixantaine de journalistes. « Nous sommes des officiers de l’OSCE avec un statut diplomatique », a déclaré au nom du groupe le colonel allemand Axel Schneider. « Notre présence à Slaviansk est sans aucun doute un instrument politique pour ceux qui prennent les décisions dans la région. Ils vont s’en servir dans les négociations », a-t-il ajouté. « C’est n’est pas une surprise. Je ne peux pas rentrer chez moi librement », a-t-il ajouté. Dans la matinée, avant de présenter les étrangers devant les journalistes, le maire autoproclamé Ponomarev avait qualifié les observateurs de « prisonniers de guerre ». « Dans notre ville, qui se trouve en situation de guerre, tout personnel militaire qui n’a pas notre permission est considéré comme prisonnier de guerre », a-t-il poursuivi, ajoutant que les membres de la mission étaient retenus à la mairie. Le responsable avait toutefois rejeté le terme d’« otage ». Les observateurs « ne sont pas nos otages, ce sont nos invités », avait-il affirmé. Le groupe est composé de sept officiers, trois Allemands, un Polonais, un Tchèque, un Danois et un Suédois, et d’un traducteur (AFP).

Revue de presse

As-Safir (Quotidien libanais proche du 8-Mars)
(25 avril 2014)
Samir Geagea a engrangé le maximum de votes possibles (48 bulletins en sa faveur), sachant que son équipe électorale est toujours à la recherche de deux votes perdus. Son adversaire et son allié Amin Gemayel sera à même, quant à lui, d’obtenir 55 votes dans l’éventualité où la séance prévue pour la semaine prochaine se tiendra, sans compter les votes de Saad Hariri et de Okab Saker. Les Kataëb considèrent que les votes de Michel Murr et de Nayla Tuéni sont acquis en leur faveur et continuent à miser sur leur capacité à gagner à leur cause le trio tripolitain, à savoir Nagib Mikati, Mohammad Safadi et Ahmad Karamé. Les calculs du Courant patriotique libre (CPL) sont différents. Le général Michel Aoun se conduit comme s’il s’agissait de sa dernière bataille. Cependant, si Hariri tient sa promesse, Michel Aoun accèdera à la présidence avant le 25 mai. Pour le CPL, le chef du Futur ne faillit pas à ses engagements et il attend l’approbation de l’Arabie saoudite. Une telle lecture laisse penser que Saad Hariri est à deux pas d’un revirement politique stratégique qui se manifestera, le cas échéant, par son adoption de la candidature de Michel Aoun au Palais de Baabda. Y a-t-il une force motrice internationale et régionale en faveur de l’accession de Michel Aoun à la tête de la magistrature suprême dans le souci d’éviter le vide ? Quelle sera la contrepartie exigée de « son excellence le général », en 1er lieu, et de son allié le Hezbollah en 2ème lieu ? Quels seront les acquis que lui et son allié engrangeront ? Quels bénéfices tirera Saad Hariri en sacrifiant son « candidat »… voire le 14-Mars dans son ensemble ? Où se situe Washington vis-à-vis de ces options ? Des sources bien informées aux États-Unis ont affirmé que l’administration Obama réitère sa position traditionnelle : La nécessité de tenir l’élection dans les délais constitutionnels afin d’éviter le vide. À en croire les mêmes sources, les échos relayés par les médias libanais faisant état d’un enthousiasme états-unien en faveur de tel ou tel candidat sont sans fondements. « Jusqu’à présent, nous adoptons une position neutre et nous préférons à ce que les Libanais prouvent à ceux qui misent sur leur incapacité à élire un président le contraire ». L’Ambassadeur saoudien au Liban, Ali Awad Assiri, qui se trouve actuellement à Riyad, a dit que le royaume n’a jamais nommé qui que ce soit à la présidence.

As-Safir (25 avril 2014)
Imad Marmal
La realpolitik sera in fine le principal électeur, lui seul étant capable d’assurer un dénominateur commun entre les positions divergentes des différents acteurs locaux, régionaux et internationaux concernant la présidence de la République. Le Courant du futur est extrêmement conscient que le futur président ne peut être élu qu’à la faveur d’une entente. « L’élection du président de la République nécessite une entente locale, régionale et internationale, dont les traits ne se sont pas encore précisés », affirme une éminente source de ce parti. Des milieux proches de Michel Aoun ont abondé dans le même sens, en considérant que l’entente est une condition sine qua non à l’élection du nouveau président. Cependant, les aounistes ont ajouté que cette entente devra s’axer exclusivement autour de la personne de Michel Aoun faute de quoi, pas de séance électorale. À ce titre, des sources du Bloc du Changement et de la Réforme ont prévu le report continuel des séances électorales successives, en attendant à ce que le quorum exigé suite à l’éventuel compromis en faveur de Aoun soit atteint. Par ailleurs, les sources précitées ont considéré qu’au vu des équilibres de force de mise dans la région en général et en Syrie en particulier, les États-Unis ainsi que l’Arabie saoudite seront appelés à opter pour une approche réaliste à l’égard de l’échéance présidentielle au Liban.

As-Safir (25 avril 2014)
Lina Fakhreddine
En soutenant la candidature de Samir Geagea, le Courant du futur a voulu s’acquitter de ses obligations à son égard. Le CDF se mure dans le silence depuis la 1ère séance électorale. Il continue à dire en public que Samir Geagea est toujours son candidat. Toutefois, les tractations qu’il entreprend en coulisses vont bon train. Des cadres pragmatiques du Futur affirment : « Nous recherchons des candidats réalistes capable d’accéder au palais présidentiel. Mais en même temps, nous préférons ne pas employer le terme ‘consensuel’ ». Pour ce camp, la solution consiste à renvoyer la balle dans le camp de l’Église maronite, de sorte à ce que les chrétiens s’entendent sur un nom accepté par le patriarche Béchara Raï. Par contre, des personnalités pessimistes du Futur considèrent que la solution est tributaire d’un compromis global qui leur semble peu probable.

As-Safir (24 avril 2014)
Marlène Khalifé
C’est avec un regard positif que les sphères diplomatiques abordent la séance parlementaire, contrairement aux Libanais. En effet, les sources diplomatiques ont refusé de parler de « folklore libanais » ou de « vote pour la forme ». Elles ont préféré mettre l’accent sur le processus constitutionnel mis en marche en vue d’écarter le spectre du « vide présidentiel ». En d’autres termes, ces mêmes sources considèrent que cette séance a constitué un point de départ pour les différents acteurs politiques libanais en vue de se mettre d’accord sur un président accepté de tous. Cependant, si certaines sources de la diplomatie européenne considère le vide comme inévitable pendant deux ou trois mois, jusqu’à la maturité du compromis entre les États-Unis et l’Iran, d’autres sources d’Europe occidentale préfèrent écarter complètement le spectre du vide. Ces mêmes sources appréhendent un « vide temporaire » et préfèrent se concentrer sur les aspects positifs tels que la formation du gouvernement de Tammam Salam, qu’elles considèrent comme un véritable exploit libanais. Selon ces sources, cet exploit peut très bien s’appliquer au dossier présidentiel puisque l’on sait désormais la volonté internationale d’épargner au Liban les répercussions de la crise syrienne. Par ailleurs, toutes les sources diplomatiques s’accordent pour s’opposer fermement à un vide présidentiel de longue durée.
Pour ce qui est des caractéristiques du président et des éventuels vétos contre certains candidats, les sources diplomatiques affirment que « la communauté internationale n’aura d’autres vétos que ceux des Libanais eux-mêmes. C’est là une évidence. Si les Libanais refusent un candidat déterminé, ce refus prévaudra et les acteurs internationaux n’auront pas à s’ingérer ».
Par ailleurs, les sources diplomatiques n’accordent pas grande importance aux rencontres bilatérales telles que celles ayant réuni Aoun et Hariri. Cependant, ces mêmes sources s’arrêtent sur les félicitations adressées par le patriarcat maronite à Samir Geagea pour son programme électoral. Les sources diplomatiques arabes, quant à elles, affirment : « Les États ne sont pas pressés d’annoncer le nom du prochain président ». Plusieurs diplomates arabes considèrent qu’il est « encore tôt » pour cela.

An-Nahar (Quotidien libanais proche du 14-Mars
(25 avril 2014)
Des contacts entrepris durant les dernières 48 heures entre les différentes formations, il ressort les éléments suivants :
Des tractations ont été engagées entre Nabih Berry, le Hezbollah, et Michel Aoun, afin de savoir la position de ce dernier quant à son éventuelle candidature à la présidence. Le tandem chiite aurait accordé au chef du CPL deux semaines, le temps pour lui d’entreprendre des consultations avec Saad Hariri afin de savoir si celui-ci approuvera ou non sa candidature.
Les forces du 14-Mars considèrent que Samir Geagea sera leur candidat durant la séance prévue pour le 30 avril, d’autant que tout éventuel soutien par Hariri à la candidature de Michel Aoun ne sera pas vu d’un bon œil.
Le président de la Chambre, Nabih Berry, envisagerait de convoquer une nouvelle séance électorale le 7 mai. Il est prévu que la pression internationale s’intensifie afin d’assurer à ce que l’élection présidentielle soit menée à terme.

An-Nahar (25 avril 2014)
Rosanna Bou Mounsef
La propagande médiatique et politique lancée contre Samir Geagea au Parlement dans le but de lui faire comprendre qu’il n’accèdera jamais à la présidence, s’étend également, dans des proportions diverses, à tous les leaders maronites, notamment Michel Aoun et Amine Gemayel, qui ne sont pas sans avoir des ennemis.
Si Aoun désire convaincre qu’il est un candidat consensuel et qu’il ne se limite pas aux forces du 8-Mars, il n’agit pas en conséquence. En effet, plusieurs observateurs remarquent que Aoun adopte la même position et la même attitude que les forces du 8-Mars, notamment en votant blanc, sans aucune tentative de se démarquer, puis en s’empressant d’emboiter le pas aux députés du Hezbollah pour quitter la séance et rompre le quorum. Si Aoun veut être le candidat unique, remplaçant tous les autres, certains nourrissent des appréhensions croissantes quant à sa capacité de s’entendre avec le CDF et la probabilité de convaincre l’opinion publique sunnite d’un éventuel soutien à Aoun.

Al-Akhbar (Quotidien libanais proche du 8-Mars)
Ibrahim Al-Amine (25 avril 2014)
Il n’est pas fortuit que le président du Tribunal spécial pour le Liban (TSL) prononce un jugement contre Al-Akhbar et Al-Jadeed, sachant que ce tribunal, selon ses défenseurs, prétend vouloir établir la vérité autour de l’assassinat du Premier ministre, Rafic Hariri, 24 heures après la tentative de ces mêmes défenseurs, au Liban et ailleurs, non seulement d’innocenter l’assassin d’un Premier ministre libanais, Samir Geagea, mais de l’élire président de surcroit.
Il n’est pas fortuit non plus que le TSL nous lance des accusations, exigeant notre comparution en justice, au moment où les mêmes autorités libanaises soutenant le TSL sont à nos trousses. Qu’il s’agisse du président de la République, du ministre de la Justice, de l’assassin du Premier ministre (Samir Geagea) ou de la progéniture de celui pour qui le TSL a vu le jour (Saad Hariri). Tous ceux-là poursuivent Al-Akhbar depuis bien des années, tentant de noyer le journal dans des procès judiciaires et des campagnes d’intimidation sur les marchés publicitaires et commerciaux, avec la complicité de certaines compagnies de statistiques, tout comme l’Arabie saoudite a bloqué le site en ligne de notre journal.
Ce n’est pas non plus par pur hasard que le jugement a été émis au moment où le représentant de l’ennemi israélien dans le comité tripartite de coordination (armée-Finul-Israël), annonçait que son gouvernement accusait le Liban, devant le Conseil de sécurité, d’avoir violé la résolution 1701, en se basant sur « l’homme du Hezbollah, le journaliste Ibrahim Al-Amine ».
Par ailleurs, ce n’est pas une coïncidence que le jugement a été prononcé au moment où le président de la République et le ministre de la Justice tentent de contourner le Tribunal des imprimés pour faire comparaitre Al-Akhbar devant un Tribunal pénal en vue d’obtenir des sanctions allant jusqu’à la prison.
Par conséquent, c’est à trois niveaux que se décline notre problème avec le TSL :
D’abord, ses principes et ses agissements sélectifs. En effet, le Tribunal ressemble au système dont nous souffrons, un système de prestiges, qui fait de la Justice l’apanage des « grands ».
Ensuite, sa méthode de travail. En effet, après avoir subtilisé des informations personnelles à des Libanais sans aucune raison valable, le voilà qui s’en prend à la liberté de la presse.
Enfin, sa volonté de réprimer toute critique.
En conclusion, nous, équipe d’Al-Akhbar, étudions le dossier dans son aspect légal. Nous sommes en contact permanent avec les personnes concernées. Nous aurons une position claire face à cette mascarade.

Al-Akhbar (25 avril 2014)
Hiyam Kosseify
Les élections irakiennes, égyptiennes et syriennes n’imposeraient-elles pas au Liban de devenir une partie du grand compromis qui se trame ? En effet, l’échéance présidentielle au Liban sera reportée en attendant une conjoncture plus favorable à l’échelle régionale, une fois que les tendances deviendront plus claires.

Al-Hayat (Quotidien à capitaux saoudiens)
Walid Choucair (25 avril 2014)
Le lien étroit entre les présidentielles libanaises et la conjoncture régionale ne découle pas uniquement d’une interprétation médiatique. En effet, le 8-Mars, qui accusait ses adversaires de miser sur l’Occident en vue de remporter les élections, se trouve aujourd’hui dans la même situation. Les leaders du 8-Mars espèrent que la tenue d’élections syriennes avant celles libanaises, consacrant Bachar al-Assad au pouvoir, pavera la voie à des négociations régionales. Selon le 8-Mars, le fait que ses alliés, la Russie et l’Iran, comptent sur la consécration d’Assad au pouvoir pour avancer dans les négociations régionales, renforcerait ses chances de faire parvenir le candidat de son choix à la présidence.

L’Orient-Le Jour (Quotidien francophone libanais proche du 14-Mars)
Scarlett Haddad (26 avril 2014)
Alors que le Liban est plongé dans ses problèmes et sa bataille présidentielle, d’importants développements sont en train de se produire dans la région. Ils ne sont sans doute pas encore suffisamment avancés pour avoir un impact direct sur la situation interne libanaise, mais ils portent en eux des indices positifs. Il s’agit notamment de l’ébauche de dialogue entre l’Iran et l’Arabie saoudite. Un diplomate arabe en poste au Liban précise à ce sujet que la décision d’accepter d’ouvrir un dialogue avec la République islamique d’Iran a été prise par les responsables saoudiens après la visite du président américain Barack Obama à Riyad. Alors que ses interlocuteurs saoudiens attendaient de lui des confidences sur le peu de sérieux du processus de rapprochement avec l’Iran, le président américain leur aurait affirmé que ce processus est en train de progresser et qu’il y avait de grandes probabilités qu’un nouvel accord soit signé en juin prochain entre les pays dits 5 plus un et l’Iran.
Les responsables saoudiens auraient clairement compris que le président américain n’avait nullement l’intention de revenir sur son ouverture en direction de l’Iran. Ils auraient alors exprimé leurs craintes quant à une éventuelle expansion iranienne en direction du Conseil de coopération du Golfe, d’autant que les incidents se multiplient à la frontière du Yémen entre l’armée saoudienne et les Houthis, proches de l’Iran, ainsi que dans la zone est du royaume wahhabite où la communauté chiite est nombreuse. Le président américain aurait alors pris soin de rassurer les Saoudiens (et la famille royale) en réaffirmant son attachement au fameux pacte de Quincy qui fait quasiment de la sécurité de l’Arabie une responsabilité américaine. Mais en même temps, il aurait laissé entendre que les dirigeants saoudiens feraient bien de régler leurs problèmes de succession et de consolider le pouvoir dans le pays.
C’est dans ce cadre, estime le diplomate arabe, qu’il faut placer les dernières décisions du roi Abdallah, notamment concernant la mise à la retraite de l’émir et la désignation du prince Moqren comme « héritier de l’héritier du trône », ouvrant ainsi la voie à l’arrivée au pouvoir de son fils Metaab. Les prémices de ces changements ont commencé avec la désignation d’un nouvel ambassadeur en Iran, Abdel Rahmane Chehri, qui, depuis son arrivée à Téhéran, a multiplié les rencontres avec les responsables du pays. Ceux-ci auraient clairement déclaré leur intention d’améliorer leurs relations avec les pays du Golfe en général et avec l’Arabie saoudite en particulier. Le président Rouhani avait même à plusieurs reprises fait état de son désir de se rendre à Riyad, sans susciter jusque-là de réaction positive de la part des Saoudiens. Mais depuis quelques semaines, le dialogue semble avoir été plus direct et les informations en provenance d’Arabie font état d’une visite prochaine à Riyad d’un responsable iranien. On croit savoir qu’il s’agit de Hussein Amir Abdelahyane, qui est le responsable du monde arabe au ministère iranien des Affaires étrangères. Cette visite serait le prélude à celle du ministre iranien Jawad Zarif à Riyad.
Tout en confirmant ce début de dialogue, des sources iraniennes bien informées restent très réservées, estimant qu’il faut bien préparer les dossiers avant d’ouvrir un dialogue en profondeur, car la crise de confiance est grande entre les deux pays. Mais l’Iran a déjà fait de grands pas en direction des autres pays du Golfe, notamment les Émirats arabes unis, le Koweit, le Qatar et bien sûr Oman. Le diplomate arabe en poste à Beyrouth estime aussi à cet égard que le règlement du contentieux entre l’Arabie saoudite et le Qatar devrait faciliter le dialogue entre Téhéran et Riyad.
Si ce processus se précise, il aura forcément des répercussions sur la situation interne libanaise, estime le diplomate arabe précité. Selon lui, le gouvernement de Tammam Salam n’aurait pas pu voir le jour s’il n’y avait pas obtenu auparavant la bénédiction tacite de Téhéran et de Riyad. Et un dialogue entre ces deux capitales, ayant une influence certaine au Liban, pourrait aboutir à une entente à la fois interne et régionale sur l’élection d’un nouveau président. C’est donc, selon le diplomate, une question de temps...

Pierre Khalaf

Source
New Orient News

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30 avril 2014 3 30 /04 /avril /2014 08:54

Honte à vous, Messieurs les députés libanais

par André Chamy

Le Parlement libanais n’est pas parvenu à élire le président de la République, lors de sa séance du 23 avril 2014. Le candidat des Forces libanaises et du Courant du Futur, le criminel de guerre Samir Geagea, n’a obtenu que 42 voix sur 128, tandis que 7 bulletins égrenaient les noms de ses victimes. Une seconde séance a été convoquée pour le 30 avril, mais il n’est pas certain que le nombre de parlementaires requis y participe. Pour André Chamy, cette mascarade porte atteinte à la dignité du pays.

Le Liban s’apprête à élire un nouveau président de la République, qui va remplacer le peu estimé actuel président Michel Sleiman. Le parlement libanais vient de se réunir en collège électoral pour procéder à cette élection.

Il y a quelques semaines un repris de justice dénommé Samir Geagea a présenté sa candidature à cette élection ! L’on aurait pu croire au départ qu’il s’agissait d’une plaisanterie de mauvais goût, mais il s’est avéré que non, et qu’en sa qualité de chef des Forces libanaises (FL), il aurait un programme pour le Liban.

Son épouse Sethrida s’est occupée de sa campagne puisqu’elle s’est chargée de rendre visite aux différents responsables politiques et religieux pour leur présenter ledit programme électoral de son excellentissime mari.

On pouvait en déduire qu’il s’agissait d’un calcul de la part de M. Geagea pour se faire de la publicité, et qu’il ne recueillerait que les voix de sa formation politique, se comptant au mieux sur les doigts d’une main. C’était mal connaître le Liban et ses absurdités.

En effet, au fur et à mesure, les formations politiques du bloc du 14-Mars, sans hésitation et sans vergogne ont fait allégeance à ce criminel, à l’exception de la majorité des députés de Tripoli, lesquels par « pudeur », à supposer qu’il leur en restât, ont indiqué qu’ils ne voteraient pas pour lui. Peu importe, près d’une cinquantaine de députés ont d’ores et déjà annoncé lui apporter leur soutien.

À première vue, ce pourrait être la rançon de la démocratie ; mais quel authentique démocrate se livrerait-il à un choix abject sous couvert d’un mandat donné par le peuple pour voter en son nom afin de choisir un président ? N’attend-on pas plutôt de lui qu’il honore ce mandat en choisissant celui ou celle qui portera les couleurs de l’espoir et de l’espérance, de la dignité d’un peuple meurtri par des années de guerre suivies par des années d’instabilité ?

Ce peuple libanais doit faire face aux attaques du monde entier, à commencer celles de l’État d’Israël qui a transformé son territoire en espace d’entraînement militaire depuis les années 40. Il lui a fallu faire face aux bombardements états-uniens depuis leurs navires de guerre croisant au large des côtes libanaises pendant les années 80, sans oublier les attaques terroristes qui visent sa population de tous bords et de toutes confessions afin de semer la terreur sur son territoire.

Ce peuple a dû affronter une invasion israélienne en 1982, qu’il a fini par repousser grâce à de jeunes résistants qui ont donné au sang et au sacrifice un nouveau nom et une nouvelle couleur, à tel point que cette résistance est devenue un symbole de bravoure pour le monde entier .

Le problème est que certains Libanais ont perdu toute dignité, habitués qu’ils sont à spéculer, y compris sur le sang des Résistants.

Ces mêmes Libanais complotaient en réunion à l’ambassade des États-Unis à Beyrouth, pendant que l’armée israélienne bombardait villes et villages de leur propre pays du nord au sud, sollicitant des États-uniens qu’ils insistent auprès des israéliens pour continuer leur frappes. Une telle manifestation de patriotisme laisse songeur…

Ces mêmes députés libanais viennent de franchir un pas supplémentaire dans l’infamie en apportant leur soutien à un homme qui a reconnu ses crimes. À un rejet digne de cette candidature, ils ont préféré la honte de dire « oui ».

Mais qui est donc Samir Geagea ?

Issu d’une modeste famille maronite originaire de Bcharré (Liban Nord), il a commencé des études de médecine en 1972, n’a étudié que deux ans, mais se pare depuis du titre non mérité de « Hakim » (docteur).

Très vite, il a intégré le noyau dur du parti des Phalanges libanaises, pour ensuite faire partie des Forces libanaises, son bras armé créé par Bechir Gemayel. L’idéologie de ce personnage repose toute entière sur la haine de l’autre :
Haine vis-à-vis des autres chrétiens qui a conduit à l’assassinat successif de Tony Frangieh et de sa famille [1], son allié de l’époque, puis de Dany Chamoun et de sa famille, un autre de ses alliés,
Haine de populations déconsidérées par lui, en l’occurrence des Palestiniens et des chiites d’Al Nabaa !.
Haine d’autres personnalités libanaises de toutes confessions, qui s’est illustrée par l’assassinat d’un Premier ministre en exercice, Rachid Karamé, et d’autres exécutions avouées ou non.

Du reste, c’est à ces assassinats perpétrés entre 1977 et 1982 qu’il doit d’avoir gravi les échelons internes des Forces libanaises et d’en être devenu une figure importante pour ses militants.

Il a cependant fini par trahir son propre maître, le clan Gemayel, contraignant le président de l’époque, Amine Gemayel, à l’exil et déclarant ensuite la guerre à l’armée régulière libanaise dirigée par le Général Aoun.

Le même Geagea a fini par être arrêté en avril 1994 après avoir été accusé de l’attentat contre l’église de Notre-Dame de la Délivrance à Jounieh, attentat qui a fait dix morts.

Par la suite Samir Geagea a été condamné à trois peines de mort commuées en prison à vie pour l’assassinat de rivaux politiques, dont l’attentat qui avait coûté la vie au Premier ministre Rachid Karamé en 1987.

Son parcours est par ailleurs marqué par la relation privilégiée qu’il a toujours entretenue avec l’État hébreu, relation de soutien réciproque. Il est de notoriété publique qu’il a exécuté un certain nombre de basses œuvres pour le compte d’Israël, et relayé la propagande dont celui-ci avait besoin pour faire prospérer sa politique dans la région.

Le 18 juillet 2005, lors de la première séance du nouveau parlement élu après l’assassinat de Rakik Hariri et dominé par le Courant du Futur, profitant d’une vague d’opinion anti- syrienne, une centaine de députés ont voté en faveur de l’amnistie de l’ancien chef de milice.

Ces mêmes députés reviennent à la charge aujourd’hui, car après l’avoir amnistié, ils cherchent à le faire élire comme président de la République. Ils mettent hélas en application cet adage libanais : « Si tu n’as plus de pudeur, fais ce qu’il te plaît ».

« Messieurs les députés qui avez décidé de voter pour ce triste sire, faites ce qu’il vous plait, mais vous n’en tirez aucune gloire. »

Un écrivain libanais dénommé Takieddine a écrit un jour que « Le pire qui puisse nous arriver est de recevoir des leçons de chasteté d’une putain ».

Messieurs les députés qui avez décidé de voter pour ce triste sire, ce n’est donc pas parce que vous abreuvez vos concitoyens de discours sur le patriotisme et l’indépendance nationale, que vous valez mieux que la putain de Monsieur Takieddine !....

Et encore celle-ci travaille-t-elle pour vivre à peu près dignement, alors qu’en agissant comme vous l’avez fait, vous avez perdu toute dignité.

Honte à vous…

André Chamy

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13 avril 2014 7 13 /04 /avril /2014 10:39

Comment Ben Ali a pillé la Tunisie en toute légalité

Sans doute prise de remords au souvenir de sa complaisance passée, la Banque mondiale a commandé une étude sur la façon dont l’ex-président tunisien Zine El-Abidine Ben Ali s’y est pris pour s’enrichir scandaleusement, lui et sa famille. Le capitalisme de copinage dénoncé par les auteurs n’est pas une exclusivité tunisienne et il n’a pas disparu avec la chute du dictateur.

Zine El-Abidine Ben Ali au palais présidentiel.

PD-USGov/R. D. Ward, 7 octobre 2000.

Avant la chute de l’ex-président Zine El-Abidine Ben Ali en janvier 2011, des rumeurs — sinon des soupçons — circulaient à Tunis sur la cupidité de sa belle-famille, les Trabelsi, et son enrichissement rapide. L’ambassadeur américain Robert F. Godec écrivait le 17 juillet 2009 dans un télégramme adressé au département d’État à Washington et rendu public par Wikileaks :« la corruption croît dans le cercle rapproché (du pouvoir). Même le Tunisien moyen en est conscient, et le niveau des récriminations monte ».

Après la révolution, une commission d’enquête est mise en place et un décret-loi publié (n° 2011-13) dresse une liste de 114 personnes, dont Ben Ali, ses apparentés et ses gendres, et porte sur la période 1987-2010. Les biens saisis comprennent quelques 550 propriétés, 48 bateaux et yachts, 40 portefeuilles d’actions et d’obligations, 367 comptes en banques et environ 400 entreprises, dont certaines n’opèrent pas en Tunisie. Les experts de la commission évaluent à 13 milliards de dollars la valeur de l’ensemble, soit plus d’un quart du PIB du pays en 2011. Mais c’est une estimation à la louche qui laisse dans l’ombre les méthodes utilisées par le président et sa famille pour constituer à partir de rien et en très peu de temps une si énorme fortune.

« CAPITALISME DE COPINAGE »

Une lumière supplémentaire à cette enquête va être apportée par… la Banque mondiale. Sans doute un peu honteuse de sa complaisance passée envers « le modèle tunisien », qu’elle a largement loué et financé, l’institution internationale charge trois chercheurs d’exploiter les données réunies par la Commission tunisienne et de comprendre comment la famille a procédé. Le résultat est paru le 27 mars dernier sous le titre : « All in the Family, State Capture in Tunisia » qu’on peut traduire approximativement par « Tout à la famille, le rapt de l’État tunisien »1.

Les trois auteurs ont établi une base de données portant sur 220 entreprises étroitement liées à la famille de l’ancien président, ils ont par ailleurs épluché les décrets signés par Ben Ali en tant que président de la République pendant dix-sept ans. Le résultat est confondant : la loi a servi à promouvoir les intérêts du clan et à le protéger de la concurrence. Vingt-cinq décrets promulgués au cours de cette période exigeaient de nouvelles autorisations préalables de l’administration dans quarante-cinq secteurs différents, imposaient de nouvelles restrictions à l’arrivée d’investissements directs étrangers (IDE) dans vingt-huit secteurs, donnaient des avantages fiscaux spécifiques aux « amis » dans vingt-trois autres. Conséquence, une bonne part des bénéfices du secteur privé revenait à ces 220 entreprises proches du régime… Elles étaient plus grandes, plus profitables et plus puissantes que la moyenne des entreprises tunisiennes : avec à peine 1 % de la main d’œuvre employée par le secteur privé, elles en raflaient 21 % des bénéfices en 2010, soit plus de 230 millions de dollars pour une seule année !

« Cette étude apporte une confirmation irréfutable que l’ancien régime a bénéficié du capitalisme de copinage » (crony capitalism), remarque Bob Rijkers, un jeune chercheur de la Banque mondiale et l’auteur principal de l’étude. En clair, la réglementation a été manipulée pour faire le contraire de ce qu’elle prétendait, servir l’intérêt général. Les entreprises « amies » ont été mises à l’abri de concurrents plus performants, se sont vu octroyer des avantages particuliers et ont été aidées dans leur quête de rentes.

ET MAINTENANT ?

Cette étude n’est pas sans poser des questions majeures aux successeurs de Ben Ali. Contrairement aux discours, l’ouverture de l’économie sur l’extérieur était largement fictive. Un pan entier de l’économie était réservé en réalité à la camarilla présidentielle réduite à une centaine de personnalités, et interdit aux investisseurs tunisiens ou étrangers. Seule une petite partie, le secteur « offshore », était ouvert à l’établissement d’entreprises étrangères au clan Ben Ali. Faut-il à l’avenir maintenir cette dichotomie qui a facilité les manipulations ? Faut-il assujettir l’économie toute entière aux mêmes règles ? La classe politique tunisienne ne s’est pas encore prononcée sur le dossier malgré son urgence.

L’autre grande interrogation porte sur l’interventionnisme d’État. Personne ne propose d’y renoncer au profit exclusif du marché. Les tenants d’un libéralisme économique pur et dur ne sont pas nombreux sur la scène politique et l’opinion dans sa majorité semble plutôt orientée vers des solutions dirigistes et étatistes. Les auteurs du rapport se défendent vigoureusement de tout biais en ce domaine : « notre travail n’encourage pas à réduire le rôle de l’État », disent-ils (2). Mais à leurs yeux – et ils n’ont sans doute pas tort – le capitalisme de copinage est le principal obstacle que rencontre, aujourd’hui comme hier, la Tunisie sur la voie du développement et de la justice sociale. Comment empêcher les initiés, les proches du pouvoir politique de profiter de leurs relations et liaisons pour orienter l’action de l’État au profit de leurs entreprises ?

Au cours de son voyage à Washington la semaine dernière, le nouveau Premier ministre Medhi Jomaâ a rencontré les responsables du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale qui lui ont confirmé leur soutien financier, accompagné d’un catalogue de conditions d’un classicisme éprouvé. Elles n’ont rien de nouveau et n’ont pas empêché dans le passé les turpitudes du précédent régime. Ce sera aux nouvelles autorités tunisiennes après les élections prévues pour la fin de l’année de trouver les solutions politiques et juridiques pour empêcher le maintien du capitalisme de copinage. Rien ne serait pire que de voir le système rester en place au profit de nouveaux bénéficiaires…

Le problème n’est pas propre à la Tunisie, une étude sur le cas de l’Égypte sous l’ère Moubarak est promise par la Banque ainsi qu’une autre plus ambitieuse sur la région Mena (Middle East and North Africa, Afrique du Nord et Moyen-Orient).

JEAN-PIERRE SÉRÉNI

1Bob Rijkers, Caroline Freund, Antonio Nucifora, « All in the Family, State Capture in Tunisia : Questions and Answers », document de travail de la Banque mondiale n ° WPS6810, 27 mars 2014.

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9 avril 2014 3 09 /04 /avril /2014 17:38

« Tunisie politique » le nouveau rendez-vous d’OummaTV

le 9. avril 2014 - 7:39

Découvrez en exclusivité le teaser d’OummaTV en Tunisie. Votre WebTV se met en effet à l’heure tunisienne avec « Tunisie politique », le nouveau rendez-vous d’OummaTV qui s’est déplacée en Tunisie durant une semaine pour rencontrer et interroger les responsables politiques les plus influents de ce pays.

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Dès la semaine prochaine, nous diffuserons des entretiens exclusifs avec Rached Ghannouchi, Président du parti Ennahda, Béji Caïd Essebsi, Président du parti Nidaa Tounes, Hamma Hammami, Président du parti des travailleurs, Ahmed Néjib Chebbi, Président du parti Al Joumhouri, Mehrezia Labidi, vice-présidente de l'Assemblée nationale constituante et députée Ennahdha .

Soyez au rendez-vous de "Tunisie politique", la nouvelle émission d'OummaTV en prise directe avec la réalité politique tunisienne et ses acteurs clés.

le 9. avril 2014 - 7:39

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9 avril 2014 3 09 /04 /avril /2014 17:33

Anonymous a lancé une cyber-attaque massive contre Israël

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Derrière le masque de leur célèbre anonymat, les hacktivistes du Net, connus pour leur force de frappe imparable, ont lancé, lundi 7 avril, une cyber-offensive de grande ampleur sur Israël, piratant simultanément plusieurs centaines de ses sites internet hautement stratégiques, dont les sites de l’Aviation civile et du ministère de l’Education, en soutien à la cause palestinienne piétinée et broyée.

Les Anonymous, qui "ne pardonnent pas et n’oublient pas", selon leur slogan devenu culte, font aussi preuve de constance dans la condamnation de la politique colonialiste et raciste menée à marche forcée par l’Etat hébreu, preuve en est cette nouvelle attaque de déstabilisation massive qui a mis en surchauffe ses services de surveillance et de cyber-sécurité, tout en battant le rappel des pirates informatiques disséminés dans l’infiniment grand de la Toile.

La notoriété sans frontières des plus illustres inconnus de la guerre cybernétique mise au service d'une certaine idée de la transparence et de nobles causes, en l’occurrence la souveraineté palestinienne bafouée et martyrisée, avait déjà, l’an dernier, touché en plein cœur plusieurs sites gouvernementaux israéliens, réduits à l'écran noir, tandis que des données sensibles et personnelles de centaines d’officiels israéliens étaient divulguées au grand jour, online.

Dans son dernier communiqué vidéo, le groupe Anonymous a lancé un avertissement à Israël, dont l’arrogance n’a d’égale que la surdité aux appels à la raison et au gel de la colonisation, prévenant que "ne seront plus tolérés les assauts contre le peuple de Gaza, déjà noyé sous vos ordures, terrorisé par votre appareil militaire, et laissé à l’agonie à la frontière alors qu’il a besoin de soins médicaux."

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3 avril 2014 4 03 /04 /avril /2014 13:29

Monologue de l’abstentionniste

Par Akram Belkaïd |

En 2012, j’ai fait confiance à un gars qui a juré qu’il allait mettre la finance à genou. Deux ans plus tard, c’est lui qui rampe à ses pieds. Il va donner des milliards d’euros aux patrons sans rien exiger d’eux, sans même leur interdire de distribuer cet argent sous forme de dividendes.

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A propos de l'auteur

Akram Belkaïd

Journaliste et essayiste, auteur notamment d' "Etre arabe aujourd'hui"aux éditions Carnets Nord

J’ai toujours voté à gauche, pour le parti socialiste, même en 1983, en 1993 ou en 2002 quand j’étais très en colère contre le bilan social du gouvernement. J’ai toujours fait preuve de discipline électorale. Pas question « d’envoyer un message » comme disaient certains de mes potes en 2002 et qui se reprochent, aujourd’hui encore, de ne pas avoir voté Jospin au premier tour. A chaque fois, je tenais le même raisonnement : je suis en pétard mais je ne peux pas laisser la droite, ou l’extrême-droite, passer. Ah oui, j’ai voté une fois pour la droite, c’était pour le deuxième tour de la présidentielle. Oui, c’est vrai, j’ai donné une voix à Chirac pour faire barrage à Le Pen. Ça m’est longtemps resté en travers de la gorge…

Dimanche dernier, je ne suis pas allé voter et ce sera la même chose au deuxième tour. J’en ai assez. Trop c’est trop ! En 2012, j’ai fait confiance à un gars qui a juré qu’il allait mettre la finance à genou. Deux ans plus tard, c’est lui qui rampe à ses pieds. Il va donner des milliards d’euros aux patrons sans rien exiger d’eux, sans même leur interdire de distribuer cet argent sous forme de dividendes. C’est une gigantesque escroquerie sociale qui se prépare et je n’ai pas envie d’être complice. Cette fois, c’est moi qui envoie un message. C’est un avertissement. Et je referai la même chose aux élections européennes si Hollande ne change pas de cap. Je veux une politique de gauche, une vraie, pas cette eau tiède qu’on appelle sociale-démocrate parce qu’on a du mal à assumer le terme socialiste ou parce qu’on veut cacher qu’on penche de plus en plus vers la droite.

J’en ai rien à faire ! Le Front national, c’est eux qui l’ont créé. Qu’ils se débrouillent avec lui. J’en ai assez du chantage où on nous dit qu'il faut voter pour faire barrage au FN. Non, je ne vote pas et qu’il arrive ce qui doit arriver. L’autre là, la porte-parole du gouvernement qui veut nous faire peur et nous donner mauvaise conscience parce qu’on a n’a pas voté... Mais je l’emmerde ! Je fais ce que je veux ! C’est pas moi qui préfère obéir aux banques plutôt que d’avoir le courage de faire une politique de gauche ! C’est pas moi qui dit que je vais séparer les banques d’affaires et les banques de détail et qui ne fait rien. C’est pas moi qui nomme Moscovici ministre des finances ! Ces gens-là ne sont plus de gauche. Ils ont oublié d’où ils viennent ou alors ils ont toujours été comme ça et on ne s’en est pas rendu compte…

C’est eux qui font monter le Front national. C’est pas à cause des immigrés ou des voyous de banlieue. C’est le chômage. La peur de perdre son boulot. La peur de ne jamais pouvoir prendre sa retraite ou de ne pas avoir les moyens de vivre avec sa pension. C’est ces boîtes qui se disent françaises et qui ne paient pas d’impôts grâce à leurs filiales dans les paradis fiscaux. Des boîtes à qui on n’ose rien dire alors qu’elles détruisent de l’emploi en France. C’est normal ça, qu’on autorise une entreprise à licencier alors qu’elle gagne de l’argent ? Comment peut-on accepter ça ? Comment peut-on trahir comme ça les gens qui travaillent toute une vie et qu’on renvoie du jour au lendemain par sms avec une poignée d’euros pour essayer de les faire taire ?

Je m’en fous ! Si le FN arrive au pouvoir, ça aura le mérite de décanter la situation. C’est peut-être le seul moyen pour que la gauche soit débarrassée de ses parasites. Ils iront ailleurs, avec Bayrou et les centristes. Les choses seront plus claires. On sera peut-être minoritaires au début mais c’est peut-être comme ça qu’on pourra rebâtir une espérance. J’ai failli voter pour les Verts mais ils sont au gouvernement donc ils sont complices de ce qui se passe. Et c’est même plus grave parce qu’on a l’impression qu’ils aiment avaler les couleuvres que les socialistes leur font avaler. Moi, je ne veux plus être le dindon de la farce. Hollande s’est bien moqué de nous, tiens. « Moi, président… » Tu parles !

Oui, d’accord, il va remanier. Et alors ? Je vais vous dire ce qui va se passer. Ils vont nous pondre une nouvelle réforme de société pour nous dire : « vous voyez, on a saisi le message. On donne un coup de barre à gauche ». Sauf que cette fois, je ne me ferrai pas avoir. La vraie bagarre, elle concerne l’économie, les services publics, l’emploi. La boucherie va continuer et ils vont persister à nous dire que c’est comme ça, qu’il n’y a rien d’autre à faire et que c’est la faute à la mondialisation et à l’Europe. Non, la seule manière de punir ces gens, c’est qu’ils n’aient plus de poste. Ils ne savent rien faire d’autre que de grenouiller dans la politique. Qu’ils se retrouvent dans la vie réelle, ça ne pourra leur faire que du bien. Ça leur ouvrira les yeux sur les vraies urgences.

Non, ce n’est pas mettre un but contre son camp en décidant de ne pas aller voter. Il n’y a plus de camp, c’est ça le problème ! Hollande, c’est plus ma famille ! Qu’il aille ailleurs. Mélenchon, je ne sais pas. J’attends de voir. Peut-être. C’est un ancien du parti lui aussi. J’attends de voir jusqu’où il ira dans sa rupture avec le PS. Pas envie de lui donner ma voix pour qu’il puisse négocier sa part du gâteau avec Hollande. Non. Là, je suis en colère et j’ai pas envie de me calmer.

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29 mars 2014 6 29 /03 /mars /2014 08:41

Étude de la Banque Mondiale: Comment Ben Ali et son clan ont fait fortune

NEWS

Selon une nouvelle étude menée par des chercheurs de la Banque mondiale et publiée jeudi 27 mars 2014 l’ancien régime tunisien s’est servi de la réglementation en vigueur et a créé de nouvelles lois pour servir les intérêts de la famille de l’ex-président Ben Ali et des proches du régime. La réglementation a été manipulée au point que ce groupe de privilégiés avait la mainmise, à la fin de 2010, sur plus de 21 % des bénéfices réalisés par le secteur privé dans le pays.

Cette étude intitulée All in the Family, State Capture in Tunisia, dans le cadre de la série des documents de travail de la Banque mondiale consacrés à la recherche sur les politiques conclue que le « clan » de l’ancien dirigeant tunisien, défini comme le groupe de personnes reconnues coupables de corruption dont les biens ont été confisqués, a investi dans des secteurs lucratifs dont l’accès était protégé, principalement par un système d’autorisations préalables et le recours aux pouvoirs exécutifs pour modifier la législation en faveur du régime, créant ainsi un système à grande échelle de capitalisme de copinage.

L’analyse des données de la commission de confiscation portant sur 220 entreprises révèle que les entreprises étudiées étaient étroitement liées à la famille de l’ancien président. L’examen des données des entreprises et des décrets signés par Ben Ali sur une période de 17 ans prouve que la législation a souvent servi à promouvoir les intérêts du clan et à les protéger de la concurrence. Toujours selon cette étude les données collectées font état de 25 décrets promulgués au cours de cette période qui introduisaient de nouvelles exigences d’autorisation préalable dans 45 secteurs différents et de nouvelles restrictions en matière d’investissements directs étrangers (IDE) dans 28 secteurs. Conséquence : plus d’un cinquième des bénéfices du secteur privé revenait aux entreprises des proches du régime.

Selon le chercheur au Département de la recherche de la Banque mondiale et auteur principal de l’étude Bob Rijkers « Il a été en effet prouvé que l’État a permis aux membres du régime à la recherche de rentes d’accaparer une partie importante du secteur privé en mettant les entreprises proches de la famille à l’abri de la réglementation en vigueur ou en leur octroyant des avantages particuliers . Plus pernicieux encore, nous avons la preuve que les règlements ont été aménagés pour servir des intérêts personnels et favoriser la corruption ».

Source Banque Mondiale

PS/ LE problème c'est que cela ne fut possible qu'avec la complicité d'une véritable mafia tunisienne, et que celle -ci est encore en place en TUNISIE.

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